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Voyez- vous cette gorge resserrée entre ces hantes montagnes qui paraissent former comme une chaîne non interrompue jusqu'à la mer? C'est dans ce lit étroit que le fleuve devra écouler l'immense volume de ses eaux; aussi entendez-le se plaindre et mugir. Irrité des obstacles semés sur son passage, il écume de colère, et entraîne avec le limon qu'il soulève tout ce qui lui résiste : habitations, arbres, moissons , tout est emporté et disparaît dans le goufïre.
Mon fils, mon cher fils, qu'elle est impétueuse la force secrète qui précipite votre sang à travers vos veines I
Une vie pleine, exubérante semble vouloir faire éruption et briser ses digues et s'échapper avec violence.
Que ferez-vous dans cette extrémité?
Ecoutez le conseil de saint Paul : Je dompte mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé; et ailleurs : La chair combat contre V esprit y V esprit contre la chair , car ces deux choses sont opposées et s'excluent.
Ainsi l'assujettissement de la partie matérielle à la partie spirituelle^ assujettissement qui ne peut s'accomplir sans violence et sans lutte, tel est le devoir de l'homme et du chrélien.
L'âme, comme une reine détrônée qui sait la gran-
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deiir de son origine et la valeur de ses titres, doit saisir l'esclave révolté, le courber et le remettre à sa place.
Si, par faiblesse, découragement, manque d'énergie, elle laisse rusur[)ateur consolider son empire : alors qu'elle n'attende plus que honte, remords, servitude, avilissement, et peut-être une ruine entière.
Car plus on accorde à la nature corrompue, et plus elle demande. Dans le principe, on pouvait lui refuser avec gloire et avantage ; à la fin on est forcé de lui refuser, mais c'est par nécessité et sans mérite.
Or, puisqu'il le faut, pourquoi ne pas s'arrêter au commencement de cette voie qui mène au crime et au malheur?
Difficulté pour difficulté, violence pour violence, sacrifice pour sacrifice, ne vaut-il pas mieux, par un coup de vigueur, terrasser l'ennemi à la première rencontre, que de rappeler la victoire lorsqu'elle a disparu?
Courage donc, mon fils, et fortifié par la prière, aidé par les secours qu'on puise dans les sacrements, apprenez comment la grâce triomphe de la nature.
N'allez pas vous plaindre de la violence de ses assauts. Est-ce que saint Paul ne disait pas qu'il y avait en lui comme deux hommes, et qii'il sentait dans ses membres une loi opposée à la loi de V esprit?
76 CUAPlTlUi III.
OÙ serait voire mérite, si vous n'aviez pas de
combats ?
Luttez : ou triomphe du mal par l'habiludc du bien. Arrêtez-vous sur la pente qui conduit à l'abîme. Yêles-vous descendu, tout n'est pas perdu encore, croyez-le : revenez sur vos pas et osez espérer. La victoire reste toujours au courage et c'est pourquoi
je vous le dis:' Conservez votre corps dans la pureté, ^otreàmedans la justice; et votre vieillesse sera pleine de gloire, votre tin, de consolation et de bonheur.