HUMILITÉ
Après nous être occupés des principaux moyens de perfection, il est temps désormais d'entrer résolument dans la pratique de la vie chrétienne; on y distingue Tenfance et la maturité de l'homme fait, h'enfance chrétienne est la grâce spéciale attachée au temps de Noël. Trois vertus constituent l'enfance chrétienne : Thumilité en est la racine dont la douceur est la fleur et le fruit l'obéissance.
Il importe, vu son indispensa:ble nécessité, de nous étendre plus au long sur la première de ces vertus.
L'humilité est, en effet, une vertu fondamentale: s'appuyer sur son amour-propre, c'est bâtir sur le sable et n'élever que des ruines : nemo seciirè paret nisi qui libenler la tel. Il nous sera dit un jour : Sacerdotem oportet prœesse. Il faut donc nous enraciner dans cette vertu : Quanto magnus es, humilia le in omniijus.
Qu'est-ce que l'humilité? L'humilité est une vertu, qui, par la connaissance qu'elle nous
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donne d(» notre propre abjection, nous fait concecoir de bas sentiments de nous-même.
I. — Commençons par éliminer ses contraires.: la vanité, l'amour-propre. l'esprit d'indépendance.
1" La vanité est la passion de plaire : aimer à occuper les yeux, la langue, le cœur des autres; aimer à se faire centre ; aimer à être aimé. Dieu prend pitié de la vanité dans les atours de la coquetterie ; mais quel sacrilège de la part d'un prêtre qui s'érigerait en idole jusque dans le temple de Dieu, détournant l'encens de ses autels, usurpant des cœurs qui ne doivent brûler que pour lui seul! Qui sponsam hahet sponsus est, à l'Epoux divin les âmes ses épouses, devrons-nous toujours dire avec saint Jean.
Ayons peu souci de l'opinion : elle est si superliciftlle, si volage et si perfide. Aimons à redire avant nos principales actions : iVon nobis. Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. Pendant la bonne action, répétons après saint Bernard ce défi au démon de Torgueil : Nec propter te cœpi, nec propter te finiam. Après l'action, n'y cherchons que des sujets de confusion : Gloria tibi, Domine ; nobis nutem confusio faciei.
2" L'amour-propre , la propre complaisance est une branche différente de l'orgueil. — L'amourpropre raisonne autrement que la vanité : <i Peu m'importe ce que les autres pensent de moi ; c'est là le moindre de mes soucis, Mihipro minimo est ut
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a vobis judicer; mais, après tout, je sais ce que je vaux, je me rends justice à moi-même; je ne suis pas le premier venu, non sum sicut cielcri... » On se mire et on s'admire soi-même, on rapporte tout à soi ; on aime à se comparer aux autres pour se préférer : on entrelient des retours flatteurs sur de prétendus succès, sur des éloges reçus ; ou, au contraire, on se livre à des retours amers et de dépit au souvenir de bévues et de déboires qu'on s'est attirés : on caresse pour l'avenir des rêves dorés, on bâtit des châteaux en Espagne, on se forge des chimères de succès...
Concevons mieux ce que nous valons; sinon, comme ces faux riches des Écritures, après des songes creux dans une nuit, nous nous réveillerons les mains vides.
3° Enfin l'orgueil à.' indépendance : c'est le pire de tous; il est le père des hérésies et des démons. Il fait que le joug de la régie nous blesse, qu'on se sent à l'étroit et comme dans une camisole de force parmi tant d'observances ; qu'on a peine à se rencontrer avec ses supérieurs, qu'on proteste contre leurs avis et qu'on s'opiniàtre et s'entête dans ses propres jugements; ou, si l'on se conforme extérieurement pour le bien de la paix, on proteste intérieurement et on aspire après une vie plus libre et plus indépendante.
liaisons une guerre sans merci à ces odieux penchants; — et toutefois, nous ne serons pas humble pour être exempt de ces défauts; car l'humi-
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lité est une vertu positive et active ; il ne suffit pas d'exclure ses contraires.
II. — En matière d'humilité, pour ne pas s'a^ baser, il importe de distinguer la théorie de la pratique.
Il s'agit, d'abord, d'acquérir des convictions profondes et invincibles touchant cette précieuse vertu : plantons-en bien avant la racine, si nous prétendons en cueillir les fruils :
i* Il y a une humilité de simple bon sens. Raisonnons froidement : si je remonte de quelques années en arrière, il n'était pas question de moi ; je ne fais ici-bas que poids et nombre; je n'y serais pas que la machine ronde tournerait quand même. A vrai dire, je ne suis qu'un pur néant : or le néant, qu'il est pauvre et nu ! Dieu même se voit forcé de le revêtir d'un être d'emprunt pour y arrêter sa pensée. Qu'il est faible! il n'a même pas un droit à l'existence, il n'en conçoit pas même le désir, il est l'indifférence de l'être. En fait, je n'ai que ce que jai reçu, quid habes quod non accepisti?... or qui suis-je par mon corps? sperma fœtidum, vas corrupiionis, esca oermium, me répond saint Léon... par mon âme? je ne suis qu'un vain souffle, je tends de mon propre poids et par ma pente au néant; mon esprit n'est qu'oubli, ignorance, erreur; mon cœur est si dur, si ingrat, si corrompu ; ma volonté si faible, si mobile, si dépravée!...
oO DIRECTIONS SPIRITUELLES
Toutefois, si Dieu voulait faire de moi un homme, il fallait bien qu'il m'accordât la raison et le libre arbitre.
S^MaiSidansTorcire de la grâce, tout n'est que pure gracieuseté de sa part. Le mot le dit: tout y est entièrement et radicalement gratuit : la premièregrâee actuelle, la premièregrâce sanctifiante, la grâce efficace, la persévérance finale; le reste, c'est ce que la théologie appelle ^ra?/r/jjroj//'a/*V/...
Or, l'ordre surnaturel est l'unique où Dieu me veut et m'a constitué. Concluons avec saint Augustin : In nullo gloriandum qaando nostnim nihil esl. Si Dieu me disait : 7'olle quod tuum est et vade, que me resterait-il en propre? un double néant de nature et de grâce...
3° Que dis-je? nihil? L'homme au néant a ajouté le péché, — nihil rebelle et in Deum arma- /i/m.Or je suis pécheur par origine, par tendance, parprofession ; et le péché mérite toutes les malédictions de Dieu, le rebut des hommes et toutes les persécutions des démons...
4" Mais, au temps de Noël, l'humilité prend des attraits plus persuasifs : in vinculis Adam traham eos. Cet Enfant de la crèche, c'est mon Seigneur et mon Roi. Quand le Roi choisit le bas bouta la table du festin, c'est là qu'est l'honneur; J.-G. a honoré et divinisé la dernière place en sa personne. C'est une honte désormais que l'estime et les égards des hommes, après un tel traitement préféré, embrassé par un Homme-Dieu.
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Cet Enfant est mon ma'ilrc, il vient du ciel en terre m'apprendre sa leçon : discite a me quia... hionilis, leçon unique et courte, facile et pratique, suffisante et complète. J'aurai à lui en rendre compte au dernier jour, comme à mon Juge.
Enfin il est mon chef; les membres n'ont de vie et de mouvement que par l'influence de la tête. Je n'ai qu'à laisser faire l'Enfant Jésus en moi : il y vient revivre son humilité.
111. — En effet, l'humilité n'est pas une spéculation de l'esprit, c'est une vertu du cœur : huinilis corde, a dit le Maître.
Sa pratique se réduit assez justement à ces trois points :
1" Humilité affective ou par disposition du cœur : ce n'est autre que le courage de la vérité. Portons habituellement devant Dieu raveu de notre néant, comme Jésus à l'autel : substantia mea tanquam nihilum anle te. Faisons, avec la grâce de Dieu , un pas de plus dans la carrière de l'humilité par Y amour de notre propre abjection. La perfection de cette sublime vertu serait la joie dans le mépris de soi : fj'iudium de coniemptu.
L'habitude acquise d'une vertu se reconnaît quand elle passe en acte (/«/à occasione; ayons donc ce sentiment de notre abjection bien avant dans le cœur, exerçons-le dans l'oraison au quart d'heure consacré aux affections, dans les retours sur nousmême à l'occasion des examens de conscience, quand nous proférons, au Pater, le Dimille uobis
•>Z DIlŒCTlii.NS SI'IIUTLELLES
débita nos Ira, à Y Ave Maria, YOra pro nobis jjeccatoribus.
2° Si nous avons l'humililé afïeclive dans le cœur, elle deviendra diisémeni effective dans notre conduite personnelle. Nous ne dirons rien pour nous vanter; nous ne ferons rien pour nous faire valoir et remarquer.
3° L'humilité est une vertu sociale; si nous avons la conviction pratique de notre néant au point de parler et d'agir en conséquence, la logique exige que nous soyons heureux de créer ou, au moins, d'approuver dans autrui la conformité à notre manière de voir, quand on nous jugera comme une quantité négligeable, comme gens de peu de jugement, de peu de caractère et de cœur. Nous accepterons avec résignation, sinon avec amour et joie, qu'on parle de nous en termes de mépris, qu'on nous préfère les autres, qu'on les mette en scène et que nous nous tienne dans la coulisse et au rebut.
Cette belle vertu, le monde avant J.-C. en ignorait jusqu'au nom : humilité est synonyme d'ignominie et bassesse dans la langue de Gicéron. Depuis dix-neuf siècles que J.-G. l'a apportée à la terre, le monde en torture le sens et en méconnaît l'esprit : latet ul appareat, tacet ut audialeur, fugit ul appréhendât, voilà le manège des humbles selon le siècle. Seul N,- S. peut nous en inspirer l'esprit. Le vrai humble veut paraître vil et non pas humble. — Disons souvent : 0 bone
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Jesu, liumilia me. Jcsa, inilis cl humilis corde, fac cor mnim liecundnm cor luum, et exerçons-nous aux trois actes de cette noble vertu.
Puisque nous sommes au temps de Noël, professons une tendre dévotion pour la Crèche;, l'enfance chrétienne et son cortège de vertus si suaves : humilité de l'esprit, amabilité de cœur, simplicité du regard et pureté dintention, sincérité des lèvres, docilité des pas, chasteté de la chair, etc., etc.