A LOUIS XIV. I
server une exacte justice. Il ne faut pas même prétendre que vous soyez eh droit deretenir toujourscertâinesplaces, parce qu'elles servent à la sûreté de vos frontières. C'est à vous à chercher cette sûreté par de bonnes alliances , par votre modération , ou par les places que vous pouvez fortifier derrière ; mais enfin , le besoin de veiller à notre sûreté ne nous donne jamais un titre de prendre la terre de notre voisin. Consultez là-dessus des gens instruits et droits ; ils vous diront que ce que j'avance est clair comme le jour.
En voilà assez , Sire , pour reconnoître que ous avez passé votre vie entière hors du chemin de la vérité et de la justice , et par conséquent hors de celui de l'Evangile. Tant de troubles affreux qui ont désolé toute l'Europe depuis vingt ans , tant de sang répandu , tant de scandales
128 LETTRE DE FENELON
œmmis , tant de provinces saccagées , tant de villes et de villages mis en cendres , sont les funestes suites de cette guerre de 1672 , entreprise pour votre gloire et pour la confusion des faiseurs de gazettes et de médailles de Hollande.
Examinez , sans vous flatter , avec des gens de bien , si vous pouvez garder tout ce que vous possédez en conséquence des traités auxquels vous avez réduit vos ennemis par une guerre si mal fondée.
Elle est encore la vraie source de tous les maux que la France souffre. Depuis cette guerre vous avez toujours voulu donner la paix en maître ,.et imposer les conditions , au lieu de les régler avec équité et modération. Voilà ce qui fait que la paix n'a pu durer. Vos ennemis , honteusement accablés , n'ont songé qu'à se relever et qu'à se réunir contre vous.
Faut-il s'en étonner? Vous n'avez pas