II. — Chasteté
Mundamini qui fertis vasa Domini.
I. — L'Eglise impose le célibat comme condition au sous-diacQnat. La religion en étant le motif, y manquer deviendrait un sacrilège, même sans l'émission du vœu de virginité.
Or c'est la chasteté au milieu du monde que l'Église demande aux clercs des séminaires. Sans doute la virginité n'est pas contre nature, mais
elle nous constitue en dehors et au-dessus de la pure nature.
Quand Dieu impose une fin, il attache sa grâce aux moyens ; qui veut la fm doit donc en prendre les moyens. On s'engage par le sous-diaconat à un état de vie surnaturel ; il faut adopter, en conséquence, un régime de vie entièrement surnaturel, faire un perpétuel divorce avec la chair et se sevrer de toute la joie des sens.
Virgines sensus virginis esse debent.
Aux gens du siècle il est loisible d'user de ce monde. Pour nous, bien des actes permis sont dangereux: des actes simplement dangereux deviennent coupables ; ce qui le serait chez d'autres véniellement devient aisément mortel, dans un clerc : Levia etiam jjeccata quie in ipsis maxinia essent effugiant, il importe de le rappeler ici.
Je m'explique : le simple fidèle, un époux chrétien, pourra peut-être donner licence à ses yeux pour voir dans les musées certains tableaux, assister aux spectacles, étudier les visages ; lire feuilletons, romans, pièces de théâtre ; ouïr une musique énervante ou passionnée, des chansons légères; accorder au palais liqueurs et festins, au tact certaines caresses et privautés. Il trouve dans sa vocation et dans la grâce d'un sacrement le remède à la convoitise et aux tentations plus violentes que peut faire naître en lui l'usage du monde.
Le prêtre, lui, doit garder le mur et l'avant-
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mur. Il ne s'agit pas pour lui de la continence, mais de l'abstention totale; il ne saurait s'accommoder d'une vertu litigieuse, équivoque, troublée et combattue : il doit être jaloux d'en avoir la sérénité et la jouissance, et d'en garder rex([uise beauté. Il lui faut sauvegarder jusqu'à la pudeur, qui en est l'arôme et la fleur.
II. — Or il y a trois moments à redouter dans nos journées : le lever, la table, le temps qui suit immédiatement les repas. Saint Philippe de Xéri défendait à ses jeunes gens de se retirer à leur chambre après le repas et leur commandait l'exercice et le travail manuel.
Il est trois sortes de personnes avec lesquelles il faut éviter une familiarité trop grande : les enfants, les jeunes personnes, les personnes consacrées à Dieu ;
Il y a trois pronostics inquiétants pour notre persévérance : mollesse, attaches sensibles, désir de plaire ;
Il existe trois remèdes à nos tentations : piété, activité, gaieté.
Le vœu du sous-diaconat atteint jusqu'à la mauvaise pensée. Sur ce point délicat, comment saisir les nuances de culpabilité? Qu'on nous permette une comparaison.
Je suppose une lettre de trahison adressée à un citoyen par un ennemi de sa patrie : celui-là pourra se comporter de cinq façons différentes
vis-à-vis de cette tentative de corruption : ou jeter de suite au feu cette lettre dont il sait la provenance, rien de mieux; ou la laisser traîner sur sa table de travail par négligence , avant de la détruire; ou bien l'ouvrir par curiosité, se croyant incorruptible; ou bien même se laisser ébranler par certaines propositions avantageuses, hésiter, sans toutefois conclure à la trahison ; ou enfin, séduit par Tappàt de l'intérêt, adhérer et passer à l'ennemi.
Cette comparaison va éclairer la solution. La tentation est une lettre de Satan et une proposition de trahison. Dans le premier cas, la tentation est Toccasion d'un mérite; dans le second cas, il y a négligence et péché léger; dans le troisième, curiosité et péché plus grave, non mortel toutefois dès lors qu'il n'y a pas péril de consentement ; dans le dernier cas, le péché reste encore à la limite du mortel, il y a comme commencement de délectation, c'est beaucoup plus grave, mais l'état de grâce persiste. Prima occurrit menti simplex rogilatio, deinde forlis imaginalio, postea delectatio et motus pravus et assensio {Imit., 1. 1, ch.xm;; le péché grave n'est consommé que dans la dernière hypothèse.
m. — Prière publique.
La prière publique est le devoir d'état, Yoffice du sous-diacre.
A l'csace des (.I.EKCS. 145
Par le bréviaire, il exerce dans l'Ëglise un sarcrdoce el un apostolat.
!.. — Sacerdoce.
Doux autels se dressaient dans Tancien temple, l'autel d'airain et l'autel d'or, lautel des holocaustes et l'autel des parfums.
Il y a également dans l'Église un double sacerdoce d'après l'Ofliee des Pontifes : sacerdos ad sacrifîcandum hosliam laudis; sacerdos secundum ' ordinrm Melchisedech : or, en attendant le sacerdoce eucharistique, le sous-diacre est député par l'Église en qualité de ministre officiel du sacrifice d'encens; il est le fondé de pouvoirs du peuple chrétien , le maître des requêtes agréé de Dieu : il exerce le sacerdoce de la prière publique.
Le sacrifice extérieur et sensible ne vaut que par les dispositions du cœur; la religion a pour acte principal la louange ; y vaquer est la tâche glorieuse du sous-diacre.
Le prêtre est appelé par le sauvage l'homme de la prière; tel est l'office unique et le seul devoir d'état du sous-diacre, feriatus a creteris. Au sousdiacre d'acquitter la dette d'adoration, de reconnaissance etdexpiation de l'univers, de porter au ciel ses requêtes, orbis supplementum.
\\. — Apostolat.
La foi nous révèle ce que nous valons; elle nous apprend que la prière est la première puissance du monde. De tous les apostolats, la prière
niRECflO.NS SPIRITUELLES. 9
est à la fois le plus facile, le plus méritoire et le plus fécond.
Le plus facile : il n'exige ni les courses des missions lointaines, ni les veilles et les études, les fatigues et les efforts de la parole publique.
C'estaussi \e])\nsriiéritoi)'e : l'amour-propre, la propre satisfaction , des tentations délicates sont parfois le bénéfice le plus net que nous recueillons de nos prédications. Ici rien pour la vanité; tout dépend non de notre talent, mais de notre vertu, non pas tant de notre sainteté même que du sentiment de notre indignité. La prière ellemême d'ailleurs attire et exerce en nous les plus belles vertus. C'est à la fois devant Dieu une expiation et un mérite, un sacrifice spirituel et un sacrement universel et permanent de toute sorte de grâces, observe saint Alphonse.
C'est enfin le plus fécond des apostolats : l'action, la parole restent souvent stériles; pourquoi? c'est que la conversion est avant tout une œuvre surnaturelle. Dieu et le pécheur sont deux ennemis à réconcilier : Dieu fait froid au pécheur, il lui tourne le dos; il nous faut convertir Dieu aux âmes avant de convertir les âmes à Dieu : convertc nos cl converleinur. Il faut pour cela le prêcher; il faut se tenir à la brèche, slelil in confractione; il faut donner l'assaut à sa justice, forcer la main qui tient la foudre, ouvrir la main qui pardonne ; or la prière est cet Israël, ce fort contre Dieu; Dieu se sent faible, il ne tient pas
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en présence dune prière humble et ardente; dimitte me ul irascdr!... La prière est la seconde Providtmce du monde, le thaumaturge des grands coups qui changent la l'ace du globe, ascendant suspii-ia, descondunl mirncula. Les exploits et conqut''tos de notre prière seront la surprise de notre mort et le ravissement de notre éternité.
Pour exercer cet art divin de la prière , il est • certains expédients aux([uels recourir.
IV. — Industries pour la pieuse récitation de l'office divin.
Rassurons d"abord les âmes trop craintives.
Le bréviaire n'oblige qu'en vertu d'une coutume qui a pris force de loi. C'est donc une loi purement humaine à laquelle l'Eglise n'a voulu s'astreindre que humano modo. C'est une charge comme le poids des ailes pour l'oiseau. Vraiment un péché mortel en telle matière supposerait de notre part une négligence bien coupable. L'omission d'une petite heure ou de son équivalent, dans l'intervalle qui sépare deux heures de l'après-midi, la veille, de minuit du jour suivant, paraît seule constituer une matière grave.
Les autres inversions, substitutions ou négligences sont des irrévérences qu'il faut éviter avec soin, mais qui n'entament pas gravement la loi ecclésiastique. Aucune intention spéciale n'est requise expressément.
148 DIRECTIONS SPIRITLELLES.
I. — L'attention exlérieure est le minimum de rigueur : elle consiste à éviter toute occupation incompatible avec la récitation correcte de l'office, à s'appliquer à articuler le texte et, sans doute, à écarter les distractions en s'entretenant dans le sentiment de la présence de Dieu. On discute si l'on pécherait gravement à occuper l'esprit d'un objet étranger à l'ofTice. sans s'exposer toutefois à omettre une partie notable du texte.
Cette attention purement extérieure est requise ; elle suffit, parexemple, pour les religieux astreints à l'office qui n'entendent pas le latin; elle est la meilleure en certains cas, la maladie, un milieu bruyant inévitable, une fatigue de tète notable, etc.. Observer les rubriques, garder la quantité latine, marquer les médiantes et les pauses : tel doit être notre premier souci en récitant notre office.
II. — L'attention intérieure superficielle se borne à la droite intelligence du texte : « psnllite sapienier... » ; elle s'attache au sens premier et obvie du bréviaire. Cette attention est louable et semble môme la plus convenable, jusqu'à ce qu'on se soit familiarisé avec la langue liturgique.
III. — • L'attention interne proprement dite porte sur le sens moral ou spirituel. On s'applique l'offlce à soi-même, on en tire des moralités, des leçons et des exemples pour sa propre gouverne, fondé sur ce que saint Paul avance : « quiccum-
A l.'lSAGE DES CLERCS. 140
quo scripta su/it nd noxtram doctrinam scripla siint ». Voilà en quoi consiste l'atlention au sens moral et pratique de l'ofTice.
Le sens spirHwl est multiple : il se réfère
au saint du jour, à l'Eglise ou à Notre-Seigneur.
La liturgie, dans ses plus beaux oflices, nous
ramène sans cesse au saint du jour; les antiennes
sont des clefs à la portée (jui nous marquent
.la dominante et l'idée mère des psaumes. Au
■ jour de sa fête, le saint a les honneurs de la jour-
, née; nous avons droit, en vertu de la communion
i des saints, de nous approprier ses sentiments,
! de prier par son cœur et par ses lèvres. La con-
' naissance de sa légende nous mettra au point et
l nous permettra de résumer sa vie dans une vertu,
\ un trait, une situation, devenus, ce iour-là, le
\ patrimoine commun de la famille chrétienne.
I Hien de varié, de vivant et d'actuel comme ce
' point de vue.
Parfois le sous-diacre se rappellera qu'il est, comme le prêtre, catliolicus Palris sacerdos. Il comprendra qu'il est l'homme universel, le médiateur ofliciel et comme le cœur de VJ-JgUse catholique. Le cœur a deux mouvements : l'un par lequel il ramène le sang altéré et vicié de toutes les extrémités du corps, l'autre par lequel il le renvoie vivitié et régénéré jusqu'aux membres les plus éloignés : tel est le rôle du sous-diacre au saint bréviaire. Il personnifie l'Église. Ce grand !2orps est porté par l'apostolat à travers les na-
|;J0 DIRECTIONS Sl'IlllTKEl.LES
lions; il exerce la vie active par ses ordres charitables : « manus mex stillaverunt myrrham » ; Tépiscopat est son regard, la prédication sa voix, son oreille est tendue à tous les aveux dans la personne des confesseurs. Que dis-je? il va du purgatoire au ciel ; il expie et il triomphe ; et tous ces états, le prêtre les résume en lui-même, il s'en fait l'écho et l'interprète pour les exposer à l'oreille du Père qui est aux cieux.
Mais surtout le clerc est un autre Christ; ce corps de membres vivants a un chef; ce chef condense en soi la religion du ciel et de la terre. Or le Psautier est l'Évangile anticipé du Sacré-Cœur : Inveni David virum secundum cor meum. Notre- Seigneur lui a emprunté lexpression de ses états d'àme dans les grandes circonstances de sa vie. On y lit à livre ouvert toutes ses divines émotions : « hoc sentite in rohis quod et in Christo Jesu ». Il semble nous convier à vibrer d'accord , à nous mettre à l'unisson de son divin intérieur : « Mn- (/ni/îcate Dominum mecum et exallemus nonien ejus in idipsiim ». Le sous-diacre devient ainsi l'organe et le porte-voix du Sacré-Cœur au bréviaire. Ce dialogue ineffable de lame du Christ avec le Verbe se répercute et se reproduit dans son âme en prière.
IV. — La piété cléricale a mille autres industries pour attiser sa ferveur, les saints les ont variées à l'infini; telle l'horloge sainte ou les heures de
A l'isage des CLEIUS. 151
la Passion adaptées à l'ofTico ; telle la méthode des quatre fins, si conforme aux intentions de l'Église, le Psautier de Marie, etc..
Toutes ces méthodes ont du bon ; aucune ne vaut que selon son à-propos; tout y est subjectif et relatif.
Quant aux m<''thodes si simples auxquelles nous nous sommes borné, elles sont prises e viscerihus rei; elles ne demandent aucun cflort de tête ou d'imagination; elles s'inspirent purement de la foi. Mais on doit en user avec détachement.
On peut les essayer tour à tour, se fixer à l'une d'elles, la suspendre quand la routine s'y glisse, pour la reprendre ensuite avec plus de goût et de profit.
Il semblerait naturel de s'attacher aux mystères de Notre-Seigneur à l'époque de ses solennités et de s'y concentrer. On prierait avec l'Eglise dans les fêtes dont elle semble surtout l'objet :1a Saint- Pierre, la Toussaint, la Dédicace, etc. Enfin, à l'apparition de chacun de nos saints sur le cycle, on s'identifierait à leurs sentiments, vertus et rôle social, pour s'approprier leurs mérites et avoir part à leur grâce.