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CHAPITRE I. — De l'autorité du Souverain Pontife

292. Tous les religieux sont soumis, comme à leur Suprême Supérieur, au Pontife Romain, auquel ils sont tenus d'obéir aussi en vertu du vœu d'obéissance. (1)

La nature même de l'état reiij^ieiix requiert de la part de celui qui l'embrasse la soumission à la hiérarchie ecclésiastique. Or celui qui détient le suprême pouvoir dans cette hiérarchie est le Souverain Pontife à qui Notre-Seij^neur a confié la mission de déterminer non seulement ce qui convient pour que chaque fidèle puisse opérer son salut, mais encore ce qui est nécessaire à ceu.x qui font profession d'une perfection plus haute, afin qu'ils puissent atteindre le but proposé. Et cela est si vrai que le Souverain Pontife en accordant au.x religieux le privilège de l'exemption de la juridiction épiscopale, ne peut les dispenser de l'obéissance qui lui est due (2). Ce qui permet de conclure que le Pape a une suprême autorité non seulement sur les fidèles, mais encore sur les religieux quelqu'ils soient.

Ce pouvoir que le Souverain Pontife exerce sur les religieux est le pouvoir de juridiction, sans qu'il faille, à. notre avis, recourir au pouvoir de domination. Il semble, en effet, évident que le vœu d'obéissance des religieux est fait aux Supérieurs.

(1) Codex juris can., 499, § 1.

(2) S Thomas 2a-2nc, q. 185. a 5 ad 3.

et non pas au Siège Apostolique ou au Pape, si l'on excepte l'un ou l'autre cas tout spécial. D'autre part, le vœu d'obéissance au Souverain Pontife ne paraît pas nécessaire pour expliquer son pouvoir sur les religieux. Notre Seijjneur lui a conféré le suprême pouvoir de commander tout ce qui est nécessaire ou utile non seulement pour le bien des fidèles par l'observation des commandements de Dieu et de l'Église, mais aussi pour le bien de ceux qui ont voué une vie de perfection par la pratique des conseils évangéliques. Aussi encore que la vie religieuse soit seulement œuvre de conseil, cependant une fois qu'elle est établie et approuvée sous une forme quelconque, le Pape peut prescrire, soit en général soit en particulier, tout ce qui est nécessaire pour sa conservation et son développement, dans les limites que nous indiquerons au numéro suivant. Et bien que le religieux n'ait pas fonncllement fait vœu d'obéissance au Pape, cependant il est tenu d'obéir à tous les commandements ou réformes qu'il impose, même en vertu de l'obéissance, le pouvoir de juridiction renfermant éminemment la puissance de domination (1). De fait l'histoire nous apprend que c'est en vertu de leur pouvoir de juridiction que les Souverains Pontifes ont approuvé, réformé ou supprimé les Ordres et les Instituts religieux, soit qu'ils l'aient fait par eux-mêmes, soit qu'ils aient délégué leurs pouvoirs à d'autres.

293. Quelque étendu que soit ce pouvoir, il est cependant limité à tout ce que le religieux a promis soit explicitement soit implicitement par la profession religieuse.

L'état religieux n'est pas de précepte, mais seulement Je conseil ; et celui qui l'embrasse, promet de tendre à la perfection par les moyens déterminés selon la nature et le but de l'Institut. Le pouvoir du Souverain Pontife est donc limité par les termes mêmes du contrat de profession qui varie selon les Instituts ; mais ce pouvoir peut s'exercer sur tout ce que le religieux a promis, sur tout ce qui est nécessaire pour le maintien de la discipline et le bien de l'état religieux, sur tout ce qui a rapport à la nature ou à la fin particulière d'un Institut. C'est ainsi que le Souverain Pontife peut exiger le retour à l'observance primitive, dans le but de réformer la discipline relâchée. (2)

(1) Pour comprendre cette obligation du religieux d'obéir au Pape, rappelons brièvement que l'essence de l'obéissance religieuse consiste essentiellement à obéir à la hiérarchie ecclésiastique non seulement en ce qui est commun à tous les fidèles, mais encore en tout ce qui regarde la perfection de la vie qu'il a embrassée. A cette raison universelle de l'obéissance est venue s'ajouter par l'introduction de la vie cénobitique, la soumission au pouvoir privé et économique du Supérieur.

(2) Voir SuAREZ, de religione, t. m, l. x, c. vin, n. 10 sq. ; S. Alphonse, Theol. mor. — éd. Gaudé —t. ii, 1. iv, n. 38-44 et les auteurs y cités.

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