‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 31 sur 55 · S XXXVII · texte numérisé non relu

S XXXVII

Ne vous laissez-vous point éblouir par certains hommes vains , hardis, et qui ont l'art de se faire valoir ; pendant que vous négligez et laissez loin de vous le mérite simple , modeste , timide et caché? Un prince montre la -grossièreté de son goût et la foiblesse de son jugement, lorsqu'il ne sait pas discerner combien

ces esprits si hardis, et qui ont l'art d'imposer , sont superficiels et pleins de défauts méprisables. Un prince sage et pénétrant n'estime ni les esprits évaporés , ni les grands parleurs, ni ceux qui décident d'un ton de confiance , ni les critiques dédaigneux , ni les moqueurs qui tournent tout en plaisanterie. Il méprise ceux qui trouvent tout facile , qui applaudissent à tout ce qu'il veut , qui ne consultent que ses yeux ou le ton de sa voix, pour deviner sa pensée , et pour l'approuver. Il recule loin des emplois de confiance , ces hommes qui n'ont que des dehors sans fond. Au contraire , il recherche, il prévient, il attire les personnes judicieuses et solides qui n'ont aucun empressement, qui se défient 'd'elles-mêmes , qui craignent les emplois, qui promettent peu et qui tachent de faire beaucoup , qui ne parlent guère et

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qui pensent toujours , qui parlent d'un ton douteux, et qui savent contredire avec respect.

De tek sujets demeurent souvent obscurs dans les places inférieures, pendant que les premières sont occupées par des hommes grossiers et hardis, qui en ont imposé au prince, et qui ne servent qu'à montrer combien il manque de discernement. Tandis que vous négligerez de chercher le mérite obscur, et de réprimer les gens empressés et dépourvus de qualités solides, vous serez responsable devant Dieu de toutes les fautes qui seront faites par ceux qui agiront sous vous. Le métier d'adroit courtisan perd tout dans un Etat.

Les esprits les plus courts et les plus corrompus , sont souvent ceux qui apprennent le mieux cet indigne métier. Ce métier gâte tous les autres : le médecin néglige la médecine ; le prélat oublie les

devoirs de son ministère; le général d'armée songe bien plus à faire sa cour , qu'à défendre l'Etat ; l'ambassadeur négocie bien plus pour ses propres intérêts à la cour de son maître, qu'il ne négocie pour les véritables intérêts de son maître à la cour où il est envoyé. L'art de faire sa cour gâte les hommes de toutes les professions , et étouffe le vrai mérite.

Rabaissez donc ces hommes, dont tout le talent ne consiste qu'à plaire , qu'à flatter, qu'à éblouir, qu'à s'insinuer pour faire fortune. Si vous y manquez , vous remplirez indignement les places , et le vrai mérite demeurera toujours en arrière. Votre devoir est de reculer ceux qui s'avancent trop, et d'avancer ceux qui demeurent reculés en faisant leur devoir.

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