MORTIFICATION
I. — Le renoncement est la condition radicale de tout acte chrétien. Quant à la mortification, elle est la conséquence de notre déchéance originelle. C'est le frein d'or de la convoitise ou plutôt le mors dairain quelle doit ronger et blanchir d'écume. C'est une vertu de précaution et de sauvegarde pour l'avenir.
Elle consiste à faire mourir en nous tout ce qui pourrait nous conduire au péché mortel.
Nous portons en nous-méme une réponse de mort qui se fait entendre à nous, si nous interrogeons notre conscience. C'est la chair, le vieil homme, comme l'appelle saint Paul avec ironie, vêtus homo noster; il en fait l'anatomie : l'homme de péché avec ses pensées de chair, avec la volonté de la chair, la prudence de la chair si habile à ses fins, la loi des membres, le sens réprouvé.
La lutte est engagée, lutte à mort et de toute laj vie, lutte sans trêve ni merci.
DIKECTIONS SPIBITIEJ.I.ES A I.'lsAiIE DES CLERCS. 67
De même que la mort est la séparation de l'âme et du corps, la mortification consiste à séparer en nous la chair de l'esprit, la nature de la grâce, le vieil homme de l'homme nouveau.
Ne pouvant tuer le vieil homme en nous, il faut le moi'li/ier, le réduire à l'état de cadavre immuhile, en réprimant ses premiers mouvements qui le précipitent vers le plaisir sensible ; le rendre insensible, en n'admettant plus même les impressions et répugnances qui viennent du dehors; le rendre inerte et docile à toutes les impulsions de la grâce. Il faut le crucifier avec ses vices ou ses habitudes acquises, et ses convoitises ou penchants; le clouer pieds et mains liés à sa croix.