CHAPITRE XVI
d'elle-même Ia\ie nouvelle dont il est le principe et la source.
Or, quelle âme Adam nous a-t-il transmise? Semblable au flambeau qui s'allume au feu d'un autre flambeau, sans que la lumière qu'il donne diminue en rien l'intensité de son foyer, l'ûme de chaque homme s'échappe, si je puis appli((uer une comparaison matérielle à un effet tout spirituel, de l'âme du premier homme, type de toutes celles qui se succèdent dans la suite des siècles. Que ce mode de transmission des esprits ait quelque rapport avec l'image que je viens d'employer, ou qu'il s'opère d'une manière différente, la vérité est que les effets déplorables de notre descendance d'Adam se retrouvent les mêmes chez tous les hommes.
Le premier effet est la mort spirituelle. Car de même que le corps, séparé de l'âme qui l'anime, n'est plus qu'un cadavre, ainsi l'âme, séparée de Dieu qui est sa fin, est privée de sa vie. Tous sont morts en Adam, a dit l'Apôtre que nous avons cité, et tous ont été vivifiés en Jésus-Christ,
Second effet, abaissement dans notre intelligence. L'ignorance est un des fruits du péché, et avec l'ignorance le doute, et après le doute l'erreur, et après l'erreur l'obstination dans le faux et le mensonge. En troisième lieu, dépravation du cœur. La volonté, qui autrefois était droite et cherchait le bien, se détourne maintenant du bien et embrasse le mal.
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Qui de nous n'a souvent gémi des luUes intérieures qui s'élèvent au fond de sa conscience? Malheureux homme que je suis! s'écriait saint Paul, le bien que je voudrais faire y je ne le fais pas, et le mal que je ne voudrais pas faire, je le fais.
Enfln, pour dernier effet, nous devons signaler rinimitié, la colère de Dieu, et par suite notre malheureuse séparation d'avec lui.
Tel était l'état du genre humain, tel élait l'état de chacun de nous en particulier, lorsque Dieu daigna nous regarder dans sa miséricorde.
Comme le mal nous était venu, ainsi qu'une peste horrible, à cause de nos rapports avec l'homme ancien, la Providence voulut que le remède descendît jusqu'à nous, en nous mettant en rapport avec l'homme nouveau.
L'âme de Jésus-Christ a touché la nôtre, et tout ce qu'elle avait perdu elle le retrouve avec usure.
Ici, ne voulant rien dire de nous-même , nous allons laisser parler encore le docteur des Gentils ; il va nous exposer, dans son magnifique langage, les fruits merveilleux de l'union de Jésus-Christ avec nos personnes.
«Ce qui fait éclater davantage l'amour de Dieu (( envers nous, c'est que, lors même que nous étions «encore pécheurs, Jésus-Christ n'a pas laissé de
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« mourir pour nous dans le temps desliiié de Dieu. « Ainsi clanlmainlenant justifiés parsonsan^, nous a serons à plus forte raison délivres par lui de la co- « 1ère de Dieu. Car lorsque nous étions ennemis de ((Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la « mort de son Fils; à plus forte raison, étant main- (c tenant réconciliés, nous serons sauvés par la vie de «ce même Fils.... » Plus loin l'Apôtre ajoute: « C'est l'Esprit de Dieu qui rend lui-même témoi- « gnage à notre esprit que nous sommes enfants de « Dieu. Si nous sommes enfants, nous sommes aussi c( héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus- « Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec c( lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui. »
Il était impossible d'exprimer en termes plus précis et plus formels les précieux avantages que nous apporte notre union avec Jésus-Christ. La justification de nos âmes, notre adoption divine, noire pré destination à la gloire, tout ce qu'Adam en un mol nous avait enlevé, tout cela restitué avec une libéralité dont on ne peut trouver le modèle qu'en Dieu.
J'ai exprimé, commej'ai pu,' avec raidederApôtro, le chef-d'œuvre de la miséricorde divine, il faut que j'indique maintenant le chef-d'œuvre de sa sagesse. Jésus-Christ se donne à nous, voilà l'amour; mais il faut à notre tour que nous nous donnions à lui,
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voilà la combinaison de sa Providence et de sa juslice. Quand la femme malade, dont parle l'évangéliste, frôla le bord de la robe du Sau\enr, une foule de personnes l'environnaient alors et le pressaient de toules parts. Jésus-Christ s'écrie : Quelqu'un nia louché. Il n'y a rien d'étonnant, répondent ses disciples, tout le monde vous entoure. Or, ce n'était pas de cette multitude que Jésus-Christ voulait parler. Une personne, une seule l'avait touché : toutes les autres auraient pu l'étouffer sans le toucher. Mystère admirable qui nous explique comment une foule d'âmes reçoivent Jésus-Christ sans pour cela s'unir à lui. Comme les Juifs, elles l'étreignent pour ainsi dire, lorsqu'elles s'approchent de sa personne cachée sous les voiles de son sacrement, et on peut leur appliquer cette parole : Il y a quelqu^un au milieu de vous que vous ne connaissez pas et avec lequel vous ne communiquez pas. Laissez, laissez venir cette âme que la foi, la confiance et l'amour animent, et une vertu divine s échappera du Sauveur. L'âme que des dispositions sympathiques mettent en rapport avec l'âme de Jésus, obtient des trésors de lumière qui étonnent ceux qui en sont les témoins. Il arrive souvent que celui en qui sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science divine se plaît à élever les intelligences les plus humbles à une hauteur que le génie le plus sublime ne saurait atteindre. Et non-seulement l'esprit est illuminé, mais le cœur
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est renouvelé, refait à neuf, créé de nouveau, selon l'expression du l^sahniste. En présence du souverain dominateur, les penchants mauvais se taisent, les passions s'apaisent, les feux de la concupiscence s'éteignent, la volonté perverse se redresse et cherche le bien avec plus d'ardeur qu'elle ne poursuivait le mal. Une étonnante et miraculeuse transformation s'opère, tellement que la pauvre àme, fille d'Adam, ne se reconnaît i>luset s'écrie : Je vis.., non ce nest plus moi qui vis, cest Jésus-Christ qui vit en moi. Oui, elle a dit vrai. Elle ne vit plus en effet de la vie ancienne, elle vit de la vie nouvelle que le Rédempteur est venu allumer en elle par le contact de sa sainte àme. Alors ce qui s'opère dans le mystère de cette communication, j'allais dire de cette fusion, surpasse tout ce que le langage humain peut exprimer. L'âme fidèle ne faisant désormais qu'une âme avec celle de Jésus, n'a plus pour ainsi dire de pensée propre, c'est Jésus-Christ qui pense en elle et pour elle. Cette âme n'a plus de sentiments propres, c'est Jésus-Christ qui sent, qui juge en elle et pour elle. Cette âme n'a plus de volonté propre, c'est Jésus-Christ qui veut en elle et pour elle. Cette âme n'a plus d'action propre, c'est Jésus-Christ qui agit en elle et pom* elle. Enfin que dirai-je? Cette âme n'a plus de vie propre, c'est Jésus-Christ qui vit en elle et pour elle. Arrivée à ce point culminant de perfection par son intime union avec le Sauveur, tout s'é-
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lève, tout s'élargit, tout s'agrandit dans cette âme, tout prend des proportions que la nature ne connaît pas, mais que la grâce opère comme en se jouant. L'intelligence trouve dans l'intelligence de Jésus une puissance de science, et le cœur trouve dans son cœur une puissance d'amour qu'il n'est pas donnée l'homme de comprendre, et c'est pourquoi le Prophète s'écrie ; Goûtez et voyez, renonçant à exprimer ce qui ne peut qu'être expérimenté et senti.
Mais l'Eucharistie ne conlient pas seulement le corps et l'âme du Sauveur, elle renferme aussi sa divinité, et c'est avec sa divinité que nous contractons une alliance, si nous le voulons, indissoluble.
L'Apôtre n'a-t-il pas dit cette étonnante parole : Divinœ consortes naturœ : Vous êtes devenus participants de la nature divine elle-même? Ahl j'ai cherché des paroles pour peindre les effets du contact de notre corps avec le corps de Jésus : les expressions m'ont manqué, lorsque j'ai voulu balbutier quelques mois des effets merveilleux de l'union de nos âmes avec son âme. Que dirai-je, maintenant qu'il s'agit de sa divinité? Adam, mon infortuné père, tu m'as bien fait du mal ; car tu m'as communiqué une chair viciée et une âme déchue. Mais là s'est arrêtée la puissancedeslructi ve, tu n'as pu me donner que ce que tu avais toi-même. Jésus-Christ m'apporte une chair
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purifiée et une âme snnclifiée. Et afin que la grâce surabonde où le péché a seulement abondé, il m'apporte tout ce qu'il possède, c'est-à-dire sa divinité a^ec son humanité, il me fait Dieu en quelque sorte, divinœ colisortes naturœ. Ainsi d'après ce sublime exposé de la doctrine catholique, l'action réparatrice de Jésus-Christ, commencée dans le temps, s'achève et s'accomplit dans l'éternité. Après la vie d'épreuves, vient la vie de bonheur et de gloire, la communion du ciel devient la continuation de la commuion de la terre, et l'Eucharistie, après avoir été le moyen, se trouve être le terme de notre souveraine félicité : la possession de Dieu. Je m'arrête. J'ai dit en commençant que je ne prouverais pas la vérité de ce mystère de l'amour divin ; j'ai fait plus, je pense, en me bornant à l'exposer. Que s'il reste encore une objection à celui qui aura médité ce plan si simple, si grand, si sage, si digne enfin des perfections de Dieu, je n'essaierai pas de discuter avec lui, je le plaindrai du plus profond de mon cœur. Un célèbre médecin, après avoir fait la description de toutes les parties du corps humain, s'écriait dans un élan d'enthousiasme, qu'il venait de composer la plus belle hymne qui ait été encore célébrée à la louange de Dieu. Je n'ai pas fait l'autopsie d'un cadavre, je l'ai ressuscité : j'ai montré comment tous les effets désastreux de notre filiation avec Adam avaient été détruits par notre identification avec l'Homme-Dieu,,
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avec Jésus, le réparateur de notre nature. L'Eucharistie est un dessein de Dieu si beau que je serais tenté de lui appliquer ce qu'un homme d'esprit disait en parlant de Dieu même : S'il n'était pas, il faudrait Finventer. Mais l'homme n'invente pas de pareilles conceptions. Prosternons-nous donc, pour croire, adorer et bénir. — Mais comment croire un pareil mystère qui paraît impossible ! Mais l'Eucharistie est impossible î — On disait la mêmechose d u mouvement devant un homme de bon sens, et il se mit à marcher. Et qui es-tu, pauvre petit homme, pour prononcer devant le Tout-Puissant le mot impossible? Sais-tu'^ce qui est impossible? C'est, quand Dieu a parlé, de rejeter sa parole. Non, ce n'est pas la présence réelle qui est impossible, c'est l'incrédulité; ce n'est pas l'amour de Dieu, ce devrait être l'ingratitude de l'homme.