‹ Directions spirituelles a l'usage des clercsChapitre 23 sur 55 · PÉNITENCE · texte numérisé non relu

PÉNITENCE

Là mortification est une vertu de précaution pour l'avenir. Or l'avenir appartient à Dieu et demeure incertain. En attendant, le passé nous est acquis, un passé coupable qui pèse lourdement sur notre conscience : peccare transit , peccasse manel. La pénitence a pour but d'expier ce passé.

I, — Le péché est l'unique mal de Dieu auquel sa sainteté a voué une haine nécessaire, éternelle, infinie, haine à laquelle nous devons associer tout ce que le Créateur a mis de haine dans nos cœurs : le péché, en effet, s'insurge contre Dieu, souille son image, bouleverse ses desseins, s'attaque à ses attributs, voudrait l'anéantir en son essence; peccalum, (juantum in se est, Ihnnn perimit. Le péché est le mal souverain de l'homme, le premier, le plus grand de ses maux et la source de tous les autres. C'est, en un mot. le mal noral, mal qui équivaut à tous les maux dans l'ordre temporel : ruine, infamie, difformité, mort.

Delicta quis intelligit ? Offenser Dieu, est-ce con-

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cevable? Hélas! le fait brutal est là, le mal moral existe, scandale de la raison et deuil de la foi. Le péché est possible, puisque je l'ai commis. — Mais puisque je suis un pécheur, pratiquement toute la haine que je porte au péché, je dois la i tourner contre moi-même.

Qui suis-je donc? un pécheur; pécheur par origine, comme le reste des hommes : naturel filii irx sicut et CcC^erj; pécheur par tendance :je suis capable de tout ce dont les plus grands criminels se sont jamais rendus coupables; pécheur par profession : je ne sens plus mon mal, j'avale liniquité comme l'eau... — Qu'ai-je fait? le crucifix, voilà mon ouvrage : la beauté défigurée, la bonté abreuvée de fiel et d'ingratitude, la sainteté accusée de blasphème... — Qu'est-ce que je vaux? bien des damnés : quasi torris raptiis ab incendio... Misericordise Domini quia non sumus consumpti! Nisi quia Dominus adjuvit me,paulà rninus habitasse in inferno anima mea. Les galériens dans les bagnes sont moins infâmes devant l'opinion . que moi devant Dieu.

IL — Donc à l'œuvre ! Le péché commis, il n'y a plus à échapper au châtiment, nut a Deo vindicante aut ab homine puniente. A moi de prendre le parti de la justice de Dieu sur moi-même et à venger ses droits : iram Domini portabo, quoniam peccavi ei. Notre-Seigneur ne m'a pas dispensé de la pénitence par sa mort. J'étais insolvable : il

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sost fait mon supplément, il a payé un acompte a charge pour moi d'achever, une fois justifié ce qui manque à ses souffrances. Ou, de l'autre côté <l'^ la vie, un purgatoire m'attend long, forcé cruel, stérile en mérites; ou, sur la terre, je puis me faire des peines de la vie un purgatoire à la lois volontaire et adouci par la grâce, court, léger, fécond en mérites : car Dieu consent à s'endetter en m'acquittant.

La grâce ne fait pas un juste, sans en faire un l--nitent. « Dieu fit du repentir la vertu des mortels. » La pénitence est une si haute vertu, que Dh'u l'élève à la dignité sacramentelle par l'absolution ; c'est là une avance de sa justice à sa miséricorde qui nous rend solvable pour nous obli-er i nous acquitter de nos propres deniers . °

Puisque nous portons en nous la grâce de la pémtence. doublons-la par l'exercice qui, d'une irertu mfuse, en fera une habitude- acquise.

Ce baptême des larmes constitue le meilleur cage du pardon , la suprême consolation à la mort e propre caractère des prédestinés.

ill. - Les actes de la vertu de pénitence sont au lombre de quatre : rougir de soi, se pleurer '' avouer, se punir. '

1° Rougir de soi sous le regard de Dieu, aux neds de son confesseur, devant sa conscience.

2. be pleurer : ce trésor de larmes que la naure met en réserve, quel meilleur usage en

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faire? ad te stillat oculus meus... Neque iaceatpupilln oculi met. Honorons de nos larmes les funérailles de notre âme; pleurons notre baptême; portons le deuil de notre innocence; soyons inconsolable d'avoir offensé et perdu notre Dieu.t C'est assez d'une seule faute pour des pleurs éternels : il est dit de Pierre : semel peccavit, semper flevit, il se prit à pleurer, cœpit flere, pour ne plus finir, voilà mon modèle. Semper doteat et de do tore gaudeat, dit saint Augustin.

3° S'avouer : mon Dieu, que je ne suis rien! Vide, Domine, et considéra quoniam fada sum vilis! Quàm vilis fada es nimis, iterans vias tuas! Tenons-nous en esprit au bas du temple et aux pieds de nos frères, dans l'attitude du publicain de l'Évangile, la rougeur au front, les larmes dans les yeux, l'aveu sur les lèvres, nous frappant la poitrine d'un sincère et énergique med culpà. Dieu ne nous jugera pas par comparaison avec les autres, mais plutôt il nous mesurera d'après les grâces reçues et l'abus odieux que nous avons fait. Exomologesis humilificandi hominis disciplina.

4° Enfin se punir soi-même : la Pénitence, d'après la racine du mot, consiste à punir sou passé. La tête qui a conçu et décidé le forfait doit tomber sous le fer. La volonté fait le péché : c'est la volonté qui doit désormais à la jouissance opposer la souffrance, à la satisfaction la contradiction, à la liberté la contrainte. — Tu t'es ap-

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pliqué, disait l'ange à Daniel, à faHliger devant Dieu : Posuisti cor (uum ad inlelligcndum ut h; affligeres in conspectu Dei lui. (Dan., x, J2.) La pénitence, en effet, doit attaquer en nous la source même de la joie, la volonlr.

IV. — Sans doute, avec nos frères, il faut nous épanouir, à l'exemple de saint Romuald dont il est dit qu'ayant pour soi le don des larmes, son seul aspect suflisait à mettre tout en joie autour de lui : vullu tamen adeô Ueto semper erat ut inluentes exhilararet. Mais ayons soin d'entretenir au dedans le sentiment de la componction , quand nous prononçons le « dimitte nobis » au Pater, le « pro nohis peccatorihiis » à ÏAve, le Confileor au Bréviaire et dans nos prières. David nous prèle sa harpe pour exhaler la douleur du repentir. Les examens et retours si fréquents sur nous-même nous mettent en présence de nos crimes : le déplaisir de la volonté doit compenser et corriger sur nous-même les satisfactions coupables de la licence.

La méditation, quand elle ne va pas à notre gré, il faut la tourner en componction : c'est le conseil de sainte Thérèse. La componction est le pain de l'oraison que Dieu ne refuse jamais à ses enfants, cihabis nos pane lacrijmarum; laissons-lui le soin d'y ajouter, quand il lui plaira, d'autres assaisonnements. La componction est cet onguent précieux, fait de la fleur des sentiments les

plus exquis de l'âme humaine, que la Madeleine épanchait d'un cœur brisé sur les pieds du Sauveur : l'humilité, la confusion, la reconnaissance, le zèle contre soi. la ferveur du progrès spirituel, l'ambition du salut des âmes : voilà, et mieux encore, tout ce qui entre dans la composition de ce céleste parfum. Aimons à répéter souvent cette prière si expressive : <* Source éternelle de lumière... »

Gethsémani est le rendez-vous des âmes pénitentes et l'agonie de N.-S. une école de componction. Professons une dévotion spéciale pour les saints pénitents : David , Pierre, le bon larron, saint Augustin , Thaïs la pécheresse. Pélagie la pénitente. Saint Grégoire dit de la Madeleine qu'elle rougit tant d'elle-même au dedans, qu'au dehors elle ne savait plus rougir; qu'ayant considéré ce quelle avait fait, elle ne mit plus de mesure à ce qu'elle devait faire. Nous aussi, voyons sans cesse nos péchés se dresser contre nous. Faisons désormais de l'avenir la revanche du passé. Vengeons-nous sur Satan, en sauvant dans les autres ce que nous n'avons pas su sauvegarder en nous-même. Préservons du mal l'innocence, arrachons à l'abîme ses victimes : alios salvate de igné rapientes.

Saint Ignace, durant la semaine des Exercices spirituels qui répond à la vie purgative dont nous traitons ici, nous exhorte à nous refuser la lumière, les chants, les douceurs de la so-

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ciété, etc.. Voilà les industries que suggère l'esprit do pénitence à l'àme contrite et repentante.

V. — Dans le Pn-trc, la componction agrandit son rôle : Imitamhii quod tractatis. Avec l'Eucharistie, il doit prendre l'esprit d'hostie, s'interposer en victime expiatoire entre les crimes de la terre et les foudres du ciel. Le péché est devenu son ennemi personnel; in hoc apparuit... ut dis- ■solvnt opéra diaholi. A lui de compenser l'injure divine par la vertu de religion; à lui d'obtenir les grâces de conversion par ses instances: à lui d'acquitter sur soi les dettes de ses. frères par son esprit de pénitence.

11 y a plus : son ministère le met en contact journalier avec des âmes légères et étourdies qui avalent l'iniquité comme l'eau; avec des âmes tiédes, blasées sur le péché véniel ; avec des pécheurs invétérés et endurcis... C'est à lui de se faire le marteau des cœurs. Le chevet des moribonds le réclame à toute heure : pour réparer un passé criminel et sauver un avenir éternel, que restet-il? souvent des minutes, que se disputent la douleur, les adieux, les intérêts. Que faire? Appelez un théologien? Il saura peser dans la balance tout ce passé , formuler son diagnostic, indiquer les remèdes, imposer les délais... Yoilà tout. Mais installez au chevet de ce mourant un prêtre à qui l'esprit de pénitence est familier : de non paralo facere paratum, voilà ce qu'il a surtout retenu de

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la théologie du confesseur. On ne donne que ce qu'on a; on ninspire que ce qu'on ressent : si vis me flere, dolendum est primum ipsi iibi. Celui-ci saura puiser dans sa foi, dans sa haine habituelle du péché, dans ses habitudes de componction, un cri assez puissant pour éveiller la foi assoupie dans cette conscience coupable, pour y susciter la contrition, pour y faire naître la douleur surnaturelle qui , élevée à la dignité sacramentelle et complétée par Tabsolution, réconciliera le pécheur avec Dieu et sauvera son éternité.

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