‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 62 sur 128 · REFROIDISSEMENT DANS LA PIÉTK · texte numérisé non relu

REFROIDISSEMENT DANS LA PIÉTK

qui était de V enfant. Ainsi ne pouvez-vous toujours sucer le lait des célestes douceurs qui accompagnent la vertu. Homme et soldat du Christ, il faut que vous sentiez le poids des armes et que voire nourriture soit moins dtHicale et plus substantielle. Arrière donc toute dci'aillance et découragement, et aussi bien toute inquiétude. Un jeune homme, plein de foi et d'énergie pour le bien, laissa échapper un jour cet aveu : J'avais toujours entendu dire que le jour d'une première communion était le plus beau jour de la vie. Lors donc que je fus admis à m'approcher du saint autel, j'espérais bien ressentir ces joies inelTables dont on m'avait parlé. Quels ne furent pas mon élonnement et ma douleur, lorsque je vis autour de moi plusieurs de mes camarades pénétrés et attendris verser des larmes, tandis que moi je ne pleurais pas ! J'avais une foi vive cependant, et depuis plusieurs mois, ma conscience et mes maîtres m'avaient rendu ce témoignage, que j'avais fait de généreux efforts pour briser mon caractère et combattre mes défauts. En me voyant si insensible, je me crus perdu, et le désespoir allait s'emparer de mon cœur, lorsque la voix de Dieu et ( elle de ma raison me dirent : Après tout, tu aimes Dieu, puisque tu choisirais mourir plutôt que de le trahir. Consolé soudainement par cette assurance intérieure, je compris qu'il y a quelque chose audessus du sentiment de l'amour, c'est l'amour

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même ; quelque chose qui remplace la sensibilité du cœur, c'est la générosité du cœur et l'énergie de la volonté.

Assignons comme troisième cause du refroidissement dans la piété, Tapalhie naturelle au cœur de l'homme, nous allions presquedire son opposition instinctive pour tout ce qui s'appelle devoir et obligation. Ainsi, même sans tentation au dedans, môme sans difficulté au dehors, le bien parce qu'il est le bien ne peut s'accomplir souvent sans effort et sans courage. Comme la terre frappée de stérilité après le péché de l'homme, notre malheureux cœur ne produit ordinairement de lui-même que les ronces des stériles désirs, quand il ne nourrit pas l'herbe vénéneuse des mauvaises passions. Voulez vous donc, pour employer une autre image, que la lampe de votre piété se conserve ardente et luisante devant Dieu? Ayez soin de la pourvoir de l'huile qui la fait vivre. Or, cette huile, c'est la prière, c'est la fréquentation des sacrements, ce sont les réflexions sérieuses, les pieux désirs, les saintes et généreuses inspirations de la charité et du dévouement. Avec cette huile votre ferveur se soutiendra; sans elle, vous la verrez s'éteindre et mourir.

La quatrième cause du refroidissement dans la piété, c'est l'affaiblissement de la foi au contact du monde, et l'espèce de tyrannie qu'il exerce par ses jugements sur les âmes neuves , et non encore

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aguerries aux rudes combats de la \ie chrétienne. Soyez simples comme des colombes, disait Jésus- Christ à ses disciples, et prudents comme des serpents. Mais la prudence du serpent ne vient qu'a-' vec Tâge. Pour se défier, il faut avoir vécu, et toutefois malheur au jeune homme qui ne sait pas se défier ! il sera bienlôl la proie de l'ennemi. Ah ! notre cœur se serre au souvenir de tant d'adoles cents si pieux, si naïfs, si candides que nous avons connus, admirés et aimés, véritables colombes que le génie du mal a si tôt dévorées; la prudence, c'est-à-dire la science du monde leur a manqué, et la simplicité sans la prudence n'est qu'une voie plus accélérée pour arriver à une ruine certaine. Voulez-vous, mon fils, éviter ce malheur, ne prêtez pas volontiers l'oreille à toute parole, car il y a des paroles menteuses; n'ouvrez pas votre cœur à toute espèce de confidence, car il y a des confidences perfides; ne suivez pas toute sorte d'exemples, car il y a des exemples bien dangereux et bien funestes. Les compagnons de vos études qui sont plus avancés dans la science du siècle riront peut-être de votre simplicité et diront de vous : Ce n'est encore qu'un enfant. Vous vous trompez, leur répondrons-nous, c'est un ange, gardez votre limon et laissez-lui son ciel.

Nous pourrions alléguer comme une dernière cause au refroidissement dans la piété, le découra

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gement, fruit du scrupule ou conséquence d'une première faute : le découragement est à l'âme ce que la pierre est au noyé qui se sent emporté par son poids au fond de l'abîme. On peut dire aussi que si le péché est la mort de l'âme, le découragement est une mort seconde ou la mort dans la mort ellemême. Vous avez failli, mon cher enfant, relevez- Yous et bien vile. Qu'une fausse honte ne vous retienne pas, qu'un sentiment exagéré de votre faiblesse ne vous déconcerte pas. Tomber dans le ma! c'est de l'homme , persévérer dans le mal c'est du démon. Vous avez été homme, ne soyez pas démon. Écoulez cette parole : Dieu ne veut pas la mort du pécheur; ce qu'il veut, c'est qu'il se convertisse et quil vive. Revenez domc àla vie, puisque la vie vous est offerte , et que les bras de Dieu vous sont ouverts.

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