‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 6 sur 55 · S VI · texte numérisé non relu

S VI

Avez-vous choisi pour votre conseil de conscience , les hommes les plus pieux , les plus fermes et les plus éclairés, comme on cherche les meilleurs généraux d'aTraée pour commander pendant la guerre , et les meilleurs médecins quand on est malade ? Avez-vous composé ce conseil de consciettee de plusieurs personnes x afin que l'une puisse vous préserver des préventions de l'autre; parce que tout homme, quelque droit et habile qu'il

puisse être, est toujours capable de prévention? Avez-vous craint les inconvénients qu'il y a à se livrer à un seul homme ?

Avez-vous donné à ce conseil une entière liberté de vous découvrir , sans adoucissement , toute l'étendue de vos obligations de conscience ?

s vn.

Avez -vous travaillé à vous instruire des lois, coutumes et usages du royaume?

Le Roi est le premier juge de son Etat.

C'est lui qui fait les lois ; c'est lui qui les interprète dans le besoin ; c'est lui qui juge souvent, dans son conseil, suivant les lois qu'il a établies, ou trouvées déjà établies avant son règne. C'est lui qui doit redresser tous les autres juges. En un mot, sa fonction est d'être à la tête de toute la .justice pendant la paix , comme

DE CONSCIENCE. g

d'être à la tête des armées pendant la guerre. Et comme la guerre ne doit jamais être faite qu'à regret , le plus courtement qu'il est possible , et en vue d'une constante paix ; il s'ensuit que la fonction de commander des armées n'est qu'une fonction passagère , forcée et triste pour les bons Rois : au lieu que celle de juger les peuples , et de veiller sur tous les juges , est leur fonction naturelle , essentielle, ordinaire et inséparable de la royauté. Bien juger , c'est juger selon les lois. Pour juger selon les lois , il les faut savoir. Les savez-vous, et êtes-vous en état de redresser les juges qui les ignorent? Connoissez-vous assez les principes de la jurisprudence , pour être facilement au fait, quand on vous rapporte une affaire? Êtes-vous en état de discerner, entre vos conseillers , ceux qui vous flattent , d'avec ceux qui ne vous flatten t pas; et ceux

IfO EXAMEN

qui suivent religieusement les règles, d'avec ceux qui voudroient les plier d'une façon arbitraire selon leurs vues ? Ne dites point que vous suivez la pluralité des voix : car, outre qu'il y a des cas de partage dans votre conseil , où votre avis doit décider , ne fussiez-vous - là que comme un président de compagnie ; de plus , vous êtes-là le seul vrai juge. Vos conseillers d'Etat , ou ministres , ne sont que de simples consulteurs : c'est vous seul qui décidez effectivement. Lap voix d'un seul homme de bien , éclaire , doit souvent être préférée à celle de dix juges timides et foibles, ou entêtés et corrompus. C'est le cas où l'on doit plutôt peser que compter les voix.

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