‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 34 sur 55 · A L EXAMEN DE CONSCIENCE. IOI · texte numérisé non relu

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c'est certainement le plus mauvais ; d'autant plus qu'il ne peut jamais aboutir dans sa plus étonnante prospérité , qu'à passer dans le premier système, que nous avons déjà reconnu injuste et pernicieux.

Le troisième système est d'une puissance inférieure à une autre , mais en sorte que l'inférieure , unie au reste de l'Europe , fait l'équilibre contre la supérieure , et la sûreté de tous les autres moindres Etats. Ce système a ses incommodités et ses inconvénients ; mais il risque moins que le précédent , parce qu'on est sur la défensive , qu'on s'épuise moins, qu'on a des alliés , et qu'on n'est point d'ordinaire , en cet état d'infériorité , dans l'aveuglement et dans la présomption insensée qui menace de ruine ceux qui prévalent. On voit presque toujours , qu'avec un peu de temps, ceux qui avoient prévalu s'usent et com

cent à déchoir. Pourvu que cet Etat inférieur soit sage^ modéré, ferme dans ses alliances > précautionné pour ne leur donner aucun ombrage , et pour ne rien faire que par leur avis pour l'intérêt commun , il occupe cette puissance su r périeure jusqu'à ce qu'elle baisse.

Le quatrième système est d'une puissance à peu près égale à une autre , avec laquelle elle fait l'équilibre pour la sûreté publique. Être dans cet état , et n'en vouloir point sortir par ambition , c'est l'état le plus sage et le plus heureux. Vous êtes l'arbitre commun : tous vos voisins sont vos amis ; du moins , ceux qui ne le sont pas , se rendent parla suspects à tous les autres. Vous ne faites rien qui ne paroisse fait pour vos voisins aussi bien que pour vos peuples. Vous vous fortifiez tôus les jours ; et si vous parvenez , comme cela est presque in-

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faillible à la longue , par un sage gouvernement , à avoir plus de forces intérieures et plus d'alliances au-deliors, que la puissance jalouse de la vôtre , alors il faut s'affermir de plus en plus dans cette sage modération qui vous borne à entretenir l'équilibre et la sûreté commune. Il faut toujours se souvenir des maux que coûtent au-dedans et audehors de son Etat les grandes conquêtes; qu'elles sont sans fruit ; et du risque qu'il y a à les entreprendre ; enfin , de la vanité, de l'inutilité, du peu de durée des grands empires , et des ravages qu'ils

Mais , comme il n'est pas permis d'es-

pérer qu'une puissance supérieure à toutes les autres demeure long-temps sans abuser de cette supériorité, un prince bien sage et bien juste ne doit jamais souhaiter de laissera ses successeurs, qui

seront, selon toutes les apparences , moins modérés que lui , cette continuelle et violente tentation d'une supériorité trop déclarée. Pour le bien même de ses successeurs et de ses peuples , il doit se borner à une espèce d'égalité. Il est vrai qu'il y a deux sortes de supériorités : l'une extérieure , qui consiste en étendue de terres , en places fortifiées , en passages pour entrer dans les terres de ses voisins , etc. Celle-là ne fait que causer des tentations aussi funestes à soi-même qu'à ses voisins, qu'exciter la haine, la jalousie et les ligues. L'autre est intérieure et solide : elle consiste dans un peuple plus nombreux , mieux discipliné, plus appliqué à la culture des terres et aux arts nécessaires. Cette supériorité , d'ordinaire j est facile à acquérir, sûre, à l'abri de l'envie et des ligues, plus propre même que les conquêtes et que les

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