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CHAPITRE XVII

Le travail.

Le travail, quel mot venons-nous de prononcer 1 Lorsque Dieu, au commencement des temps, après avoir créé l'homme, l'eut établi roi sur tous les animaux qu'il venait de produire, il est dit qu'il lui donna la terre comme le lieu de son domaine et de son empire, durant le temps de son épreuve. Celte terre, que le péché n'avait pas encore souillée, devait offrir spontanément et avec abondance tout ce que l'homme pouvait désirer dans la mesure de ses besoins et même de ses plaisirs. Et cependant un mot du texte sacré nous fournit le sujet d'une sérieuse réflexion. Dieu, dit Moïse, introduisit Adam dans le paradis de la terre, afin qu'il le cultivât. Ainsi le travail devait être le partage de l'homme, même dans rétat d'innocence ; seulement ce travail aurait été exempt de peine et de douleur. Au lieu d'être un joug accablant, nous l'aurions accepté comme une occupation douce et agréable ; au lieu de peser sur nous comme une dure nécessité , il nous eût paru une distraction pleine de charmes et d'attraits.

Ne semble-t-il pas, en traçant ces lignes, que le souvenirde l'état primitifde nos premiers parents ait traversé le cerveau de quelques-uns de nos rêveurs modernes. Ne tenant compte ni des temps ni des bouleversements survenus dans la nature humaine , supprimant d'un trait de plume l'histoire de sa chute et les conditions imposées à notre réhabilitalion, ils ont imaginé nous ne savons quelle restauration universelle qui ramènerait le paradis terrestre des anciens jours au milieu de nous, par la seule force de leur système. Une dilTicullé toutefois, pour n'en citer qu'une seule, s'oppose à la réalisation de cette charmante folie. C'est que pour faire de notre terre un séjour de bonheur, il faudrait commencer par en faire un séjour de justice et de vertu. Et encore comme il est impossible de faire que le passé n'ait pas été , comme le péché de nos premiers parents est un fait accompli et notre déchéance une conséquence de ce fait , et parce qu'il a plu à Dieu de détruire ce fait et de combattre cette conséquence par l'expiation et la souffrance, il résulte que cet état si parfait, où toutes les harmonies seront rétablies, où tous les individus, les familles et les peuples entreront dans une sphère nouvelle et inconnue de prospérité et de bien-être; il résulte que toute cette magnifique peinture n'est qu'un rêve creux,

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qui n'a pas les couleurs du vraisemblable ni même du possible.

Aussi il faut en prendre notre parti. Depuis le péclié, le travail a complètement cbangé de nature; il importe donc d'en bien étudier les nouvelles conditions.

Premièrement , la loi du travail est une loi universelle et rigoureuse. Nous avons tous péché en Adam, dit saint Paul. Or, si nous sommes solidaires de sa faute , nous devons être associés à son châtiment. Quel a été ce châtiment? Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. Depuis que cette sentence a été prononcée, ses effets se sont étendus sans distinction sur tous les enfants d'un père coupable. La presque totalité du genre humain est courbée et pour ainsi dire écrasée sous le poids d'un labeur incessant et inévitable. Pour n'en citer que quelques exemples , considérez quelle est l'existence des ouvriers des ailles entassés dans des ateliers pestilentiels , des agriculteurs exposés à toute l'intempérie des saisons , de ceux qui passent leur vie sous terre dans les mines, et dites si la parole de Dieu a été prononcée en vain contre la postérité d'Adam.

Ceux qui paraissent privilégiés aux yeux du vulgaire, parce qu'ils ont été classés dans une autre catégorie, n'ont pas été traités pourtant avec moins de

rigueur. Au lieu d'une pique ou d'un marteau, ils ont reçu une plume, instrument plus lourd que le fer et le plomb. Comme l'insecte précieux dont la vie s'épuise à produire de sa propre substance le fil qui sert à nos plus riches vêtements, les hommes de la pensée se consument dans des essais souvent stériles et toujours douloureux. Celui qui ajoute à la science ajoute à son labeur, a dit l'écrivain inspiré du livre de la Sagesse. Nous savons bien qu'il y a des hommes connus sous le nom d'heureux du siècle, qui s'imaginent trouver dans leurs richesses une exemption à la loi universelle. Dieu les a condamnés à l'ennui, à la satiété, au dégoût, à toutes les maladies d'une imagination folle et d'un cœur usé , et saint Paul les a flétris d'un mot en disant : que celui qui ne travaille point ne mérite pas de manger,

Mais si la loi du travail est générale, absolue et rigoureuse, elle est aussi dans les desseins de Dieu un moyen de mérite et d'expiation. Jésus-Christ, le divin réparateur de la race humaine, a voulu se soumettre à tout ce que la sentence primitive avait d'humiliant et de pénible. Voici que je suis dansles travaux dès mon enfance , nous dit-il par son prophète. Toute sa \ie, à Nazareth, et pendant ses courses au milieu de la Judée, n'a été qu'un enchaînement de fatigues, do privations et de souffrances. Tous les

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saints, les yeux élevés et fixés sur le divin modèle, ont renoncé aux douceurs d'une exislence facile, pour embrasser les rudes travaux de leur état ou de leur ministère. Et nous aussi il nous faut marcher sur leurs traces. Condamnés au travail comme hommes, nous devons l'accepter comme chrétiens. La nature aime ses aises, redoute la contrainte, fuit la peine et murmure toutes les fois que son repos est troublé ou compromis. Laissons crier la nature et combattons ses tendances. Peut-être avez-vous entendu parler de méthodes nouvelles qui font que l'enfant apprend en jouant, et changent l'élude en partie de plaisir: c'est tout simplement une utopie et une folie. Sans doute on peut perfectionner les méthodes, et par elles arriver à la science plus sûrement et plus vite ; mais la science elle-même ne sera jamais un jeu. Toujours la culture en restera épineuse et ingrate comme celle de la terre. Le sillon tracé dans notre mémoire coûte autant de sueurs que celui qui reçoit la semence du laboureur. Pour récolter dans lajoie^ il faut semer dans les larmes; la récompense est à ce prix; c'est la condition pour l'obtenir.

Ce serait une dangereuse illusion , mon fils , de faire consister toute votre piété dans la prière. La prière est bonne , excellente sans doute ; mais sans le travail , elle ne saurait être agréable à

Dieu. Un écolier mou et paresseux ne sera jamais un enfant pieux et chrétien. Tout dans ce monde, est le fruit de l'effort. La piété aussi bien que la science, la fortune aussi bien que la gloire. Savezyous ce qui vient sans culture, ce qui croît de soi et sans le secours d'aucune main? c'est l'épine des mauvais penchants , ce sont les ronces des funestes habitudes. Pour devenir méchant, l'homme n'a presque besoin que de suivre sa pente; pour être bon, il lui faut la lutte et la persévérance. Courage donc! appelez à vous toute l'énergie de votre volonté et le secours de la grâce divine. Les difficultés ne sont des impossibilités que dans votre imagination et dans votre paresse j et rappelez-vous que pour la couronne même, ce qui en fera le prix, ce sera de l'avoir méritée.

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