III. — Communion
Voilà ce qu'exprime énergiquement la Communion. Traçons ici quelques règles concernant son usage, avant de suggérer des méthodes relatives à la Préparation et à TAction de grâces.
I. — Le nombre des communions doit se mesurer sur l'appétit qu'on en ressent avant et le profit qu'on en retire après.
Voici les règles normales de la communion. -
Pour communier chaque mois, il suffit des dispositions requises pour les Pâques : n'avoir point l'habitude du péché mortel.
Pour la communion de huitaine, il faut être exempt de l'habitude du péché véniel en général, laquelle constitue l'état de tiédeur.
Pour la communion fréquente ou de plusieurs fois la semaine, il est requis d'avoir corrigé les habitudes vénielles particulières, par exemple, de vanité, vivacité, sensualité, manque de charité, etc.
Pour la communion (/uotidienne, bien que le prêtre ait une excuse de célébrer chaque jour sans ces dispositions en raison de son ministère, il est tenu en principe de se conformer aux conditions exigées des simples fidèles, c'est-à-dire : 1" ne plus commettre que très rarement des péchés
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même véniels de propos délibéré; 2' avoir surmonté la plupart de ses mauvais penchants, même innés; 3' s'entretenir habituellement dans le sentiment et Texercice de la présence de Dieu.
II. — Pour ce qui concerne la communion ellemême, faisons de toute notre vie une préparation et une action de grâces à la sainte communion. Il faut la prévenir dès la veille au soir, en soignant davantage nos exercices, à proportion qu'ils nous rapprochent du moment de la communion : le chapelet, la lecture spirituelle, puis l'oraison dont le dernier point devrait servir de transition à ce grand acte. Mais, à vrai dire, communier est une entreprise si éminente, que la messe entendue avec ferveur peut seule nous y préparer dignement : « Digne, je te fais digne, » disait X.-S. à une de ses saintes.
Quant à V action do grâces, c'est un quart d'heure de paradis; rien d'humiliant comme de s'y sentir sec ou distrait; or, il est besoin de précautions d'expérience l'apprend pour que cet exercice porte son fruit. Pourquoi? La messe est une sorte de drame qui vous tient sans cesse en mouvement, on a peine à se ressaisir dans le calme de l'action de grâces. D'ailleurs cet exercice spirituel, étant le dernier de la matinée, est facilement envahi par les préoccupations de la journée. Parfois même des importuns nous assiègent dés la sacristie.
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Voici quelques recettes pour proûter do laction de grâces : 1" La première est la méthode des iicti's. On lit ces actes après la communion dans un livre, ou mieux, on les improvise en les tirant de son fond; on peut s'aider du mot ardor qui nous rap[telle les initiales des cinq actes principaux : adoration, remercîment, demande, offrande, résolutions. Il est bon d'observer toutefois qu'il ne faut pas chercher à épuiser cette série d'actes. Plus on s'occupe longtemps avec le moins d'idées, plus on protite et mieux cela vaut à la communion, comme à l'oraison et aux visites.
2° La seconde méthode est celle du compUreiidu de Voraison. Nous l'avons proposé en traitant des retours doraison. On expose et on offre à Notre-Seigneur présent dans notre cœur les lumières, affections et résolutions de notre méditation; on y fait communier, pour ainsi parler, l'Hôte divin. Ce procédé renforce l'oraison et lui assure son plein succès.
3° Un troisième procédé est celui dont on userait en traitant un ami à sa table : on s'entretient avec Notre-Seigneur de ïèvênement du jour ou du principal événement depuis notre dernière entrevue, ou encore dune grande pens>^e qui nous a frappé. On lui expose un fait qui intéresse sa gloire ou le bien de notre âme, une grande maximo que nous avons rencontrée dans la liturgie, à l'Écriture, dans nos lectures ou ailleurs. C'est la plus belle fleur de son jardin qu'on offre
à son divin Visiteur, c'est un fruit exquis dont on lui fait goûter la saveur : « descendat dilecius meus in horliim siium et comedat poma iUius »; c'est un diamant dont on présente les facettes, pour en multiplier les feux au vrai Soleil de justice, levé dans Fàme.
-i° Le procédé le plus spécifique, qui rentre le mieux, croyons-nous, dans la pensée de l'Église et les intentions de la divine Victime, le voici : Chaque saison ecclésiastique a son esprit particulier, nous nous sommes efforcé de le démontrer;, chaque mystère de Notre-Seigneur apporte avec lui sa grâce spéciale; chaque saint a reproduitj une vertu, un trait plus accusé de la physionomie du divin Modèle. Or, par la communion dujourJ nous portons la bouche, pour nous en abreuver,] à la source même de cet esprit, de cette grâce,! de cette vertu du saint. Nous en adorons en nous,] par la foi, le principe divin. Nous lui exposons à] la fois et le besoin que nous en avons et le désir,] la faim et la soif, que nous en ressentons. Enlin, bien convaincu que Notre-Seigneur ne vient er nous sous les dehors du pain et du vin, que parce qu'il est le pain de nos besoins et le vin qui étanche tous nos désirs, nous nous unissons étroite-l ment à lui pour nous incorporer cet esprit, cette grâce, celte vertu, nous l'assimiler et la faire passer dans les veines et le sang de notre àme. Nous en multiplions les actes intérieurs, en nous mettant en face d'occasions réelles ou fictives de
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cette vertu. Foi, désir, union : ces trois sentiments occupent et résument d'après cette méthode noire action de grâces.
o'^ KnGn, les jours où l'on se sent envahi par les distractions, un jour d'examen par exemple, de voyage, de visites, quoi de mieux que de tourner ces distractions en prières, de faire de son action de grâces un long examen de prévoijance. La digestion répartit les aliments dans •l'économie générale; la digestion spirituelle de l'hostie consiste à répartir l'influence de la communion du matin dans toutes les opérations de la .journée, de façon à vivre de sa communion tout le jour. Parla, nous traitons Notre-Seigneur comme un maître de maison dont le valet prend au malin les ordres pour la journée, ^"ous tirons avec lui notre plan du jour : u Aujourd'hui, voici ce que je me propose de dire et de faire, avec qui je vais me trouver, les intentions et dispositions dans lesquelles je veux agir, les occasions de péché, de vertu, de zèle que je puis prévoir et que je me propose d'exploiter. »
Nous nous sommes étendu à dessein sur ces méthodes : aucune n'est souveraine, toutes ont du bon; il est expédient de les essayer tour à tour, d'en choisir une dont on fera sa spécialité, de la suspendre quand la routine nous gagne, î pour la reprendre ensuite et la mettre en valeur avec un nouveau plaisir et profit.