‹ Direction spirituelle et protestantisme [microform] étude sur la légitimité d'une direction protestanteChapitre 7 sur 43 · Ô8 DIRECTION SPIRITUELLE ET PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

Ô8 DIRECTION SPIRITUELLE ET PROTESTANTISME

ment accentué par saint Paul, s'y oppose. Tout en reconnaissant à certains laïques le charisme de la direction, nous ne saurions, sous peine de désordre, confier ce ministère à tous.

Le reconnaîtrons-nous, en revanche, comme partie intégrante de tout ministère pastoral ? Pas davantage, car le fait d'être pasteur ne confère pas tous les dons à la fois, et la diversité des ministères s'impose comme une réalité avant d'être un principe. Le catholicisme lui-même est loin d'avoir toujours été conséquent avec son sacerdotalisme. Si l'ordination est la condition nécessaire et suffisante du don, si la direction spirituelle « a pour garantie la paternité spirituelle que confère le sacerdoce », tout prêtre, du seul fait qu'il est prêtre, devrait être qualifié pour la direction. Je doute qu'il y ait un seul catholique pour l'admettre. Tout prêtre participe au pouvoir des clefs, est capable, par suite, de confesser et de donner l'absolution ; mais il n'est pas par cela même capable de diriger les âmes. On connaît le mot de François de Sales ù Philothée sur le choix d'un directeur : « Choisissez-en un entre mille, dit Avila, et moi je dis entre dix mille, car^il s'en trouve moins que' l'on ne saurait dire qui soient capables de cet office. » (1)

Ce n'est donc, dans le catholicisme, qu'une vue extrême et l'exagération, dirai -je, du principe sacerdotal, qui donne à entendre que l'ordination suffit à conférer le don, et, par suite, la capacité de guider et de diriger les âmes. Pratiquement, d'ailleurs, il y a, dans l'Eglise romaine, des directeurs spécialisés, formés tout particulièrement pour cette tâche, et ce n'est pas un curé ou un vicaire quelconque qui en est chargé.

Il faut reconnaître, par suite, que tous les pasteurs ne sont pas faits pour cette œuvre de patience et d'amour, exigeant des dons de tact, de pénétration, de divination même, qu'on ne saurait attendre indistinctement de chacun. De la réponse de l'un de nos collègues à une enquête relative à la direction spirituelle, je «détache ces lignes sévères, mais significatives : « Je ne crois pas qu'on puisse tout simplement proposer aux pasteurs le devoir de la direction spirituelle comme essentiel à leur vocation. La prédication exige des dons, la direction spirituelle plus encore, sûrement... La direction spirituelle ne peut être une profession, une méthode qu'on enseignerait aux pasteurs. N'en fait pas qui veut... Dans l'état d'émiettement démographique où nous nous trouvons en France, il faut pren-

(1) Jntrod. à la vie dévote, I, iv. Œuvres, t. III, p. 25.

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flre notre parti qu'un grand nombre de paroisses, avec leur pasteur unique, n'aient pas de directeur spirituel. » (1)

Le don crée la vocation. Mais la vocation au ministère, quand elle est authentique et non point imaginaire, ne crée-t-elle pas une présomption en faveur du don ? N'est-elle pas fondée sur la réalité, encore qu'insoupçonnée, du don correspondant ? A ne considérer les choses que du point de vue psj'^chologique, une vocation naît bien souvent sous l'obsciire poussée d'aptitudes latentes qui cherchent inconsciemment à s'exprimer, si bien que la réalité d'une vocation pastorale témoignerait de la qualification au ministère de celui qui en est l'objet ; or, ce ministère n'implique-t-il pas toujours, sous une forme ou sous une autre, le soin des âmes ? Toute vraie vocation, par suite, n'implique-t-elle pas une certaine aptitude au ministère de la direction ?

Si le don crée la vocation, et si la vocation, à son tour, témoigne de la réalité du don, le don, cependant, ne suffit pas à lui seul ; il devient inutile sans l'étude, le travail, la mise en œuvre de tout ce qui est requis pour le faire valoir. Il faut donc que celui qui se sent appelé développe les possibilités qui sont en lui. C'est cette préparation nécessaire, en supposant la réalité du don chez l'un et chez l'autre, qui, possible au pasteur, fait trop souvent défaut au laïque.

Enfin, il arrive que l'étude, le travail et l'amour des âmes, non seulement permettent de faire valoir le don que Ton a reçu, mais finissent par tirer de notre» fonds des virtualités latentes et comme endormies, par mettre à jour et, de notre point de vue tout humain, pour ainsi dire créer des dons que nous pensions ne point avoir en propre. Combien sont nombreux ceux qui s'imaginent ne rien avoir reçu pour avoir trop longtemps enfoui leur talent dans la terre !

(1) Extrait d'une lettre particulière. L'auteur ne se borne pas à constater un état de fait douloureux, il envisage les modalités d'un redressement possible : « Il faudrait tâcher, continue- t-il, d'y remédier peu à peu. Je ne sais trop comment. Il faudrait prier Dieu de nous donner des hommes qualifiés. Il faudrait développer chez les futurs pasteurs et les pasteurs le goût pour cette tâche, l'intérêt pour les situations humaines concrètes (en dehors duquel on est d'ailleurs condamné à n'aimer qu'abstraitement). On pourrait envisager des i-etrailes à quelques-uns, sous la présidence d'un homme compétent, au cours desquelles on s'efforcerait de mettre en commun les expériences faites, une rencontre de quelques jours, par exemple, sur les problèmes pratiques actuels ressortissant aux conflits conjugaux ; une autre sur les rapports actuels de parents à enfants ; une autre sur les conseils à donner aux malades, une autre, aux personnes en deuil... »

Nous sommes, croyons-nous, en droit de conclure que la direction spirituelle est en pleine harmonie avec la conception néo-testamentaire du ministère, bien plus, qu'elle est comme impliquée dans cette conception même. Elle est une extension normale et légitime du ministère de la Parole, elle est une forme positive et féconde de cette discipline ecclésiastique en faveur de laquelle les pères de l'Eglise réformée ont si âprement bataillé ; elle répond à la conception de l'Eglise corps du Qirist, Eglise dont tous les membres sont solidaires et appelés à s'édifier réciproquement ; elle est une extension de ce ministère d'exhortation, de répréhension et d'encouragement fraternel auquel chaque fidèle est appelé à l'égard des autres membres de l'Eglise.

Les principes de la Réforme exigent que la direction ne soit pas réservée aux seuls pasteurs. La faire procéder d'une conception sacramentelle du ministère, y voir le privilège exclusif d'un sacerdoce, nous paraît contraire à la fois à l'Evangile et à notre tradition réformée. Toutefois, dans la plupart des cas, c'est le pasteur qui sera le directeur spirituel le plus qualifié, et son ministère lui-même lui conférera l'autorité nécessaire, encore que dans ce domaine le charisme soit tout particulièrement indispensable,

La direction spirituelle n'est donc pas, en son principe, une innovation dangereuse, une invention humaine faite pour asservir les consciences : ses fondements bibliques nous paraissent solidement posés.

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