LA CÔTE DU LABRADOR
*,* LES DIRECTIONS ET LE£s COURSES SONT TOUTES D'APRÈS LE COMPAS, EXCEPTÉ QUAND ELLES SONT EXPRIMÉES AUTREMENT. TOUS LES SONDAGES SONT RÉDUITS AU NIVEAU DE LA MARÉE BASSE, AUX GRANDES MARÉES. LEs DISTANCES SONT EN Mizces NAUTIQUES DE 60 CHAQUE DÉGRÉ.
mo
lère PARTIE.
L'ILE DE TERRENEUVE est la À la plus à l'est de l'Amérique, et la plus près de l'Europe. La distance entre l'île de Valentia sur la côte sud-ouest de l'Irlande, et St. Jean sur la côte est de Terreneuve, est 1656 milles nautiques. L'Ile est située entre 46° 40’ et 51° 39’ lat. N., et 52° 44’ et 59° 31’ long. O., sur le côté nord-est de l'entrée du Golfe St. Laurent. Sa forme est très-régulière, et ses rivages sont accidentés
un grand nombre de hâvres et de baies. Son extrémité nord-ouest est séparée de la côté du Labrador par le Détroit de Belle-Isle. La pointe sud-ouest est vis-à-vis le Cap Breton ; elle est ouverte à l’est à l'Atlantique, et sa côte ouest forme la limite est du Golte St. Laurent, Son extrême longueur, mesurée sur une ligne s'étendant depuis le Cap Race dans le sud-est, au Cap Norman, à son extrémité nord, est de 326 milles, et la distance du Cap Freëls, l'entrée du nord de la Baie de Bonavista, au Cap Ray, vis-à-vis le Cap Breton, est environ 250 milles. L'Ile n'a jamais été parfaitement arpentée, mais elle est calculée contenir 35,500 milles carrés, quoique quelques estimations la fassent considérablement plus grande. é
De la mer l'apparence de Terreneuve est extrêmement inégale, la ligne côtière étant interrompue par plusieurs hâvres et petits bras de mer. Tous les établissements ont été faits aux fins de poursuivre la pêche : ils ont été uniformément placés sur la côte et
ue aucun essai n'a été même fait pour acquérir aucune connaissance de l'intérieur.
es établissements s'élèvent aujourd'hui à 60 ou 70, dont le plus grand nombre sont sur
les rives est et sud, et particulièrement sur la première. La seule grande ville sur cette
Ile est St. Jean, située dans environ 40° 35° lat. N., 52° 38’ long. O., sur le côté est de
l'Ile, laquelle, outre qu'elle est le siège du gouvernement, est le principal hâvre pour les vaisseaux mercantiles.
Terreneuve fut probablement découverte en premier lieu par les habitants du Nord, vers l'an 1000, Jean et Sébastien Cabot, à leur second voyage, découvrirent le Cap Bonavista, sur cette Ile, le 24 de Juin, 1497. Bu débarquant dans la baie voisine ils trouvèrent plusieurs natifs habillés de peaux de bêtes et prirent formellement possession de l'Ile, qu'ils appelèrent Bacculavs, nom donné à 1n morue par les natif ; un nom, remarquons le, qui a été adopté dags le 1 des Portugais (baccaleno). Subséquemment quelques aventuriers procédèrent de Portugal, à l'Ile et formèrent un établissement d'où ils furent chassés par les Anglais sous Sir Francis Drake, pendant le règne d'Elisabeth. En 1610 une charte fut accordée à une compagnie d’avanturiers de Londres et de Bristol, pour la colonisation de Terreneuve, et une colonie 4 établie à la Buie de la Conception. Quatre ans plus tard des cours de justices furent établies dans l'Île par l'autorité Royale; et le premier, Lord Baltimore, en 1623, établit une colonie florissante à Ferryland, sur la côte est, où il résida lui-même pendant plusieurs années. A partir de ce temps grand nombre d'établissements furent continuellement faits le long de la côte est par les Anglais, tandis-
ue les Français s'établissaient au sud, à Placentia, dans la Baie de ce nom, et en maintinrent la possession jusqu'au traité d'Utrecht, en avril 1713. Par ce traité Terreneuve et ses dépendances furent declarées appartenir entièrement & la Grande-Bretagne, mais il fut permis aux Frauçais de pêcher et saler leur capture sur quelques parties du rivage, sans qu'il leur fut permis d'élever aucune fortification ou aucune autre bâtisse, excepté éelles strictement nécessaires au sujet des pêcheries.
Il fut convenu en 1818 que les vaisseaux appartenant aux Etats-Unis auraient èn commun avec les sujets britanniques, le privilège de pêcher le poisson sur la côte du sud, entre le Cap Ray et les Iles Ramea, et sur les côtes de l'ouest et de nord, depuis le Cap Ray jusqu'aux Îles Quirpon ; aussi sur les côtes des Îles de la Madeleine, sur les côtes, baies, hâvres et criques du Labrador, depuis le Mont Joli par le détroit de Belle-Ile, et de là vers le nord, indéfiniment le long de la côte comme ci-devant, mais sans préjudice aux droits exclusifs de la compagnie de la Baie d'Hudson. Et ils ont aussi la liberté de sécher et saler le poisson dans aucun des hâvres, baies, et criques non établis des parties du sud de Terreneuve ot Labrador, mais aussi longtemps seulement qu'ils demeureront non établis.
BANCS DE TERRENEUVE.—Vers l'est ainsi que vers le Sud de l'Ile de Terreneuve, sont divers bancs de sable d'une grande étendue abondant en poisson de diverses espèces. Le fond est communément couvert d'une grande quantité de coquilles, et fréquenté par des multitudes de petits poissons, dont la plupart servent de nourriture à la morue ; et celle-ci croît d'une manière si étonnante et ju en nowbre si prodigieux que, quoique plusieurs centaines de vaisseaux aient été annuellement chargés de ce poisson pour
lus de deux siècles, eependant une consommation si grande p'a.pas diminué le nombre
‘une manière apparente, La pêche n'est pas bornée aux bancs, mais s'étend dans Li abondance égale aux rives et hâvres de Terrereuye, de la Nouvelle-Ecosse et de l'Ile Breton. Le poisson est communément plus abondant là où 1es fonds sont sgblonneux et la profondeur environ 30 brasses ; sur les fonds de vase on a observé qu'il est moins nombreux. En hiver il parait se retirer dans l’eau profonde, mais en février, mars et avril, il revient encore sur les bançs et engraisse rapidement.* LE GRAND BANC vers le sud-est de l'Ile s'étend depuis environ Îa lat. de 43° N. à 47° 42 N. Sa forme, comme celle des autres bancs, n’est pas facilemeut définie ;, mais vers la latitude de 45° sa largeur est de près de 5 dégrés, d'où, vers le eud, il rétréoit presqu'à une pointe, et parait tomber soudainement dans une eau qu'on ne peut pas approfonir. Le bout du nord, qui est presque dans la latitude du Cup Spear, mesure enviro 60 milles de large, ayant un fond de sable et de coquilles à une profondeur de 45 à 4 brasses. Dans la latitude du Cap Race, ou dans 46° 40’ N., et 47° 30’ long. O. on obtiendra des sondages de 76 brasses, sable blanchâtre ; ceci sera à environ 140 milles vers
nr 1) Dans “British America,” par M. McGregor, Vol. 2, 1832, on donne une copieuse description de la manière de pêcher et de:saler à Terreneuve, tel que démontré aussi par une citation du même “ouvrage dans le ‘ Nautical Magazine,” Juin 1832, p. 190.
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l'est des Rochers de la Vierge (Virgin Rocks). Quoique dans cette parallèle le Gi... Banc s'étende de plus loin vers l'est, que quand vous êtes plus vers le sud, il ne peut-être recommandé éomme sûr, en raison de la batture de roches de seulement 21 pieds d'eau, d'environ 100 ou 200 pieds en étendue, que l'on rapporte avoir été vue par M. Jesse Ryder, de la goëlette pêcheuse Bethel, en 1845, dans la lat. 46° 30’, et environ 50 milles à l'est des Rochers de la Vierge (Virgin Rocks) ; c'est pourquoi il est nécessaire de procéder avec précaution en courant sur cette parallèle, Nous supposerons que vous approches du St. Laurent de vers l’est; dans ce cas, dans la latitude 45° 430”, vous obtiendrez un sondage sur le bord du banc dans la longitude 48° 45° O. ; iei le bane est très-à-pic. Dans la lat, 44° N. et long. 49° O., vous frapperez le bord du banc dans 105 brasses, sable gris, très-beau et brillant; mais aussitôt que vous êtes à l'ouest de cette position, le sondage diminue, D'ici, le bord du banc a une direction sud-ouest à la lat. 43° N. et long, 49° 50’ O., où il y a 60 brasses, ayant immédiatement à l'est une euu peu profonde de 40 brasses, beau sable, des coquilles et de la vase, et à l’ouest, eau profonde. Dans la partie ouest du banc dans lu long. 52° 30° O., est un profond ravin appelé le Trou de la Baleine, où Whale Deep, dans lequel sont de 57 à 69 brasses, avec un fond de vase, ou de terre sablonneuse, ayant une odeur fétide; ce trou abonde de différentes sortes de poisson, mais plus purticulièrement de morue qui sont en nombre inconcevable. La profondeur du Grand Banc varie depuis 20 à 80 brasses et le fond varie aussi considérablement mais il consiste généralement en sable ou en sable mêlé de coquilles et de gravois, rarement de pierres. Le côté est du Banc est de sable blanchâtre, clair, et souvent brillant, Mais lu meilleure idée de la forme et des sondages du Banc sera obtenue en reférant à lu carte qui accompagne cet ouvrage. *
LES ROCHERS DE LA VIERGE (VIRGIN ROCKS).—$Si vous fuites le Grand Banc entre 46° et 47° parallèle de latitude, vous deves tre bien attentifs pour éviter d'être entrainés sur le Cap Race, ou les Rochers de la Vierge (Virgin Rocks). Ces rochers furent relevés par le Capitaine Bishop, R. N., et Mr. Rose, R. N., et les particularités suivantes sont le résultat de leurs observations : “ Le banc sur lequel les Rochers de la Vierge sont situés fut trouvé s'étendre 44 milles dans une direction E. par S. et O.
r N. et être 2? milles de large dans sa partie la plus large, les profondeurs étant régu- Éièros depuis 28 à 30 brusses, Au-delà de ces limites, la profondeur augmente soudainement à 39 et 43 brasses.” Dans le ‘ Nautical Magazine” pour 1832, p. 10, il est mentionné que ‘‘ leur distance méridienne de Halifax fut trouvée être 12° 46’ 6” E,, et la pas re à des Rochers dépend de l'arsenal de marine d'Halifax, qui est supposé être en 63° 38 41” 0.” M. Rose décrit ces rochers comme s'étendant en une chaîne irrégulière ou groupe, 800 verges dans la direction de N. E,. par E. et S. ©. par O. leur largeur variant depuis 200 à 300 verges. Ils étaient vus distinctement sous l’eau, particulièrement une large masse de roc blanc, dans 44 brasses, ayant 5 et 64 brasses alentour. La batture fut tracée dans 7 brasses, sur des rochers détachés, près du bord, ayant l’eau plus profonde entre eux. Sur le bord sud de la batture, depuis S. KE. à ouest, la profondeur augmente graduellement à 30 brasses, à la distance d'un demi mille de la partie la moins profonde. La même profondeur fut trouvée au N. O. et N. E. de la batture, à la distance d’un tiers de mille, et aussi entre N. E. et $S. E., à la distance d’un mille. On a trouvé que le courant portait au O.S. O., sur le pied d’un mille par heure sur la batture, avec une forte houle en travers.
BATTURE.—Une batture de 21 pieds d’eau à été dernièrement découverte (1845) par Mr. Jesse Ryder, de la goëlette pêcheuse Bethel, dans la lat, 46° 30’ N., qui parut être un rocher de 100 à 200 pieds de surface. Il le découvrit par accident en cherchant le banc de 9 brasses, pour y pêcher, et le supposa être environ à 50 milles vers l'est des Rochers de la Vierge (Virgin Rocks), et porter S. par O. environ 14 mille du banc de 9 brasses. M. Ryder était certain qu'elle ne formait point partie des Rochers de la Vierge les A vus après; et par son expérience des divers endroits de pêche il sait qu'elle existe. À
A l’ouest du Grand Banc est une série de bancs appelés le Green, St. Pierre, Mizen, Banquereau, Canso, et le Grand Banc qui s'étend au large de l'Ile de Sable, à l'ouest, le
* Ou bien le lecteur peut référer à la carte des bunc:, sur deux feuilles,
Sur Ja carie francaise des bancs, uné battre de 9 brasses vue par un Capitaine Pertel, en 1844, est dite exister dans la lat. 44° 43 N. et long, 499 St? 0., ais la: position est quelque peu incertair. Les noms Bertel et Bethe} (nom du vaisseau de Mr, Ryder) différent si peu, qu’ils ont peut-être confondus ; dans rc cas, les dangers peuvent être les mêmes quoiqu'il différent grandement en lutitude.
long de la côte de la Nouvelle-Ecosse. Tous ces bancs ont de 20 à 70 brasses d’eau, et fournissent une bonne indication de l'approche d’un vaisseau de terre.
LE FLEMIST CAP appelé aussi le bane du large ou le faux Banc (Outer or False) est une pièce de terrain élevé à l’est du Grand Banc, dans la long. 44° 30 O., et entre les latitudes 47° et 48° N. Il a été dernièrement relevé en partie par M. Lavaud, de la marine Française, suivant les observations duquel il parait être très-à-pic sur le bord ouest, n’y ayant trouvé aucun fond immédiatement après avoir sondé dans 130 ou 150 brasses sur le bord. Depuis la long. 44° 52’ O., et la lat. 46° 53° N., dans une profondeur de 73 brasses, grosses pierres, une ligne de sondages sugmentant graduellement en profondeur, fut portée vers le nord à la lat, 47° 50° IX. et long. 45° 12’ O., où la profondeu: fut trouvée être de 147 brasses ; fond de vase molle. Entre ce banc et le bord ouest dn grand Banc l’eau est beaucoup plus -rofonde, avec un fond de beau sable, et de terre sablonneuse qui colle à peine au plomb de sonde ; et à mesure que vous allez à l’ouest vers le Grand Banc vous rencontrez du beau sable blancaâtre tacheté de noir.
PASSAGE A TERRENEUVE.-—Si vous allez au hâûvre de St. Jean, 1l est bon de tenir sur la parallèle de 46°, ou 14° au sud de la parallèle de ce port, et jusqu’à ce que vous approchiez du bord du large du Grand Banc et obteniez un sondage dans la longitude 48° 30’ ou 49° O., gouvernez directeme à au nord-ouest du Cap Spear ; maïs si vous êtes destinés pour le Golfe St. Laurent, vous devez tâcher de trouver le Banc dans 45° 30”, et quand vous êtes dans environ 55° ou 56° de longitude, dirigez votre course vers le nordouest pour l'Ile St. Paul, le Cap Nord ou l'Ile Breton.
Quand le terips est brnmeux ou autrement obscur la sonde devrait être gardée en action en laissant le bord de ouest du Banc Vert (Green Bank) pour vous assurer quand vous tombez dans le profond ravin de 80° à 90 brasses, vaseux qui court N.N.E. et S.S.O., environ 60 milles, entre les Banes Green et St. Peter. Le milieu du ravin est dans la lat. 45° 35’ N.; en sondant dans ce ravin et sentant de chaque côté les bords du Banc vous obtiendrez un nouveau départ.
En gagnant vers St. Pierre ou l'Ile de St. Pierre, adoptez la course suivante qui est adoptée par les vaisseaux pêcheurs français. Depuis la longitude de 52° O., dans la lat. 45° N., tirez une course N. O., qui vous fera traverser le Banc Vert, (Green Bank) dans environ 48 brasses d’eau, et quand vous serez dans le méridien de 55° 10’ O., dans environ 45° 50’ N., votre eau augmentera soudainement à 90 brasses. Une course sur la même ligne pour environ 10 milles plus loin, vous fera traverser ce-ravin, vous aurez alors une eau peu profcade de 35 et 30 brasses ; et après une autre course de 23 milles, vous pouvez courir environ N.N.E. directement pour l'Ile.
En printemps ou en été les vaisseaux venant de la Grande-Breta * devraient bien tenir au nord; car il a été longtemps observé que les vaisseaux venant du Détroit de Pentland et de la Clyde ont toujours fait des passages plus prompts que ceux venant du chenal de Bristol ou du cheral Anglais. Pendant la saison d'hiver les paquebots Américains tiennent toujours au nuïd. La course préférable pour les vaisseaux allant à la Baie de Fundy, en été, est de tenir aussi au nord que la lat. 47°, jusqu'à la long. 40° O., alors suivre le bord. de manière à traverser la queue du Banc dans environ la lat. 43° 30° N. A cette saison de l’année vous ser: plus dégagés des nombreux vaisseaux pêcheurs qui fréquentent les bancs, et rencontrerez peut-être moins de glace, mais un guet rigoureux est toujours nécessaire pour cette dernière. Après avoir laissé l’ouest des Bancs, tâchez de tenir dans la lat. 43° pour éviter le bord nord du courant du Golfe ; mais en hiver le Banc devrait être bien traversé au nord pour vous protéger contre les vents du nord-ouest qui sont très-violents.
Deux vaisseaux destinés pour les ports du bas du St. Laurent ont passé le Détroit de Fentland ensemble, dans le mois d'avril ; l’un a eu un passage de 21 jours, et l’autre, le meilleur marcheur, de 7 semaines. Ensuite en comparant les lochs, il apparut qu'ils étaient tous deux dans ia longitude d'environ 30° O., ie même jour ; mais l’un était à environ 100 milles au sud, avec une forte brise de l'ouest, pendant que l’autre au nord courait 9 nœuds avec une bonne brise de N.E. Tous les vaisseaux qui gardèrent le nord eurent de beaux passages.
À ces remarques sur les passages d'Angleterre à Terreneuve, les suivantes, d’un correspondant du Nautical Magzine, 1833, p. 329, peuvent être acceptables.
“ Quoique le voyage à . de l'Amérique du Nord entre les parallèles de 60° et 40° ait toujours été accompagné d un certain dégré de périls, provenant des masses de glace entrainées au sud pendant les uois de l'été, des régions polaires, néanmoins plusieurs marins
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imprudents traversent l'Atlantique sans aucune appréhension de rencontrer ces dangers flottans, ou sans exerver suffisamment ja discrétion et la vigilance propres pour se garder de venir en collision avec eux. Ceci n'est pas une simple conjecture, mais l'information de personnes qui font annuellement le voyage, à part les résultats de ma propre observation, dans des accidents souvent arrivés aux vaisseaux èntre T'erreneuve et l'Angleterre, et dans le nombre de vaisseaux manquant sur cette route, Les commandants des vaisseaux devraient done penser à l'impérieuse né ssité qu'il y a d'user de la plus grande vigilance et attention en les parallèles susdits, spécialement entre les méridiens de 30° et 60° ouest, pour se garder de venir en contact avec ces formidables dangers de l'océan.
Les paquebots de New-York, bien pourvus de tout équipement essentiel, et élégamment préparés pour la commodité des passagers, faisant leurs voyages d'hiver de Liverpool, tiennent dans les hautes latitudes jusqu’à près de Terreneuve. [ls font ceci pour le double objet d'éviter les temps orageux si généralement rencontrés au sud et pour obtenir de bons vents ; et ainsi, en glissant en deduns du puissant courant du Chenal de la Floride, ils échappent à son influence retardative. Par cette route le voyage est raccourci : et, bien que l’on puisse attendre du mauvais temps, il n’est pas aussi violent que plus au sud ; à part cela, le courant de l'Est est évité. Je crois qu'il n'est pas ordinaire de rencontrer de la glace dans cette partie de l'Atlantique en hiver ; mais on a le récent exemple du contraire, des sorte qu'une vigie devrait être gurdée en cette saison ainsi qu'en été sur le vaisseaux faisant le voyage.
Il paraît que le paquebot Æmulous, le 26e jur de février, 1833, rencontra beaucoup de bancs de glace sur la côte de la Nouveile-Ecosse ; et dans la lat. de 43° N. et long. 49° O., les gens du bord furent très surpris de tomber dans une grande quantité de glace fortement entassée, qui ralentit la marche du vaisseau, alors sur le pied de 9 nœuds, à 64 et 7 nœuds, avec tous ses ris pris dans le grand hunier et des ris dans la misuine. Je 4e de mars, il rencontra trois banquises de glace de grandes dimensions dans une course de 95 milles ; et à neuf heures du même soir il fut obligé de passer entre les deux qui étaient le plus à l'Fst avant de mettre à la cesse pour lu nuit ; après quoi, en gardant une course plus nord, il ue vit plus de ces masses dangereuses flottantes.
Suivant tous les rapports, il paraît que le plus grand danger doit être appréhendé dans le voisinage des Bancs de T'erreneuve ; et ceci, comme le sait tout navigateur, est auginenté par une brume épaisse pui pénètre généralement l'atmosphère dans ce quartier, et, comme de raison, raccourcit la distance de vision à une limite bien circonscrite.”?
Brumes.—Les Bancs sont fréquemment enveloppés d'épaisses brumes, qui, depuis le milieu du printemps jusqu’en décembre, sont connues avoir duré 8 et 10 jours consécutifs ; dans ces temps, elles sont souvent si épaisscs que vous ne pouvez voir un objet quelconque à une distance de 10 brasses ; une pluie fine tombe continuellement des voiles et du gréement, un calme général prévaut et est quelquefois accoinpagné d'une houle considérable, de manière que vous craignez constamment de dériver sur quelques vaisseaux, ou d'être entrainés paï les courants sur quelque danger que, ne pouvant découvrir, vous aurez bien de la difficulté à éviter. Les courants qui environnent l'Ile de Terreneuve sont fréquemment si violents et si irréguliers, quelquefois conduisant vers la terre et quelquefois vers le large, que la plus grande précaution est toujours nécessaire ; pendant que le courant venant des régions du nord balaye le long des rives du Labrador, et, au printemps, détache d'immenses banquises de glace qui flottent vers le sud et deviennent très-dangereuses, spécialement dans les temps brumeux ; quelques-uns des morceaux de glace échouent souvent à 40 et 50 brasses d'eau, et d’autres seront rencontrés plus loin en mer à la distance de 125 ou 130 lieues de la terre. Heureusement que ces formidables objets peuvent généralement être découverts, même dans l'obscurité, par une lueur blanche et brillante au-dessus, et aussi par le bruit des vagues qui se brisent contre eux ; ils peuvent être aussi appréhendés par le froid intense qu'ils répandent à une grande distance à la ronde, On les rencontre ordinairement aussi tard qu'en juin, juillet et août. Vous pouvez vous apercevoir de votre approche des Bancs par la quantité d'oiseaux de mer qui vous entourent, tels que les plongeons, ete. ; il est rare que l'on trouve ces derniers à plus de 30 lieues au large des Bancs ; cependant, on en voit quelquefois d’un bout à l’autre de l'Atlantique ; mais duns les environs des Bancs ils existent er plus grand nombre. La grande pêche commence en mai et continue jusqu'à la fin de septembre.
Les COURANTS, VENTS, etc.—On a observé que les vaisseaux destinés pour le Golfe St. Laurent devraient prendre le plus grand soin pour remarquer les courants qui portent de l'Est, Le le long de lu côte sud de Terreneuve, avec une vitesse souvent fatale \causant un
D me mnt de
entraînement hupélueux dans ies différentes baies, et quelquefois la perte de plusieurs vies et le naufrage de bien des vaisseaux. Ces courants locaux prévalent seulement sur cette parue entre le Cap Race et le Cap Ray. La frégate anglaise Tveed, la corvette Comus, le transport Zlrpooner ont tous été perdus, ces années dernières, sur cette côte, les deux derniers P resque à la même place et dans l'espace de trois semaines l'un de | l'autre. Ln juin, 1822, le Druke, vaisseau de Sa Majesté, fut naufragé vers la tête Est | de la Baie St. Shot ; et en juillet suivant le brigantin Spence fut totalement perdu sur les mêmes dangers, Aïusi il paraîtrait qu'il a été perdu plus de vaisseaux sur la petite
inte de terre qui divise les deux baies de Trepassy et Ste. Marie, que sur aucune autre partie de l'Ile. Il y a peu de doute que ces accidents furent occasionnés par les courants.
Il arrive souvent qu'un c: ipituine de vaisseau d'Angleterre partant pour Québec touchera avec la sonde les fonds sur le Grand Banc de Trepassy, et de là dirigera sa course pour le Golfe St, Laurent sans jamais voir la terre, qui, probablement, est enveloppée de brûmé. Quand il est incapable ou néglige de faire uno connivencée suffisante pour les courants dont nous venons de parler, qui vont quelquefois sur le pied de 4 milles par
heure, il est entrainé à l'ouest ; et pendant qu'il croit courir sûrement pour l'entrée du Golfe, il est jeté sur le rivage et son vaisseau se perd.
Un navigateur expérimenté, qui à été pendant 20 ans employé dans les pêcheries, et est natif de T'erreneuve, observe. # Qu'il est bien compris par tous les maîtres-bateliers qu'il y a en général un fort courant entrant de l'Est, le long de la côte ouest de Terreneuve, et qui, après avoir passé le Cap Pine, court plus vers les baies de Ste. Marie ot de Placentia, Üe courant sera senti au moins 20 lieues au S. O. du Cap l'ine, et devient plus rapide en approchant de terre, sa vitesse augmentant suivant que le vent favorise sa direction ; mais dans tous les temps d’une force suffisante pour mettre en danger la sûreté d'aucun vaisseau approchant du sud ou de l'ouest, dans un temps brumeux, et ignorant son existence, ”
Afin d'éviter le danger provenant de ce courant, les pêcheurs, en temps de brume, revenant de la côte ouest chez eux sur la rive Est, se servent invariablement de la sonde, comptant plus sur la profondeur de l’eau que sur leur compas, et se tiennent toujours à une distance suffisante de la terre, pour assurer la sûreté de leur vaisseau. En passant à l'est du Cap Race, il n’approchent jamais plus de terre qu’à 35 brasses d’eau, le fond étant plus incliné sur la côte ouest que sur le côté Est. Vous trouverez cette profondeur d’eau à une distance considérable ; le fond devient plus accidenté, et la profondeur d'eau augmente si
: rapidement, que dans votre course du Cap Ste. Marie pour éviter le Cap Race, quand vous en serez à l'Est, vous vous trouverez à 50 brasses d’eau, et en avançant à une petite distance plus loin, vous aurez 60 et 70 brasses ; conséquemment vous aurez clairé la terre, et pourrez continuer en sûreté la course que vous jugerez convenable; mais, dans toute cette navigation, la sûreté du marin dépendra grandement de son attention à la sonde,
Les vents étant variables, il y a peu de doute qu'ils produisent bien des changements dans les courants. Au sud de l’île, les changements de vents sont si communs qu ‘il arrive souvent que, après avoir soufllé sur un point, il change soudainement au point opposé, soufflant toujours avec la même violence. Un vaisseau peut ainsi être en panne avec un gros vent, pendant qu'un autre, 30 lieues plus loin, pourrait être dans une même situation avec le vent tout-à-fait contraire, circonstance qui est connue être arrivée,
Nous terminons ces remarques sur les courants en ajoutant les notes suivantes prises de la carte française des Bancs, par M. Lavaud, de la marine française :
La direction des courants au nord et au sud, et sur le voisinage Est du Grand Banc, varie peu de E.S. EE, à S.S.E, (vraie), et est généralement entre ces points ; sa vitesse est rarement moindre que 8 à 10 milles dans 2 24 heures, et quelquefois augmente à 24 ou 30 milles. Les marins devraient observer qu’en dehors de tous les bancs, et spécialement au large de la partie sud du Grand Banc, les courants bouillent et forment de si forts remous, qu'un vaisseau encalmé, ou avec peu de vent, ne peut estimer sa position avec exactitude ; ceci est probablement occasionné par le bord du courant du Golfe,
Sur le Grand Banc les courants ont, une direction variable, dont le vent.n’est pas la seule cause, vu qu'il est parfois dans une direction différente. Les pêcheurs mentionnent que chaque jour les courants font le tour du compas ; et on voit, en bien observant, qu'aude-là du méridien du Cap Race, il est le plus souvent à l’ouest. ”
DE LA GLACE. — LES remarques suivantes sur la glace dans l’Atlantique du Nord par M. W. C. Redfield, quoique peut-être pas immédiatement liées avec notre sujet, sont ajoutées, vu qu'elles ne peuvent qu’intéresser le lecteu r:
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“ Des divers dangers qui se rencontrent sur le chemin du marin, il n'y en a peut-être pas qui excitent à plus de vigilance que l'approche connue ou soupçonnée de la glace. Dans quelques parties fréquentées de l'océan Atlantique, la glace parait presque chaque année, dans les différentes formes de bancs de glace, de glaces détachées et d'îles massives de gluce, ent'ainées des régions arctiques par l’action constante des courants polaires. Ces courants, en allont vers le sud, doivent nécessairement incliner vers les limites ouest de l'océan, en raison de. la rupidité accrue qu'a la rotation journalière de la surface de la terre partant des pôles ; lo: bien comprise par rapport aux courants d'air qui forment les vents alisés. De là vient que sur les Bancs de Terreneuve et près d'eux ces courants entrainant la glace, traversent le chemin ordinaire des vaisseaux des ports de l'Europe destinés pour l'Amérique du Nord,
La quantité de glace qui paraît sur cette route de navigation en différentes années est extrêmement variée. Quelquefois on la voit aussi à bonne heure dans l’année que janvier et rarement plus tard que le mois d'août. Sa saison la plus commune est depuis mars à juillet. On la trouve plus souvent à l'ouest de lu long. 44°, et à l'Est de la long. 52° ; mais on rencontre quelquefois des banquises de glace aussi à l'Est que la long. 40°, et, dans quelques cas assez rares, même plus loin vers l'Europe.
L'expérience a démontré que la proximité de la glace est beaucoup moins hazardeuse que celle des roches et des battures ; et “es dangers flottants seraient encore moins à craindre si ce n'était que pour les brumes et les brouillards qu'ils oceasionnent souvent, Le thermomôêtre a souvent été considéré comme donnant une indication sûre de l'approche de la glace, par la réduction de la température éprouvée dans l'air ainsi que dans l'eau, et ces indications sont importantes et ne devraient être aucunement négligées. Mais il peut | y avoir bien des cas d'approche de glace où le thermomêtre seul ne serait pas toujours une | sûreté. ”
Quoique, pendant;un passage, l’on ne verrait que peu ou point de glace, et même plusieurs | fois en traversant l'Atlantique, cependant, il en a été rencontré fréquemment en telle quantité qu’elle parût indiquer une extension vaste ou indéfinie des bancs de glace vers les mers polaires.