‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 37 sur 55 · A L EXAMEN DE CONSCIENCE. IO · texte numérisé non relu

A L EXAMEN DE CONSCIENCE. IO

dans peu, ou dans plusieurs, il faut en supporter les abus , si Ton ne peut y remédier .par des voies compatibles avec l'ordre.

Toutes ces sortes de gouvernements sont nécessairement imparfaites, puisqu'on ne peut confier l'autorité suprême qu'à des hommes ; et toutes sortes de gouvernements sont bonnes , quand ceux qui gouvernent suivent la grande loi du bien public. Dans la théorie , certaines formes paroissent meilleures que d'autres ; mais , dans la pratique , la foiblesse ou la corruption des hommes , sujets aux mêmes passions , exposent tous les Etats à des inconvénients à peu près égaux.

Deux où trois hommes entraînent presque toujours le monarque ou le sénat.

On ne trouvera donc pas le bonheur de là société humaine en changeant et en bouleversant les formes déjà établies ,

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mais en inspirant aux souverains , que la sûreté de leur empire dépend du bonheur de leurs sujets; et aux peuples, que leur solide et vrai bonheur demande la subordination. La liberté sans ordre est un libertinage qui attire le despotisme ; Tordre sans lâ liberté est un esclavage qui se perd dans l'anarchie.

D'un côté, on doit apprendre aux princes que le pouvoir sans bornes est une frénésie qui ruine leur propre autorité. Quand les souverains s'accoutument à ne connoitre d'autres lois que leurs volontés absolues , ils sapent le fondement de leur puissance. Il viendra une révolution soudaine et violente, qui, loin de modérer simplement leur autorité excessive , l'abattra sans ressource.

D'un autre côté , on doit enseigner aux peuples , que les souverains étant exposés aux haines , aux jalousies , aux

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bévues involontaires , qui ont des conséquences affreuses, mais imprévues, il faut plaindre les rois et les excuser. Les hommes 9 à la vérité, sojit malheureux d'avoir à être gouvernés pârun roi qui n'est qu'un homme semblable à eux, car il faudrait des dieux pour redresser les hommes : mais les rois ne sont pas moins infortunés , n'étant qu'hommes , c'està-dire foibles et imparfaits , d'avoir à gouverner cette multitude innombrable d'hommes corrompus et trompeurs. . • C'est par ces maximes, qui conviennent également à tous les Etats, et en conservant la subordination des rangs , qu'on peut concilier la liberté du peuple avec l'obéissance due aux souverains, rendre les hommes tout ensemble bons citoyens et fidèles sujets, soumis sans être esclaves, et libres sans être effrénés.

Le pur amour de Tordre est la source de

toutes les vertus politiques , aussi bien que de toutes les vertus divines.

« Enfant de Saint-Louis, » disoit Fénélon au duc de Bourgogne, dans une de ses lettres : « Imitez votre père. Soyez comme « lui , doux , humain , accessible , affale ble , compatissant et libéral. Que votre « grandeur ne vous empêche jamais de « descendre avec bonté jusqu'aux plus « petits, pour vous mettre à leur place; « et que cette bonté n'affoiblisse jamais « ni votre autorité, ni leur respect. Etu- « diez sans cesse les hommes. Apprenez « à vous en servir , sans vous livrer à « eux. Allez chercher le vrai mérite jusce qu'au bout du monde : d'ordinaire , il « demeure modeste et reculé. La vertu « ne perce point la foule : elle n'a , ni « avidité , ni empressement ; elle se laisse

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« oublier. Ne vous laissez point obséder « par des esprits flatteurs et insinuants :

« faites sentir que vous n'aimez ni les « louanges, ni les bassesses. Ne montrez « de la confiance qu'à ceux qui ont le « courage de vous contredire avec res- « pect , «t qui aiment mieux votre ré- « putation que votre faveur.

« Il est temps que vous montriez au « monde une maturité et une vigueur « d'esprit proportionnées àu besoin prér- « sent. Saint Louis, à votre âge, étoit déjà « les délices des bons et Ja terreur des « méchâns. Laissez donc tous les amuse- « i ne n t s de l'âge passé. Faites voir que vous « pensez et que vous sentez ce qu'un prince « doit penser et sentir. Il faut que les bons

vous

« craignent , et que tous vous estiment.

« Hâtez- vous de vous corriger, pour tra~ « vailler utilement à corriger les autres.

io.

Il4 SUPPLÉMENT

« La piété n'a rien de foible , ni de « triste , ni de gêné : elle élargit le cœur : « elle est simple et aimable : elle se fait « tout à tous , pour les gagner tous. Le « royaume de Dieu ne consiste pas dans « une scrupuleuse observation de petites « formalités ; il consiste pour chacun « dans les vertus propres à son état. Un « grand prince ne doit point servir Dieu « de la même façon qu'un solitaire , ou « qu'un simple particulier.

« Saint Louis s'est sanctifié en grand « Roi. Il étoit intrépide à la guerre , dote ris if dans ses conseils, supérieur aux « autres par la noblesse de ses senti- « ments, sans hauteur, sans présomption, « sans dureté. Il siiivoit en tout les véri- « tables intérêts de sa nation, dont il « étoit autant le père que le Roi. 11 « voyoit tout de ses propres yeux dans « les affaires principales. Il étoit appli-

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« qué , prévoyant , modéré , droit et « ferme dans les négociations ; en sorte « que les étrangers ne se Soient pas moins « à lui que ses propres sujets. Jamais « prince ne fut plus sage pour policer « les peuples , et pour les rendre tout « ensemble bons ét heureux. Il aimoit « avec confiance et tendresse tous ceux « qu'il devoit aimer ; mais il étoit ferme <i pour corriger ceux qu'il aimoit le plus, a quand ils avoient tort. Il étoit noble « et magnifique selon les mœurs de son « temps , mais sans faste et sans luxe. Sa « dépense , qui étoit grande , se faisoit « avec tant d'ordre , qu'elle ne l'empé- « choit pas de dégager tout son domaine.

« Soyez héritier de ses vertus , avant « que de l'être de sa couronne. Invoquez- « le avec confiance dans vos besoins . Sou- « venez - vous que son sang coule dans

Il6 SUPPLÉMENT

« sanctifié , doit être la vie de votre cœur. « Il vous regarde du haut du ciel où il « prie pour vous, et où. il veut que vous « régniez un jour en Dieu avec lui. Unis- « sez votre cœur au sien. Conserva , fili « mi, prœcepta patris lui ».

Autant affectionné au bonheur du genre humain en général, qu'à celui de sa propre nation en particulier, et autant ennemi de la violence et de la persécution, qu'ami sincère de la justice et de l'équité , voici les sages et judicieux conseils que Fénélon donna au Prétendant lorsque ce prince alla le voir à Cambrai, en 1709 t)u 1710.

« Sur toutes choses, ne forcez jamais « vos sujets à changer leur religion.

<c Nulle puissance humaine ne peut for- « cer le retranchement impénétrable de « la liberté du cœur. La force ne peut

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