‹ Directions pour la conscience d'un roi, ou, Examen de conscience sur les devoirs de la royautéChapitre 8 sur 55 · IX · texte numérisé non relu

IX

Il ne suffit pas de savoir le passé ; il faut connoître le présent. Savez- vous le nombre d'hommes qui composent votre nation; combien d'hommes, combien de femmes , combien de laboureurs , combien d'artisans, combien de praticiens , combien de commerçants, combien de prêtres et de religieux , combien de nobles et de militaires ? Que diroit-on d'un berger qui ne sauroit pas le nombre de son troupeau ? Il est aussi facile à un Roi de savoir le nombre de son peuple :il n'a qu'à le vouloir. Il doit savoir, s'il y a assez de laboureurs ; s'il y a à proportion trop d'autres artisans ; trop de praticiens, trop de militaires , à la charge de l'Etat. Il doit connoître le naturel des habitants de ses différentes provinces, leurs principaux

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usages, leurs franchises, leur commerce et les lois de leurs divers trafics au-dedans et au-dehors du royaume. Il doit savoir quels sont les divers tribunauxétablis en chaque province, les droits des charges , les abus de ces charges, etc. ; autrement il ne saura point la valeur de la plupart des choses qui passeront devant ses yeux :

ses ministres lui en imposeront sans peine à toute heure : il croira tout voir, et ne verra rien qu'à demi. Un Roi ignorant sur toutes ces choses , n'est qu^à demi Roi. Son ignorance le met hors d'état de redresser ce qui est de travers. Son ignorance fait plus de mal que la corruption des hommes qui gouvernent sous lui.

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