‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 103 sur 128 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

liCN vacances*

Lorsque nous avons parlé du travail, nous disions qu'il a été imposée Ttiomme pécheur, comme châtiment, et comme expiation. Il n'est donc pas étonnani. de surprendre au fond de nos cœurs de secrets murmures contre la rigueur de celte loi. Or, le mot de vacance à l'oreille du jeune homme, sonne le mot de liberté, de repos, de jouissance, de plaisir, d'exemption, de contrainte, si ce n'est pas encore le nom d'indépendance absolue. De loin, de bien loin donc, l'enfant salue ce moment désiré, comme le prisonnier salue le jour où ses fers tomberont, comme le malade oppressé appelle l'air qui dilate ses poumons et y fait circuler la vie.

Nous sommes bien éloignés, mon enfant, de blâmer en vous cette disposition si naturelle, surtout si elle est contenue dans de justes bornes. Vous avez bien travaillé : il est juste, il est même nécessaire que vous preniez un peu de repos. Vous avez été privé de la vie de famille pendant un assez long espace de temps ; nous constatons avec bonheur le sentiment de piété filiale qui vit et se ranime dans

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voire cœur. Heureuse de vos succès présents, pleine d'espérance pour vos triomphes à venir, votre bonne mère est impatiente de vous presser sur son cœur et de vous parler avec ses larmes. Allez donc, cher entant, et, répondant à une si légitime tendresse, puissiez-vous ne jamais changer la nature de ces larmes ! puissent-elles n'être jamais des pleurs !

Ainsi les vacances vont s'ouvrir. Sous l'impression de ce mot magique, vous n'êtes pas disposé à écouter de longs conseils, et c'est pourquoi nous ne vous adresserons que de courtes et indispensables paroles. — La première que nous désirons vous faire entendre, sera celle-ci : pas d'exagération. La trame de notre vie, mon cher ami (vous connaissez cette ingénieuse allégorie de vos poètes), la trame de notre vie est tressée par les Parques, et se trouve mélangée d'un fil blanc et d'un fil noir, quand elle ne l'est pas toutefois de deux fils noirs contre un blanc. Notre séjour en ce monde n'est pas un deuil continuel, mais n'est pas non plus une fête sans interruption. La vie, parce qu'elle nous a été donnée comme épreuve, est une succession dé travaux et de douleurs, de biens et de maux. Plus tard, quand vous aurez grandi, nous vous crierons: courage! pas de défaillance! pas de désespoir ! modération dans le sentiment de vos peines. Aujourd'hui nous vous dirons : pas d'empressement excessif, pas de rêves imaginaires, pas d'exaltation.

Soyez homme déjà ou plutôt soyez chrétien : car, bien mieux que les fables du paganisme, la foi nous donne la véritable clef de la vie, seule la religion nous révèle le secret de notre existence.

, Vous allez donc vous mettre en garde contre lapétulance de vos premières impressions. Car, sachez-le, les plaisirs goûtés par anticipation nous sont escomptés avant la jouissance : nous avons cru y rencontrer le bonheur rêvé, nous n'y trouvons souvent qu'une déception méritée. Notre âme était montée trop haut; il faut maintenant qu'elle descende et se remette au diapason de la vérité , ce qui ne peut se faire sans ennui et sans chagrin. De plus, mon enfant, après avoir apprécié en homme raisonnable le temps de vos vacances, vous le considérerez en chrétien. Il ne faut pas vous le dissimuler, cette époque de transition, ménagée par la Providence pour vous faire essayer vos forces et assurer ainsi votre persévérance dans le monde, cette époque peut offrir des dangers et amener la diminution de votre piété, et peut-être le naufrage de votre innocence. Plus abandonné à vous-même; plus libre de vos actions et de votre temps; en contact avec toute sorte de personnes dont les opinions, les sentiments, et les croyances religieuses sont opposés aux vôtres; entraîné par l'exemple; dominé par le respect humain; excité par vos propres passions et n'ayant encore aucune expérience , combien il

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