CHAPITRE XV
dans son Sacrement. Cette preuve, que nous pourrions facilement établir sur Tautorité de l'Ecriture sainte, renseignement de l'Eglise et la foi de tous les siècles, résultera cependant d'une manière indirecte de tout ce que nous allons dire.
D'après la sublime doctrine de saint Paul, Jésus- Christ est le nouvel Adam , l'Adam réparateur de la nature humaine. Or le premier, en nous transmettant sa faute, nous a transmis son malheur. Il nous a tués dans notre corps et dans notre àme.
Jésus-Christ vient nous rendre la double vie que nous avons perdue. En vertu de notre union avec ce divin Rédempteur, notre corps est rétabli , notre âme renouvelée, tout notre être rendu à sa première etglorieusedestinée. Dans ce chapitre ilseraquestion seulement de ce qui regarde le corps ; nous verrons dans une autre considération ce qui touche lame.
Entrons maintenant dans notre sujet.
Et d'abord nous n'avons pas à établir le dogme de la transmission du péché originel. Cette vérité catholique , contenue dans nos saints livres , confirmée par la tradition des siècles , enseignée par l'autorité de l'Eglise, soupçonnée et même entrevue par les seules lumières naturelles de notre esprit, lorsqu'il cherche à se rendre compte de tous les maux physiques et de tous les désordres dont ce
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monde est. le théâtre , celte vérité, nous la prenons comme incontestable.
Ainsi nos premiers parents, nous ayant engendrés après leur chute, nous ont fliits ce qu'ils étaient eux-mêmes. Leur corps étant devenu par le péché, passible, corruptible et mortel, le nôtre a dû nécessairement participer aux effets de cette dégradation primitive, comme l'eau qui s'échappe d'une source conserve dans tout son parcours les propriétés essentielles de son origine.
Ceci une fois admis , nous disons que le péché d'Adam a déposé, dans la partie matérielle de nousmêmes, un virus ou un poison qui a produit les trois déplorables accidents que nous allons signaler. fi Premièrement , l'altération des formes ou la laideur; en second lieu, la douleur; et enfin, la destruction ou la mort. Nous montrerons comment ces trois effets de notre union avec le premier Adam ont été annulés par notre union intime avec la personne du nouvel Adam, Jésus-Christ.
Procédons avec ordre, et voyons d'abord le premier accident : l'altération des formes.
Laissez-nous, mon enfant, vous expliquer notre pensée par une comparaison.
Un voyagcui', plein des souvenirs de l'histoire , se fait jeter sur les rives désertes d'une contrée nou-
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\ellemenl découverte. Après l)ien des explorations et des fouilles infructueuses, je l'entends pousser un cri de surprise et de joie: il vient d'arracher à la terre un secret qu'elle tenait soigneusement caché. C'est un débris de colonne sur laquelle se trouvent trois ou quatre caractères mystérieux. Le savant s'assied, il examine, cherche, et enfin il trouve. Ce qu'il tient entre ses mains n'est qu'un tronçon mutilé, et voilà qu'avec ce tronçon il bâtit un temple, il indique ses proportions, ses richesses , et jusqu'à la date de sa construction.
Savez-vous ce que c'est que le corps de l'homme? C'est un temple destiné à recevoir l'image vivante de Dieu, l'âme. Ce temple, le divin architecte l'avait fait grand, splendide, digne de sa glorieuse destination.
Mais , plus désastreux qu'une invasion de barbares, le passage du péché a tout renversé et détruit. Ce que nous voyons aujourd'hui de remarquable dans les rares apparitions de certains visages éblouissants de beauté, n'est qu'un tronçon , un reste informe, qui peut bien faire soupçonner mais non révéler toute la magnificence du chef-d'œuvre de Dieu. Or, ce chef-d'œuvre de Dieu^ c'était le corps du premier homme dans l'état d'innocence. Toutes les richesses et les splendeurs de la création y avaient été concentrées et comme accumulées. Aussi les poètes et les naturalistes, admirateurs exclusifs de la forme, onl-ils vu dans notre enveloppe
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terrestre tous les épanouissements de la nature et les feux des astres. Et comme il y a au fond de toute exagération, et même de tout mensonge, une vérité qui leur sert de point de départ, nous dirons, sans pour cela vouloir excuser les folies de ces peintres sensualistes, que leurs rêves ne sont qu'un souvenir de l'Éden, et leurs fictions une réminiscence du séjour primitif. L'homme, a dit un poëte, est un ange tombé qui se souvient des cieux.
Quoi qu'il en soit de tout ce que nous venons de dire , ce qui paraît certain , bien que celte opinion, pour ce qui regarde la laideur , ne soit pas de foi , c'est que le péché d'origine, devenu le mal héréditaire, a introduit dans le monde avec tous les autres fléaux dont nous parlerons bientôt, la difformité physique qui blesse nos regards. Et cette difformité, qui un peu plus tôt ou un peu plus tard finit par bouleverser les traits les plus réguliers et les plus délicats, se trouve encore augmentée et accélérée par l'action corrosive de chacun de nos vices en particulier. Pour se faire une idée des terribles ravages que je signale, qu'on se représente ici une magnifique statue, fidèle reproduction des traits d'un grand prince, exécutée sur le marbre par un artiste habile. Dans un jour d'émeute et d'orgie, une vile populace ébranle d'une main rugueuse ce chef-d'œuvre de l'art, et le renverse dans la poussière. Voilà le : fruit du péché d'Adam ; c'est le premier coup et le