‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 104 sur 128 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

est à craindre que, sans vigilance et sans prière, vous ne soyez vaincu par tant d'ennemis réunis à la fois ! Voulez-vous persévérer , mon fils ? Nous savons quel est votre culte, votre confiance envers la Mère du Sauveur . nous allons donc vous proposer son exemple comme la règle de votre conduite; et, pour vous être plus utile, nous choisirons dans cette vie si sainte, un épisode qui semble offrir quelque analogie avec l'époque où vous vous trouvez. Laissons parler saint Luc.

Après avoir raconté l'ambassade de l'ange et l'accomplissement du grand mystère del'Incarnation, rEvangélisteajoule:((Mariepartitencemêmetemps, et s'en alla avec diligence vers les montagnes de Judée, en une ville delatribudeJuda: et étant entrée dans la maison de Zacharie, elle salua Elisabeth, Aussitôt qu'Elisabeth eut entendu la voix de Marie qui la saluait, son enfant tressaillit en elle, et Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit. Alors élevant la voix, elle s'écria : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de votre sein est béni. Et d'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne vers moi? car votre voix n'a pas plutôt frappé mon oreille, lorsque vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Vous êtes bienheureuse d'avoir cru , par-

« ce que ce qui vous a été dit de la part du Seigneur (( sera accompli. Alors Marie dit ces paroles : Mon « âme glorifie le Seigneur et mon esprit est ravi de « joie en Dieu mon Sauveur... »

Arrêtons-nous ici, mon enfant, et savourons le parfum de cette page admirable de l'Evangile. Nous avons dit, en la transcrivant, que ce trait de la vie de Marie offrait un point de rapport et de similitude avec l'époque où vous vous trouvez vous-même. Parcourons ensemble ces diverses ressemblances.

Première circonstance. Quand Marie se dispose à quitter sa maison de Nazareth, pour aller passer quelque temps chez sa parente Elisabeth, elle portait déjà dans son sein virginal le Verbe fait chair. Unie à Jésus par les liens les plus intimes, elle avait mêlé sa vie avec la sienne. Vous aussi, mon cher enfant, vous avez eu le bonheur, durant le cours de cette année, de participer pour la première fois peutêtre à ce sacrement divin que les saints Pères ont appelé une extension du consolant mystère de l'Incaf' nation. Avant de franchir le seuil de votre résidence actuelle, vous avez reçu le viatique nécessaire pour le périlleux voyage que vous allez entreprendre. On peut donc dire de vous ce que l'on a dit de Marie : Le Seigneur est avec vous. « Dominus tecum. »

Seconde circonstance. Si la vierge Marie quitte sa modeste habitation , c'est qu'elle y esf poussée par l'inspiration de Dieu. Elle ne va pas chez sa cousine

i22/l CHAPITRE XX.

par curiosité, par amour du changement, par vanité, pour se faire voir et raconter les prodiges que Dieu a opérés en elle.^lle ne cède pas à un sentiment de dissipation ou d'amour du plaisir, elle n'y va même pas pour le louable motif de goûter un peu de repos ou de consolation spirituelle. Non, c'est Dieu qui l'inspire. Dieu qui le veut et Marie obéit. Calme, prudente, sage, rien n'égale sa pureté d'intention, son esprit de sacrifice et d'immolation d'ellemême. Cette admirable disposition du cœur de Marie avait trouvé de l'écho dans l'âme pure d'une jeune personne que nous avons connue et que nous sommes tenté d'invoquer ! Atteinte d'uue grave maladie pendant ses vacances, car on peut mourir même pendant les vacances, mon fils; atteinte d'une maladie grave , elle sentait chaque jour la vie lui échapper. Comme elle se préparait à se confesser pour la dernière fois, sa mère qui n'avait pas quitté un seul instant son chevet se disposait à sortir. Vous pouvez rester, ma mère, dit la jeune fille. Ce que je dirai au prêtre, je puis le dire aussi à vous. Noble accent d'une âme pure, d'un cœur ouvert et simple 011 l'œil sympathique d'une mère, avait toujours pu plonger sans inquiétude et sans obstacle.

Revenons à l'auguste Mère du Sauveur, et indiquons comme troisième circonstance cette parole évangélique: Marie s^ en alla avec diligence dans les montagnes de la. Judée.

Pourquoi cet empressement dans un caractère si calme, dans une âme aussi maîtresse d'elle-même ? Marie se hâte, parce qu'elle sait exécuter la volonté de Dieu en entreprenant ce voyage. Elle se hâte , parce que la charité pour Elisabeth l'inspire, et qu'elle désire lui être utile et la servir avec un dévouement sans bornes. Elle se hâte, parce qu'elle ne veut traverser ce monde qu'en courant, et ne quitter sa chère solitude que pour entrer dans une autre solitude. Que ces heureuses dispositions soient aussi les vôtres , mon enfant , pendant le temps de cette courte épreuve. Au lieu d'en regretter la brièveté, redoutez-en plutôt le péril ; car vous trouverez sur votre route bien des écueils. Écueil , nous vous l'avons dit déjà, pour votre piété. Vous serez tenté d'en négliger les exercices, la prière, la courte lecture , la récitation de votre dizaine de chapelet , l'examen de votre conscience , la confession et la communion. Ecueil pour votre caractère. On vous louera peut-être avec imprudence, on flattera outre mesure votre amour-propre, on excitera votre présomption et votre orgueil. Ecueil pour votre innocence. Tout dans le monde conspire à la flétrir, les paroles, les exemples^ les livres, les divertissements réputésles plushonnêtes, l'oisiveté et jusqu'àl'ameublement de vos salons. Hâtez-vous donc , mon fils, revenez à nous, comme Marie, avec diligence. Plus

tard, quand vous serez plus fort, quand nous vous

to.

226 CBAPITRE XI.

aurons lait comme un rempart de notre amour, nous vous laisserons aller non sans vous avoir béni et vous avoir recommandé de vous regarder toujours comme étranger sur cette terre, parce que nous ri*avons pas ici bas de demeure permanente, et que noire espérance est en Dieu.

Enfin, dernière circonstance, à peine Marie eutelle touché le seuil de la maison d'Elisabeth que Jean-Baptiste est sanctifié et sa mère remplie du Saint-Esprit. Oh ! que c'est bien là l'image des bénédictions célestes qu'un enfant pur apporte au sein de sa famille , lorsque Dieu y entre avec lui î Fruit de joie, Jean, tressaille. Fruit de justification, l'enfant est purifié, le péché fuit à l'approche du Sauveur. Fruit de ferveur , Elisabeth s'écrie : D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Sauveur vienne vers moi ? Fruit d'édification, la langue de Zacharie le père est déliée, elle publie les miséricordes du Seigneur. Toute la population des montagnes accourt au bruit de ces merveilles et ne se lasse pas d'admirer les prodiges dont le ciel l'a rendue témoin. Mais ce qui surpasse encore ces prodiges, c'est la vie de Marie pendant ces trois mois de séjour chez sa parente. Prière, travail, pieux entretiens, politesse affectueuse, prévenance pleine d'égards , oubli de soi, sacrifice de ses goûts, vie en Dieu dans le ciel et par réversibilité, vie de Dieu sur la terre. Ainsi, comme son Fils nous a visités de haut en des-

cendant jusqu^à nous, Visitavit nos oriens ex alto nous pouvons présumer que Marie a visité les pauvres, les infirmes, les délaissés et les malades de la contrée. Illuminare his qui in tenehris sedent : Elle aura éclairé les aveugles volontaires, instruit les ignorants, révélé les voies de Dieu aux petits et aux simples. Àd dirigendos pedes nostros in viam pacis : Marie, à l'exemple de Jésus, aura ramené les pauvres pécheurs dans la voie droite, elle aura fait renaître la paix dans les cœurs malheureux et coupables , dans les cœurs qui , depuis longtemps , disaient : Non, il n'y a plus de paix. Comme le rayon vainqueur de la tempête, le sourire de Marie dissipe les orages de la mer et ramené le calme. Oh î priez donc pour nous, divine Mère de Jésus ! Car si Fange conduisit et ramena Tobie à son vieux père inquiet et désolé, n'êles-vous pas plus puissante qu'un ange, vous laReine desanges?N'êtes-vous pas plus dévouée et plus tendre , vous qui avez été mère? Voici de pauvres enfants qui vous implorent et vous disent :

Monstra te esse Matrem, Sumat per te preces.

Qui, pro nobis natus, Tulit esse tuus.

Page 1