‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 102 sur 128 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

vie il faut toujours coinbaltre, parce que dans l'autre il y aura toujours à triompher et à jouir.

Admirable langage que chacun de nous a pu entendre au fond de son âme; langage cependant, le dirons-nous, qui dans cette vallée de larmes, n'a pu toujours dissiper nos tristesses et vaincre nos défaillances; car s'il est par le monde un grand nombre d'hommes aveuglés par l'obstination de l'orgueil, il y a aussi des âmes simples, droites, vraies, qui ne pouvant s'abuser sur elles-mêmes, se voient dans toute la nudité de leur misère et voudraient bien, comme Adam, déchu, pouvoir se dérober à leur propre regard et au regard de Dieu Oh ! que de larmes n'avons-nous pas vues couler, que d'aveux n'avons-nous pas recueillis, que de plaintes amères n'avons-nous pas entendues! Souvent, sous le coup d'un reproche même mérité, mais durement formulé, notre amour-propre s'est roidi et révolté. Alors nous mentant à nous-mêmes pour en imposer aux autres, nous cherchions des raisons, et à défaut de raisons, des prétextes, et en l'absence des prétextes, nous trouvions des paroles d'emportement et de colère. Mais arrive le moment où bon gré mal gré la vérité se fait jour. Nous sommes seuls, dans le calme, loin des hommes et face à face avec nous-mêmes, au milieu du silence de nos passions.

DE l'influence DE LA RELIGION. :217

une voix s'élève, la voix de la conscience. Elle ne crie pas, elle parle; elle n'injurie pas, elle expose simplement, ce qui est. Ah! nous voudrions bien que notre conscience ayant raison contre nous pour le fond, se donnât des torts contre elle-même dans la forme. Mais non, il nous faut l'écouter parlant à froid, et il est impossible de la couvrir ou de la dominer par les éclats de la passion. Assistant alors tête baissée à cette triste revue de nos défauts, une tentation alors est à craindre : le désespoir. Mais l'âme chrétienne trouve encore le moyen d'échapper à cetle ruse de l'ennemi. Elle se réfugie dans le sein de Dieu et se concilie sa protection par l'humble aveu de ses imperfections; puis, se confiant en sa grâce et s'armant de courage, elle se remet à l'œuvre pour recommencer toujours j car, pour elle vivre c'est combattre.

Cependant la religion fait plus encore que de nous fournir des armes dans laluUe contre nos défauts : elle sait transformer nos passions elles-mêmes en auxiliaires puissants pour le bien. Qu'était François-Xavier? un ambitieux : et voilà que l'ambition mise au service du zèle en fait l'apôtre des Indes. Qu'était Augustin? un cœur tendre et brûlant : et voilà que ce cœur possédé par l'amour des créatures s'embrase au feu de l'amour divin. Qu'était Vincent de Paul ? un homme naturellement craintif, timoré et un peu lent ; et voilà que cette lenteur

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devient une prudence consommée, qui, unie à la charité, opère des prodiges. Au lieu donc d'étouffer, d^éteindre les inclinations que Dieu a mises en nous, tournons-les vers sa gloire et vers notre salut. Beaucoup de nos défauts ne sont que desqualilésexagérées j retranchons l'exagération et servons-nous de ce qui reste pour nous avancer dans la vertu. Comme le statuaire, qui tous les jours dégrossit avec son ciseau la masse informe du marbre qu'il destine à produire un chef-d'œuvre , achevons avec patience l'œuvrc! commencée de la réforme de notre caractère. Point de vivacité et d'impatience dans ce pénible labeur : les grands coups ne produiraient que des éclats ou des brisements; c'est la persévérance qui termine et perfectionne. Au reste, toute la vie doit s'user à cette longue entreprise, et, pour finir comme nous avons débuté, nous dirons que si nos défauts de caractère sont naturellement irrémédiables, il n'en est aucun qui ne puisse céder à l'action de la grâce opérant avec le concours de l'homme.

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