‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 69 sur 128 · LES FAUX AMIS · texte numérisé non relu

LES FAUX AMIS

micidele tonnerre de cette parole : Caïn, qu'as-tu fait de ton frère?

Malheureux! ne viens pas me répondre surtout que tu n'es pas le gardien de ce nouvel Abel ; car si tu n'en es pas le gardien, au moins ne devais-tu pas en être le meurtrier.

Vois ce que tu as fait, et, en présence de l'énormité de ta faute, mesure, si tu le peux, la grandeur du châtiment que tu mérites.

Ton châtiment, il sera terrible : car voilà que je te chasse de devant ma face, dit le Seigneur, et que tu seras errant et vagabond au gré de tes désirs corrompus.

Ah ! plutôt que de perdre l'âme de ton frère, il eût mieux valu pour toi que tu eusses été précipité dans le fond de la mer.

Car cette âme, vois-tu, Jésus-Christ l'a rachetée au prix de tout son sang.

Il le savait bien, l'esprit méchant, qui s'est servi de loi comme d'un instrument à sa fureur.

Oh! si j'avais une langue, disait-il, comme j'en ferais usage pour répandre des paroles à double sens, ou impies!

Et toi, misérable ! tu lui as prêté ta langue !

Oh! si j'avais des mains, comme elles me seraient utiles pour glisser entre les mains de ce jeune homme des livres dangereux !

Et toi, misérable! lu as prêté à Satan les mains.

110 CHAIMTRK VII.

Oh! si j'avais des pieds, comme je conduirais cet innocent agneau au lieu de regorgement !

Et loi* misérable ! lu as dit à Satan : J'ai des pieds pour te servir.

Ainsi, tu as mis à sa disposition, à la disposition du génie du mal, tous tes organes, toutes les puissances de ton âme, et cela dans le dessein de ruiner dans une autre âme le règne de Dieu.

Oh! malheur, malheur à toi!

El cependant je ne veux pas te laisser sous le poids du désespoir.

Est-ce que la miséricorde n'a pas offert sa grâce à Gain, s'il avait voulu se repentir?

Sans doute c'est un aff'reux malheur que d'avoir tué une âme. Ce malheur cependant, tout grand qu'il est, peut jusqu'à un certain point être réparé.

Le bon exemple est le contre-poids du scandale.

La prière qu'inspire le repentir est toute-puissante sur le cœur de Dieu.

Un homme d'un talent remarquable, mais de mœurs corrompues et impies, avait fait une guerre incessante à la religion, par les écrits sortis de sa plume et par les débordements de sa vie. Revenu à des sentiments chrétiens, il expiait dans la pénitence et dans leslarmesles égarements de sa jeunesse. Une

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pensée affreuse cependant le tourmentait et continuait à jeter le trouble, quelquefois le désespoir, dans son âme. Le mal que j'ai fait, se disait-il, je l'effacerai avec mes pleurs ; mais le mal que j'ai fait commettre, comment pourrai-je le réparer? Hélas! ajoutait-il encore, je louerai Dieu dans le ciel, si, comme je l'espère, je trouve à la fin de ma vie miséricorde et pardon ; mais on le blasphémera encore sur la terre à mon occasion.

Et tandis qu'il roulait en lui-même ces tristes pensées, une voix intérieure lui dit : Le mal que tu as causé par ta plume, que ta plume le combatte. Consolé par cette parole, il se mit alors à consacrer ses jours et ses nuits à composer d'excellents ouvrages en faveur de la religion.

Mon filh, vous avez perdu une âme; rendez à Dieu une âme, rendez-lui cent âmes, mille âmes, si cela se peut ; et faisant ainsi, vous aurez sauvé la vôtre.

CIIAIMïnK Mil.

E<a lutte.

Recueillez-vous/mon fils, écoutez cette parole et sachez la comprendre : Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive.

Et qui donc a proféré ces mots ?

Celui sur le berceau duquel fut entonné ce cantique : Gloire à Dieu au plus haut des cieux^ et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Mais la parole de Jésus-Christ ressemble-t-elle donc à celle des habiles du siècle qui font le contraire de ce qu'ils disent? Si sa naissance annonce la paix, comment se fait-il qu'il vienne ensuite nous apporter le glaive?

Jésus-Christ promet, il fait plus, Jésus-Christ donnelapaix,c'est-à-dire la réconciliationde l'homme avec Dieu, de l'homme avec ses semblables, et de l'homme avec lui-même ; mais cette paix est le fruit de la victoire, pour en goûter les douceurs, il faut les avoir achetées au prix des efforts et des travaux ; écoutons saint Paul :

« La loi est spirituelle : mais moi je suis charnel, « étant vendu pour être assujetti au péché, je sais (c qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans

(( ma chair, parce que je trouve en moi la liberté (( de faire le bien ; mais je ne trouve pas moyen de (( l'accomplir. Et je ne fais pas le bien que je veux, (( et je fais, au contraire, le mal que je ne veux pas. « Or, si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus (( moi qui le fais, c'est le péché quijiabile en moi. (( Lors donc que je veux faire le bien, je trouve en « moi une loi qui s'y oppose, parce que le mal ré- « side en moi. Car, selon l'homme intérieur, je (( trouve du plaisir dans la loi de Dieu : mais je sens « dans les membres de mon corps une autre loi qui (( combat contre la loi de mon esprit, et qui me « tient captif sous la loi du péché, qui est dans les « membres de mon corps. Malheureux homme que « je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort? (( La grâce de Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi je « suis moi-même soumis à la loi de Dieu par l'es- « prit, et à la loi du péché par la chair. »

Il était impossible d'exposer avec plus de clarté et de vigueur la malheureuse condition que nous a faite la faute héréditaire de notre premier père. Ainsi deux hommes sont dans chaque homme; le premier spirituel, le second charnel. Le premier trouve son plaisir dans la loi de Dieu, le second dans les joies sensuelles que défend la loi de Dieu. Le pre-

11 /l cifAPiTuK vm.

mier voit le bien, le veut, et ne le fait pas; le second voit le mal, ne le veut pas et le fait. 11 le lait non invinciblement ; remarquez-le bien , car l'Apôtre ajoute, à la fin de son tableau : Qui me délivrera / La grâce de Jésus-Christ mon Sauveur, et ailleurs: Cette grâce ri a pas été stérile en moi; ce qui suppose notre coopération et notre concours à l'action de Dieu. Mais si l'homme ne fait pas le mal nécessairement, il s'y trouve porté , excité, presque entraîné par la funeste loi du péché qui s'est identifiée avec sa chair. Ainsi, mon cher enfant, comprenez-le, la guerre subsiste entre les deux hommes qui sont en vous, et c'est pourquoi Jésus-Christ vous apporte le glaive. 11 ne vous apporte pas la guerre, elle existait avant lui; Adam, votre père, vous y a condamné. Jésus-Christ vous apporte le glaive pour lutter et pour vaincre; mais combien le courage nous sera nécessaire, sans parler du secours puissant qu'obtient toujours la bonne volonté et la prière! La tentation est quelquefois si forte, si obstinée, si continue que plusieurs, désespérant follement et criminellement de Dieu et d'eux-mêmes, ont dit : la vertu est impossible, la vertu n'existe pas. Ils l'ont dit et ils avaient en un sens raison: caria vertuest vraiment impossibleau lâche qui ne sait se faite aucune violence ; la vertu est impossible au préso mptueux qui s'expose et court au-devant du danger; la vertu est impossible au cœur froid et indifférent qui ne sait ni prier ni recou-

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rir aux remèdes que présenlenl les sacrements. Non, la vertu ne saurait exister pour de tels hommes, et il n'est pas étonnant qu'ils restent courbés sous le joug des habitudes les plus tyranniques et les plus honteuses.

Pour vous, mon enfant, le succès vous sera, sinon toujoursfacile,aumoins toujours assuré, sivoussavez employer les armes que Jésus-Christ a mises entre vos mains. Laissez-nous, pour votre parfaite instruction, vous rappeler ici les paroles que le divin Sauveur adressait à ses disciples avant de les envoyer au milieu du monde: On vous chassera des synagogues, leur disait-il , et voici Vheure où quiconque vous mettra à mort s'imaginera faire un sacrifice agréable à Dieu. Dans un autre endroit il revient encore sur celte triste prédiction : Vous serez à tous wn objet de haine à cause de moi. Mais pourquoi donc le Sauveur soulève-t-il ainsi le voile de l'avenir devant des hommes faibles et pusillanimes tels que ses apôtres étaient alors? Lui-même en donne la raison, c'est afin que, lorsque toutes ces choses arriveront, vous vous souveniez que je vous les ai prédites. Et dans une autre circonstance jetant les yeux sur ceux qu'il appelait ses amis, dépositaires de ses desseins pleins d'amour, il s'attendrit et s'écria: Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups...

H6 cuAPiTiuc vin.

ne craignez pas toutefois^ pauvre petit troupeau : car j'ai vaincu le monde.

Or, ce que le Sauveur a jugé convenable de faire pour ses disciples, nousle faisons pour vous, mon cher enfant, nous vous signalons d'avance les difficullés que vous rencontrerez sur votre passage, non pour que votre courage se brise, mais pour qu'il se relève, au contraire, et que Tennemi ne vous prenne pas au dépourvu ; car un homme averti est plus fort que deux hommes surpris. Attendez-vous donc à la lutte. Elle éclatera au dedans de vous par le soulèvement de vos passions, elle se manifestera au dehors par l'amorce des plaisirs et les funestes exemples du monde. L'ambition, la cupidité, la jalousie, la vengeance, l'orgueil, la sensualité, tous les mauvais instincts qui se remuent dans les bas-fonds du cœur humain tenteront de se lever à la surface et de vous dommer. Malheureux homme que je suis^ vous écrierez-vous, si vous n'êtes pas la proie de ces terribles penchants; malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort, de cette chair de péché? Une voix vous répondra : La grâce de Jésus- Christ votre Sauveur, pourvu que cette grâce ne soit pas stérile en vous.

El toutefois, mon enfant, ce que nous redoutons plus encore, s'il est possible, que la violence de vos passions, c'est le scandale de l'exemple, l'entraînement de la multitude.

Un pauvre jeune homme, qui avaitconservéà Dieu saioietson cœur, vint unjourlrouverl'amietleguide desonenfance.C'enestfailJerendslesarmeSjlalulle mebriseet me tue. Imaginez-vous, mon père, qu'obligé parmapositionàme trouver au milieu déjeunes gens de mon âge, il ne se passe pas d'instant sans que je ne sois obligé d'entendre les propos les plus inconvenants et les plus impies. Mais si mes oreilles sont blessées, mes yeux ne le sont pas moins de tout ce qu'ils sont condamnés à voir. Alors, la douleur au cœur, la rougeur au front et l'indignation aux lèvres, je défends quelquefois ouvertement la cause de la vérité et de la vertu, mais c'est en m'attirant des attaques plus nombreuses et plus vives. D'un autre côté, le silence est un faible bouclier pour repousser les traits qu'on dirige contre moi. Et cependant ce n'est pas tout : car, lorsque le combat a cessé au dehors, il se rallume au dedans : l'attrait du plaisir défendu se montre à moi plus dangereux que dans la lutte. Dans la lutte je voulais vaincre, mon honneur y était engagé; dans le repos qui suit la lutte, je veux presque être vaincu. Incertain d'ailleurs de conserver jusqu'à la fin l'équilibre dans ce passage si étroit du devoir, je balance pour savoir s'il ne vaudrait pas mieux de suite me précipiter

118 CM Al'UJ'.lv Mil.

dansral)îm(3, car après tout je m'épargnerai un travail inutile et je serai ce que sont presque tous les coîU()agnons de ma jeunesse.

Et en l'entendant parler ainsi, le cœur du prêtre saignait comme le cœur d'une mère. « Mon fils, lui (( disait-il, en empruntant les paroles de l'auteur (( inspiré de V Apocalypse, je connais vos œuvres, (( votre travail et votre patience. Je sais que vous ne (( pouvez souffrir les méchants, et qu'ayant éprouvé (( ceux qui se disent bons et ne le sont point, vous (c les avez trouvés menteurs. Je sais que vous êtes (( patient, que vous avez souffert pour le nom de Jéc( sus-Christ, et que vous ne vous êtes point jusqu'ici (( découragé. Mais j'ai un reproche à vous faire; (( vous vous êtes relâché de votre première fer- « veur. Souvenez-vous de l'état d'où vous êtes dén. chu, et rentrez dans la pratique de vos premières (( œuvres; si vous y manquez, je viendrai bientôt à c( vous, et j'ôterai votre chandelier de sa place : >' c'est-à-dire, la grâce de la persévérance vous sera refusée, en punition de vos infidélités et de votre relâchement.

Ah ! loin de se laisser décourager ou entraîner par la défection du grand nombre, il faut au contraire ramasser toute son énergie, et demeurer fidèle à la sainte cause qu'on a embrassée, en pensant à la récompense qui nous attend !

J'ai laissé à l'Apôtre bien-aimé le soin de reprcn-

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dre par de tendres reproches et d'aiïèrmir par de salutaires conseils l'àrne pusillanime. Je vais encore le laisser^parler pour annoncer à l'âme courageuse le glorieux fruit de la victoire.

« Celui qui sera victorieux sera velu d'habits « blancs, et je n'effacerai pas son nom du livre de c( vie, et je confesserai son nom devant mon Père et (( devant mes anges... Je viendrai bientôt ; conservez K ce que vous avez, afin que nul ne prenne votre a couronne. Quiconque sera victorieux, je ferai de K lui une colonne dans le temple de mon Dieu, en <( sorte qu'il n'en sortira plus : et j'écrirai sur lui le (( nom de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem, qui <( descend du ciel. Que celui qui a des oreilles en- « tende cequeTHlsprit-Sainl dit aux églises. »

Après la séduction de l'exemple il est encore une autre tentation causée par la vue de l'immense multitude qui s'égare. Dieu punira-t-il tant de coupables? se dit-on. Le nombre si grand des prévaricateurs n'arrêtera-t-il pas son bras vengeur?

C'est saint Jean encore qui va répondre.

c( Lorsque l'ange du Seigneur eut ouvert lesixièn me sceau, il se fit un grand tremblement de terre : (( le soleil devint noir, la lune parut tout en sang.

120 CllAPlTRK VIII.

((. Alors les étoiles du ciel tombèrent comme les li- « gués vertes tombent d'un %uier qui est agité (( d'un grand \ent. Le ciel se plia comme un livre (( qu'on roule, et toutes les montagnes et les îles fu- (( rent ôtées de leur place. Et les rois de la terre, les (( grands du monde, les officiers de guerre, les ri- (( ches, les puissants, et tous les hommes, esclaves « ou libres, se cachèrent dans les cavernes et dans (( les rochers des montagnes, et ils dirent aux monc( tagnes et aux rochers : Tombez sur nous, et cai( chez-nous de devant la face de celui qui est assis t( sur le trône, et de la colère de l'Agneau : parce (( que le grand jour de leur colère est arrivé, et qui (( pourra la soutenir ? »

Vous êtes scandalisé, mon fils, en voyant le grand nombre des pécheurs ; que ne considérez-vous le spectacle que vous présentent les justes, dont le nombre aussi est considérable sur la terre î Laissons de nouveau parler l'écrivain de Vîle de Patmos :

a. Je vis ensuite une grande multitude que perce sonne ne pouvait compter, de toute nation, de a toute tribu, de tout peuple et de toute langue. « Ils se tenaient debout devant le trône et devant c( l'Agneau, et vêtus de robes blanches, et ayant des c( palmes dans leurs mains. Ils s'écriaient et disaient <( d'une voix forte : C'est à notre Dieu qui est assis c( sur le trône, et à l'Agneau, qu'est due la gloire de

notre salut. Et tous les anges étaient debout autour du trône et des vieillards, et, s'étant prosternés sur le visage devant le trône, ils adorèrent Dieu, en disant : Amen, bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans tous les siècles des siècles. Alors un des vieillards prenant la parole me dit : Qui sont ceux-ci qui sont vêtus de robes blanches? Et d'où sont-ils venus? Je lui répondis : Seigneur, vous le savez. 11 me dit : Ce sont ceux qui sont ve-nus ici après avoir passé la grande tribulalion, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de TAgnpau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et ils le servent jour et nuit dans son temple ; et celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente, llsn'auront plusni faim ni soif, et le soleil ni aucun souffle brûlant ne les incommodera plus; parce que l'Agneau, qui est au milieu du trône, sera leur pasteur, et il les conduira aux ( sources vives des eaux, et Dieu lui-même essuiera toutes les larmes des yeux. »

Voilà ce que dit l'Apôtre pour soutenir notre courage, et il faut avouer que ces magnifiques peintures tracées sous l'inspiration de Dieu même, sont bien propres à atteindre ce but.

Je sais que les biens ineffables dont il est ici question, sont à venir et les joies du monde présentes. Et c'est pourquoi au cœur empressé qui veut jouir, je

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