‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 43 sur 55 · A LOUIS XIV. I2Q · texte numérisé non relu

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même demeuré dans les termes de cette

paix que vous aviez donnée avec tant de hauteur. En pleine paix vous avez fait

keuerre et des conauêtes Drodierieuses.

Vous avez établi une chambre des réu-r nions pour être tout ensemble juge et partie :c'é toit ajouter l'insulte et la dérision à l'usurpation et à la violence. Vous avez ;pnaiie des termes équivoques pour surprendre Strasboun?. Jamais aucun de vos ministres n'avoit osé depuis tant d'années alléguer ces termes dans aucune négociation , pour montrer que vous eussiez la moindre prétention sur cette ville. Une telle conduite a réuni et animé toute l'Europe contre vous. Ceux même qui n'ont pas osé se déclarer ouvertement souhaitent du moins avec impatience votre affaiblissement et votre humiliation, comme la seule ressource pour la liberté et pour

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,« repos de^Loa^chréU^.

Vous qui pouviez , Sire , acquérir tant de gloire solide et paisible à être le père de vos sujets et l'arbitre de vos voisins, on vous a rendu l'ennemi commun de vos voisins , et on vous expose à passer pour un maître dur dans votre royaume.

Le plus étrange effet de ces mauvais conseils , est la durée de la ligue formée contre vous. Les alliés aiment mieux faire la guerre avec perte que de conclure la paix avec vous, parce qu'ils sont persuadés , sur leur propre expérience , que cette paix ne seroit point une paix véritable , que vous ne la tiendriez non plus que les autres, et que vous vous en serviriez pour accabler séparément sans peine chacun de vos voisins dès qu'ils se seroient désunis. Ainsi , plus vous êtes victorieux , plus ils vous craignent et se réunissent pour éviter l'esclavage dont

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ils se croient menacés. Ne pouvant vous vaincre, ils prétendent du moins vous épuiser à la longue. Enfin ils n'espèrent plus de sûreté avec vous qu'en vous mettant dans l'impuissance de leur nuire.

Mettez- vous, Suie, un moment en leur place , et voyez ce que c'est que d'avoir préféré son avantage à la justice et à la bonne foi.

Cependant vos peuples , que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous , meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée ; les villes et la campagne se dépeuplent; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers. Tout commerce est anéanti. Par conséquent vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre Etat, pour faire et pour défendre de vaincs conquêtes au-dehors. Au lieu de

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tirer de l'argent de ce pauvre peuple , il faudroit lui faire Faumône et le nourrir.

La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provision. Les magistrats sont avilis et épuisés. La noblesse, dont tout le bien est en décret, ne vit que de lettres d'Etat. Vous êtes importuné de la foule des gens qui demandent et qui murmurent. C'est vous-même, Sire, qui vous êtes attiré tous ces embarras ; car tout le royaume ayant été ruiné , vous avez tout entré vos mains , et personne ne peut plus vivre que de vos dons. Voilà ce grand royaume si florissant sous un Roi qu'on nous dépeint tous les jours comme les délices du peuple , et qui le seroit en effet si les conseils flatteurs ne l'avoient point empoisonné.

Le peuple même ( il faut tout dire ) , qui vous a tant aimé , qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre

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l'amitié-, la confiance et même le respect.

Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ; il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition s'allume peuà-peii de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux , que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le Roi, dit- on, avoitun cœur de père pour son peuple , ne mettroit-îl pas plutôt sa gloire à leur donner dû pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière qui causent la guerre?

Quellè réponse à cela , Sire ? Les éraotions populaires qui étoient inconnues depuis si long-temps deviennent fréquentes. Paris même , si près de vous , n'en est pas exempt. Les magistrats sont contraints de tolérer l'insolence des mutins , et de faire couler sous main quelque monnoie pour les apaiser; ainsi on paie

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ceux qu'il faudroit punir. Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité , ou de laisser la sédition impunie , et de l'accroître par cette impunité , ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir, en leur arrachant , par vos impôts pour cette guerre, le pain qu'il tâchent de gagner à la sueur de leurs visages.

Mais , pendant qu'ils manquent de pain , vous manquez vous-même d'argent, et vous ne voulez pas voir l'extrémité où vous êtes réduit. Parce que vous avez toujours été heureux , vous ne pouvez vous imaginer que vous cessiez jamais de l'être. Vous craignez d'ouvrir les yeux ; vous craignez qu'on ne vous les ouvre ; vous craignez d'être réduit à rabattre quelque chose de votre gloire. Cette gloire , qui endurcit votre cœur , vous est plus chère que la justice , que votre

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(•tes * propre repos , que la conservation de vos exfr peuples qui périssent tous les jours des poiik, maladies causées par la famine , enfin que g votre salut éternel incompatible avec cette najïi idole de gloire.

j&j. Voilà, Sire , l'état où vous êtes. Vous

n pjj vivez comme ayant un bandeau fatal sur les £j yeux ; vous vous'flattez sur les succès jour- % naliers qui ne décident rien , et vous n'en-

. ^ visagez point d'une vue générale le gros

g des affaires qui tombe insensiblement sans

ressource. Pendant que vous prenez, dans un rude combat , le champ de bataille et le. canon de l'ennemi * , pendant que j e vous forcez les places , vous ne songez

pas que vous combattez sur un terrain qui s'enfonce sous vos pieds, et que

* Ceci semble indiquer les batailles de Steinkerque et de Nerwinde, en 1692 et i6g3 , où la victoire se réduisit , en effet , à prendre le champ de bataille et une partie du canon.

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