CHAPITRE I
peut-être les derniers accents d'une prière évanouie avant que d'avoir été achevée, on se sentait saisi de vénération comme à l'approche d'un lieu consacré. Tout à coup une voix se fait entendre au milieu du silence de la nuit: Samuel... Samuel! L'enfant se réveille, se précipite hors de sa couche, et se présentant devant le vieillard : Père, me voici, car vous m'avez appelé. — Vous vous trompez, mon fils, dit l'homme âgé , retournez et dormez. Le sommeil s'était à peine emparé de l'enfant , que son nom fut de nouveau prononcé : Samuel... Samuel 1 Plus de doute, se dit-il en lui-même, ce n'est pas un rêve, j'ai bien entendu la voix qui m'appelait. Mon père, que me voulez-vous? me voici. — Rien, mon fils, tranquillisez-vous et dormez en paix. Enfin pour la troisième fois la voix retentit : Samuel... Samuel ! Il ne se peut que vous ne m'ayez appelé, répéta l'enfant en se présentant de nouveau devant Héli, j'ai entendu distinctement votre voix, qu'exigez-vous de moi, mon père? Soupçonnant dès lors quelque mystère, le grand prêtre dit à l'enfant : Retournez à votre couche, et si la voix se fait entendre encore, vous répondrez : « Je suis prêt^ Seigneur ^ parlez^ car
votre serviteur écoute »
Délicieux tableau, récit naïf et plein de charme, vous nous rappelez les doux rapports, les saints entretiens de Dieu avec l'âme de l'adolescent resté pur et fidèle. Car, à l'époque d'une première corn-
PREMIÈRE COMMUNION. Ci
munion, on ne peut pas dire, comme au temps de Samuel, que h parole divine soit rare; dans celle première période de la vie, elle se fait entendre de mille manières au cœur droit, à toute oreille attentive pour la recueillir.
Et nous, qui savons tout le prix et l'importance de ces communications célestes, nous, ministres du Seigneur, avec quelle sollicitude nous aidons Taction de la grâce, et initions Tenfance à la science du salut.
Si vous avez vu quelquefois une mère épuisant sa vie pour la faire couler à flots dans celle de son nouveau-né, vous pourrez avoir l'idée de notre spirituel amour pour ceux que nous portons dans notre cœur jusqu'à ce que le Christ soit formé en eux. Or, presque toujours les consolations surpassent nos espérances, une admirable transformation s'opère sous l'influence de la grâce dans le cœur du jeune homme admis à la table sainte pour venir puiser sans mesure aux fontaines du Sauveur et s'abreuver sans crainte a\ix sources mêmes de la vie. Ah ! c'est qu'il y a quelque chose de bien solennel dans celte première rencontre de l'homme avec Dieu, dans ce premier tête-à-tête de la créature avec son créateur. Ordinairement le sentiment qui se fait jour tout d'abord, dans la conscience ainsi favorisée, c'est celui d'un calme profond. Jésus Christ en faisant son entrée dans une âme dont les portes ont
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été soigneusement fermées à toutes les lâcheuses impressions de la terre, la salue par ces mots : Que la paix soit avec vous, ne craignez pas, c'est moi. Aussitôt un silence profond s'établit sur toutes les puissances intérieures et s'étend même sur tout ce qui est extérieur dans l'homme. Posant la main sur son cœur, il sent que Dieu est là et qu'en maître légitime il vient de reprendre possession d'un empire qui lui appartient. Cependant, revenue de sa première surprise, nous allions dire de sa première frayeur, l'àme s^encourage elle-même peu à peu et après s'être prosternée dans la connaissance profonde de son néant et l'aveu sincère de son indignité, elle se relève sous l'impression de la confiance et de l'amour. C'est alors que ne voulant plus souffrir d'autre domination que celle de l'aimable conquérant auquel elle s'est livrée, elle lui présente, s'il est permis d'employer cette image, comme à son roi véritable, les clefs de toutes ses facultés et de toutes ses puissances : la clef de sa mémoire, de son imagination, de son intelligence , de sa volonté, de son cœur. Car c'est ainsi qu'il faut interpréter celte solennelle renonciation à Satan et celte complète adhésion à Jésus son Sauveur. Dire maintenant tout ce que Dieu réoand de douceurs et de joies en échange de tout ce^que l'âme lui a généreusement offert serait impossible au langage humain. Pour en trouver une figure, il faudrait remonter jusqu'aux premiers jours
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du monde, alors que l'homme innocent et heureux, heureux parce qu'il était innocent, conversait familièrement avec Dieu et goûtait les charmes de sa présence. Sans doute le serpent déjà existait, mais rien jusque-là n'avait trahi sa présence, et c'est pourquoi il nous faut aussi écarter en ce moment ce souvenir, il viendra bien assez tôt jeter l'effroi et la douleur dans nos âmes. A l'heure dont nous parlons, nous sommes encore au milieu du paradis de la terre, n'en sortons pas sitôt : c*est la première époque de la vie, l'enfant a douze ans, il vient de s'approcher de Dieu, il est plein de ferveur, appliquons-lui tant qu'il demeure dans cet extase d'amour cette parole des saints Cantiques : N'éveillezpas ma bien-aimêe jusqu'à ce qu\lle-même le veuille.