A LOUIS XIV
que vous auriez dû, pour votre honneur, rejeter avec indignation. On a rendu votre nom odieux, et toute la nation francoise insupportable à tous nos voisins. On n'a conservé aucun ancien allié , parce qu'on n'a voulu que des esclaves. On a causé depuis plus de vingt ans des guerres sanglantes. Par exemple , Sire , on fit entreprendre à votre Majesté, en 167a, la guerre de Hollande pour votre gloire et pour punir les Hollandois , qui avoient fait quelque raillerie , dans le chagrin où on les avoit mis en troublant les règles du commerce établies par le cardinal de Richelieu. Je cite en particulier cette guerre , parce qu'elle a été la source de toutes les autres. Elle n'a eu pour fondement qu'un motif de gloire et de vengeance , ce qui ne peut jamais rendre une guerre juste ; d'où il s'ensuit que toutes les frontières que vous avez étcn-
11l6 LETTRE DE FENELON
dues par cette guerre sont injustement acquises dans l'origine. Il est vrai, Sire, que les traités de paix subséquents se m-
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puisqu'ils vous ont donné les places conquises : mais une guerre injuste n'en est pas moins injuste pour être heureuse.
Les traités de paix signés par les vaincus ne sont point signés librement : on signe le couteau sous la gorge : on signe malgré soipour éviter de plus grandes pertes :
on signe, comme on donne sa bourse quand il la faut donner ou mourir. Il
faut donc , Sire , remonter jusqu'à cette origine de la guerre de Hollande , pour examiner devant Dieu toutes vos conquêtes.
Il est inutile de dire qu'elles étoient nécessaires à votre Etat : le bien d'autrui ne nous est jamais nécessaire. Ce qui nous est véritablement nécessaire , c'est