ARTICLE II
De V Exemple qufun prince doit à ses
sujets.
On dit d'ordinaire aux Rais , qu'ils ont moins à craindre les vices de particuliers, que les défauts auxquels ils s'abandonnent dans les fonctions royales. Pour moi , je dis hardiment le contraire, et je soutiens que toutes leurs fautes dans la vie la plus privée sont d 'une conséquence infinie pour la royauté. Examinez donc vos mœurs* en détail. Les sujets sont de serviles imitateurs de leurs princes, surtout dans les choses qui flattent leurs passions. Leur avez-vous donné le mauvais exemple d'un amour déshonnéte et criminel ? Si vous
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l'avez fait, votre autorité a mis en honneur l'infamie ; vous avez rompu la barrière de la pudeur et de l'honnêteté : vous avez fait triompher le vice et l'impudence : vous avez appris à tous vos sujets à ne rougir plus de ce qui est honteux : leçon funeste qu'ils n'oublieront jamais ! Il vaudroit mieux , dit Jésus- Christ, être jeté avec une meule de moulin au cou , au fond des abîmes delà mer> que d'avoir scandalisé le moindre des petits. Quel est donc le scandale d'un Roi qui montre le vice assis avec lui sur son trône , non-seulement à tous ses sujets , mais encore à toutes les cours et à toutes les nations du monde connu! Le vice est par lui-même un poison contagieux. Le genre humain est toujours prêt à recevoir cette contagion :
il ne tend , par ses inclinations , qu'à secouer le joug de toute pudeur. Une étincelle cause un incendie ; une action d'un
Roi fait souvent une multiplication et un enchaînement de crimes, qui s'étendent jusqu'à plusieurs nations et à plusieurs siècles. N'avez- vous point donné de ces mortels exemples? Peut-être croyez-vous que vos désordres ont été secrets. Non :
le mal n'est jamais secret dans les princes.
Le bien y peut être secret ; car on a grande peine à le croire véritable en eux :
mais pour le mal , on le devine , on le croit sur les moindres soupçons. Le public pénètre tout ; et souvent , pendant que le prince se flatte que ses foiblesses sont ignorées , il est le seul qui ignore combien elles sont l'objet de la plus maligne critique. En lui , tout commerce équivoque est sujet à explication : toute apparence de galanterie , tout air passionné ou amusé, cause un scandale, et porte coup pour altérer les mœurs de toute une nation.
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