‹ Direction pour la conscience d'un jeune homme pendant son educationChapitre 80 sur 128 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Exercices de piété.

Lorsqu'un homme veut élever une tour, dit Jésus-Christ dans l'Evangile, qu'il commence par s'asseoir et que dans le calme de la réflexion il suppute avec lui-même lesressources dont il peut disposer et les dépenses présumées auxquelles il lui faudra faire face, de peur qu'ayant commencé il ne soit obligé délaisser inachevé son entreprise, et que les passants ne disent en branlant la tête : cet homme a voulu faire quelque chose de bien et n'a pu Tachever.... Ce conseil, dicté par la sagesse et la prudence, nous pouvons le donner aux âmes inquiètes et ardentes, aux caractères impétueux et entreprenants, qui, séduits par Tapparence du bien, s'aventurent dans des voies élevées dont ils ne connaissent pas l'issue, et prennent les beaux rêves de leur imagination pour des moyens de perfection. Défiezvous dans le commencement surtout, mon cher enfant, de cet excès de ferveur. Ne faites rien sans conseil, avancez progressivement et peu à peu dans le sentier de la vertu Faites marcher l'intention avant l'action ; préférez ce qui est caché à ce qui

paraît au dehors, ce qui coûte à la nature, à ce qui plaît à la nature.

Une piété qui se nourrit uniquement d'actes extérieurs n'est qu'un corps sans âme. Sans doute les pratiques dont nous parlons sont utiles ; elles sont à la dévotion ce que le bois est au feu, un aliment mais non le feu lui-même. Mettez donc du bois dans le feu si vous ne voulez qu'il s'éteigne, mais sachez distinguer le feu de l'objet même qui lui sert de soutien. Pareillement, une piété qui a sa source dans l'imagination n'offre aucune garantie de durée. C'est une vapeur légère que le vent pousse, dirige au hasard ou dissipe en un instant. Faut-il en conclure que rimaginalion doit-être supprimée? non, mais il ne faut s'en servir que dans la mesure de la sagesse; alors au lieu d'être un obstacle, elle deviendra une auxiliaire. Nous porterons le même jugement sur la piété qui siège exclusivement dans le cœur. La sensibilité est excellente unie à la volonté ; la sensibilité seule peut devenir un danger et un écueil. Il nous faut donc établir notre dévotion sur la terre ferme de la volonté, et aller à Dieu avec toutes les forces de notre être. Tout ce que la Providence a mis en nous est bon, n'éteignons rien, ne supprimons rien, comme font certaines personnes inconsidérées qui s'imaginent que pour aller à Dieu il est nécessaire de mutiler son intelligence ou son cœur ; il faut tout simplement diriger la première et purifier le second.

\l^^ ClUriTUE XII.

La vraie piété est dans le bon usage de nos facultés qui doivent être autant de nnoyens pour nous élever vers Dieu.

Mainlcnanl , mon enfant, après vous avoir rappelé les principes, laissez-moi descendre des hauteurs (!e la théorie, pour vous parler de la pratique. Soyez fidèle à votre prière du matin et du soir. Une journée dont les premiers instants n'ont pas été sanctifiés par une élévation de cœur à Dieu est une journée païenne. Si vous voulez recevoir le prix de votre travail au soir de la vie, rappelez-vous quel est le maître que vous servez. Cette prière sera courte, mais respectueuse, attentive, fervente. Je vous proposerais bien une petite méditation de dix minutes à un quart d'heure, mais je crains d'en trop demander, et je me contenterai d'une lecture pieuse de cinq minutes, tous les jours. Si cette lecture était réfléchie, ce serait parfait. Une dizaine ou deux de chapelet récitée en passant d'un lieu à un autre, ou du moins un souvenez-vous, me semble un acte de piété bien propre à vous concilier la protection de Marie. J'attache une grande importance à cette dernière recommandation. Il me semble que si par malheur et par impossible, les liens qui vous retiennent à Dieu venaient à être rompus, vous seriez encore retenu sur l'abîme par ce fil de la piété envers Marie votre mère. Je me hâte de terminer, car je crains déjà d'être accusé de trop d'exigence ; et cependant, si je

l'osais et si vous vouliez encore m'cntcndre, je vous dirais : jelezlesoirun coup d'œil rapide sur loulesles actions de la journée et ne vous endormez jamais sans avoir produit un acte de contrition et de bon propos. Maintenant je ne vous parlerai pas de vos communions. Votre directeur en réglera le nombre avec vous ; mais je vous conseille fort la confessionau moins tous les deux mois, et à l'approche des fêtes. Lorsque vous sentez vos forces diminuer et prêtes à vous trahir, allez recevoir quelques encouragements et quelques bons conseils auprès de voire ami, de votre père. Lorsque vous avez eu le malheur surtout de faire une faute, relevez-vous sur-lechamp et ne laissez pas à la faute le temps de dégénérer en une funeste habitude.

Peut-être entendrez-vous vos amis ou les personnes de ce siècle accuser ces saintes pratiques de minuties et de soins superflus. Sans doute le monde ne vous proposera pas d'abord de renoncer aux devoirs sérieux de la religion: il sait bien qu'une pareille proposition exciterait votre défiance et soulèverait votre indignation; mais insensiblement il cherchera, comme le serpent, à s'insinuer en vous, afin de vous inspirer du dégoût pour les pieuses pratiques qui ont fait jusqu'ici votre consolation et feront toujours votre sauvegarde. Pourquoi donc en faire tant, vous dira-t-on? ne peut-on pas se sauver à moins? est-ce que Dieu demande tant de prières?

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conservez ressenliel, et laissez toutes ces minulieuses pratiques, qui sont la marque d'un esprit étroit et scrupuleux. Ce langage est perfide, o mon fils, d'autant plus perfide même, qu'il semble, au premier abord, renier mer quelque chose de spécieux.

11 est bien vrai, Dieu n'exige pas de vous une fidélité telle aux pieuses pratiques que vous vous êtes prescrites, que vous ne puissiez les omettre sans péché. Vous n'encourrez donc pas sa disgrâce pour avoir manqué un jour ordinaire d'assister au saint sacrifice de la messe, pour n'avoir pas consacré quelques instants à la méditation ou à la lecture spirituelle, pour avoir remis à un temps plus éloigné votre confession ou votre communion. Mais savez- vous bien l'effet malheureux qui résultera de votre négligence, si elle est continuelle? Apprenez-le aujourd'hui, pour mieux comprendre l'u lilité des pieuses pratiques dont le monde se moque si injustement. Le premier effet sera de vous rendre moins attentif et moins vigilant sur vous-même; le second, moins uni à Dieu et moins fervent ; le troisième, plus faible dans le combat et plus exposé à la tentation. Car, tandis que le tentateur cherchait à démolir pièce à pièce votre piété, l'essentiel du moins était en sûreté ; quand il vous aurait vaincu dans quelques rencontres peu importantes, ce n'était pas un combat décisif; mais aujourd'hui qu'il peut s'approcher de votre àme sans obstacle, vous avez tout à redouter dans une

pareille lutte. Encouragé par les avantages légers qu'il a remportés sur vous, fort de votre faiblesse , il est bien à craindre que votre ennemi ne soit enfin vainqueur par votre négligence et votre lâcheté. Écoutez donc et gravez dans votre cœur celte sentence des livres saints : Heureux le serviteur que le maîlrey quand il viendra, trouvera veillant ;je vous dis en vérité qu'il V établira sur tousses biens.

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