‹ Directions spirituelles a l'usage des clercsChapitre 15 sur 55 · II. — L'oraison · texte numérisé non relu

II. — L'oraison

Tout l'artifice de l'oraison peut être réduit à cette formule : faire passer son sujet devant ses yeux, dans son cœur et dans ses mains.

I. — Devant ses yeux : les yeux de Yimaginalion d'abord, par la misé en scène du sujet, autrement dite application des sens; l'imagination folâtre et papillonne sans cesse, c'est un enfant, avonsnous dit, qu'il faut récréer par des images, si l'on veut l'accoiser. Il s'agit d'incarner mon sujet dans telle scène de l'Évangile : je regarde, j'écoute, je parle, j'adore : quod audivimus, qiiod vidimus, quod perspciimus et manus nostrœ coufrectavcriiul de Verbo vitie...

Des yeux de l'imagination je fais passer mon sujet devant les yeux de la rauon , cherchant à me convaincre au point de vue du simple bon sens, en me demandant le pourquoi des choses. Avant d'en créer chez les autres, il est essentiel de me faire à moi-même de fortes convictions.

Ces motifs, je les contrôle ensuite par la foi; je

les appuie sur les maximes de l'Écriture, les exemples de Notre-Seigneur et des saints, sur des raisons chrétiennes.

ir. — Après les convictions, c'est le tour des affections; de la tèle je fais tomber mon sujet dans le cœur; je tourne en sentiments toutes les idées qu'il m'a suggérées; en un mot, après l'avoir contemplé en soi, je l'envisage en moi-même et je m'en fais l'application.

Une analyse psychologique sur mon état d'âme me démontre mon indigence et mon indignité. Nous n'aimons guère à fixer ce miroir, l'amourpropre y trouve si peu son compte et le miroir accuse tant de taches et de difformités morales I Me trouvant si dénué, je me tourne vers Celui qui seul peut remédier à mon dénùment; je lui expose ma misère dans un colloque intime, je me fais un gagne -pain de mes plaies; je lui suggère les motifs qu'il a de m'assister et de me changer.

III. — C'est alors que du cœur je fais passer mon sujet dans les mains par des rrsolutions pratiques. Fort du secours divin, sûr de l'octroi de ma requête (car Dieu s'est engagé à ne pas refuser son Esprit à qui le lui demande^ je forme en sa vertu des résolutions pratiques, particulières et actuelles. Toutefois, sans tant varier et nos moyens de défense el nos attaques {vis unita fortior), il est excellent, nous l'avons déjà observé, de nous concentrer sur la résolution qui fait la

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matière de l'examen particulier de chaque jour et de la direction de quinzaine.

Ici s'impose une observation. Ce mécanisme de loraison que nous venons de décrire ne doitjamai-s préjudicier à la liberté d'action de la grâce en nous : iihi spirilus JJomini, ibi libertas. Les méthodes sont des secours et ne doivent pas se tourner en entraves. Dans le commerce avec Dieu, plus l'on s'occupe longtemps avec moins d'idées et mieux cela vaut. Le principe, à Toraison, est celuici : plutôt écouter que parler, plutôt sentir que penser, plutôt subir qu'agir : erat patiens divina.

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