‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 32 sur 55 · ET DERNIER · texte numérisé non relu

ET DERNIER

N'avez -vous point entassé trop d'emplois sur la tête d'un seul homme , soit pour contenter son ambition , soit pour vous épargner la peine d'avoir beaucoup de gens à qui vous soyez obligé de parler ? Dès qu'un homme est l'homme à la mode , on lui donne tout , on voudroit qu'il fît lui seul toutes choses. Ce n'est pas qu'on l'aime ; car on n'aime rien : ce n'est pas qu'on s'y fie ; car on se défie de la probité de tout le monde : ce n'est pas qu'on le trouve parfait ; car on est ravi de le critiquer souvent ; mais c'est qu'on est paresseux et sauvage. On ne veut point avoir à compter avec tant de gens. Pour en voir moins , et pour n'être point observé de près par tant de personnes, on fera faire à un seul homme

ce que quatre auroient grand'peine à bien faire. Le public en souffre , les expéditions languissent, les surprises et les injustices sont plus fréquentes et plus irrémédiables. L'homme est accablé , et seroit bien fâché de ne l'être pas. Il n'a le temps ni de penser, ni d'approfondir, ni de faire des plans, ni d'étudier les hommes dont il se sert : il est toujours entraîné au jour la journée , par un torrent de détails à expédier.

D'ailleurs cette multitude d'emplois sur une seule tête, souvent assez foible , exclut tous les meilleurs sujets qui pourraient se former et faire de grandes choses. Tout talent demeure étouffé. La paresse du prince en est la vraie cause. Les plus petites raisons décident sur les plus grandes affaires. Delà naissent des injustices innombrables. Pauca de te, disoit Saint-Augustin au comte Boniface , sed

multa propter te. Peut-être ferez-vouspeu de mal par vous-même ; mais il s'en fera d'infinis par votre autorité mise en mauvaises mains.

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