‹ Directoire spirituel, ou, InstructionsChapitre 12 sur 69 · acte ou une habitude méritoire, il faut qu'elle soit · texte numérisé non relu

acte ou une habitude méritoire, il faut qu'elle soit

voulue.

Dans le cas présent, l'intention unitive exige l'adhésion voulue aux tendances de la grâce sanctifiante, parce que l'union à Dieu ne peut s'opérer que par la grâce sanctifiante. L'âme adhérant ainsi à la grâce sanctifiante, soit dans ses actes, soit dans ses habitudes, tend vers Dieu par le fait même de cette adhésion, et, sans cette adhésion, elle ne peut avoir la tendance unitive vers Dieu.

Cette union active de l'âne à Dieu dans la pratique de la vie est actuelle, quand l'âme fait un acte d'adhésion au mouvement de la grâce ou quand, faisant même abstraction de la grâce qui agit en elle, elle suit son mouvement et fait acte de tendance vers Dieu. Elle est habituelle, quand eette adhésion aux tendances de la grâce est dans l'habitude.

Défectuosités qui nuisent à l'union pratique.

Cette habitude d'union pratique est suspendue, lorsque l'âme obéit à la tendance de la nature, si cette tendance part d'un principe de la nature bonne et aboutit à un objet bon ou indifférent.

Elle est interrompue lorsque l'âme suit la tendance de la nature mauvaise ou qu'elle aboutit à un objet mauvais.

Quand, dans l'accomplissement d'un acte, nous avons une intention provenant de l'inspiration de la grâce et une autre provenant de l'inspiration de la

nature, et que tous deux influent sur l'acte, cette dernière infirme notre union à Dieu de toute la somme d'influence qu'elle apporte dans l'accomplissement de l'acte.

Il en est de même relativement à l'habitude d'union à Dieu. A quoi il faut ajouter que si nous avons en nous ces tendances naturelles, quoique bonnes, notre union active à Dieu, ou plutôt notre habitude d'union active à Dieu ne peut durer longtemps ; à moins que nous ne combattions vigoureusement nos tendances naturelles, en rendant souvent notre union actuelle, au détriment du mouvement naturel, c'est-à-dire en faisant triompher notre intention dans le sens du mouvement de la grâce.

La raison en est que ces deux principes tendent de leur nature à gagner l'un sur l'autre ; et tant que la grâce n'est pas dominante, la tendance de la nature est plus écoutée, par suite de notre extrême faiblesse, qui sera toujours d'autant plus grande que la vie naturelle aura plus d'influence ou d'intensité dans nos habitudes. Si l'on joint à cela l'inattention de notre âme à se proposer un motif surnaturel pour exciter notre activité à l'adhésion à la grâce, en nous proposant Dieu pour objet, inattention qui sera très commune à des hommes occupés dans la vie active comme nous, il est bien difficile que les tendances de la nature n'acquièrent bientôt la prédominance, et ensuite restent seules presque maîtresses de notre activité ; l'union active alors sera effacée.

Qu'on ajoute l'influence plus ou moins fréquente de nos vices et de nos défauts dans ces tendances

naturelles. — et il est impossible qu'ils ne s'y mêlent pas, — et alors notre union active à Dieu sera interrompue très fréquemment. Or, cette union sainte étant interrompue, étant surtout interrompue par habitude, sa remise en vigueur devient difficile, par la raison que l'influence de la grâce n'est pas assez dominante, dans ce cas. pour rendre à l'activité de notre âme cette union d'habitude. En d'autres termes, notre àme, par ces ruptures fréquentes, et plus encore quand elles sont habituelles, perd peu à peu L'habitude, c'est-à-dire le penchant, la facilité dans sou adhésion aux tendances de la grâce.

Moyens d'entretenir et de développer l'union pratique.

Nous voyons par là l'importance, la nécessité même de diminuer autant qu'il est en nous les intentions naturelles dans nos actes, et plus encore dans nos habitudes ; de ramener très fréquemment notre àme à des principes de foi et d'amour, afin de rendre de plus en plus dominante et habituelle en nous l'influence de la grâce qui nous unit à Dieu ; enfin de veiller sur nos vices et nos défauts. Pour cela, l'esprit d'oraison est d'une grande importance, il maintient l'âme dans des vues de foi et dispose le cœur à l'amour.

Nous voyons par là aussi combien est absurde cette prétendue piété, qui veut être unie à Dieu et conserver ses affections naturelles, la recherche de soi-même, ses vices ou ses défauts. Dieu seul.

Dieu seul en toutes choses, et que la terre se taise devant lui : Sileat afacie Domini omnis terrai

Pour arriver à l'union habituelle à Dieu, il faut donc s'appliquer avec beaucoup de zèle à l'observation des préceptes de la perfection évangélique, et, par-dessus tous les autres, à l'observation de l'abnégation parfaite, tant recommandée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. 11 faut, de plus, apporter une grande fidélité à l'action de la grâce intérieure, en faisant tous ses actes avec foi et amour et dans l'unique désir de plaire à Dieu : Si quis diligit me, sermonem meum servabit. Cette parole de Jésus vise les préceptes du saint Évangile, ainsi que la foi et la charité, expression de la grâce sanctifiante, qui elle-même est l'expression de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Et diligetur a Pâtre meo, et veniemus ad eum et mansionem apud eumjaciemus.

Ainsi, soit dans nos actes, soit dans nos habitudes, notre intention devient vraiment unitive, quand elle renferme un mouvement de foi et de charité ou d'espérance, et que ce mouvement a l'adhésion de la volonté. La foi, l'espérance et la charité sont nécessaires, parce que c'est dans ces mouvements que réside l'action de la grâce ; l'adhésion de la volonté est requise, parce que c'est dans la volonté que réside l'activité pratique de l'âme. L'intention est sainte, et va à Dieu par la foi, l'espérance et la charité ; elle devient acte de l'âme par la détermination de la volonté. Si la volonté détermine l'acte sans adhésion à la vertu unitive qui procède de la grâce, l'union sainte avec Dieu n'existe pas.

Cette explication m'a paru nécessaire pour garantir contre des idées erronées, ou plutôt contre des illusions qu'on se fait souvent quant à l'intention.

Illusions auxquelles on est exposé relativement à

l'intention.

Lorsqu'on veut faire une action bonne conforme à ses penchants naturels, on cherche à former son intention afin de la rendre surnaturellement bonne.

Lorsqu'on veut faire une action bonne en ellemême, mais qu'on est porté à agir par l'inspiration d'un penchant mauvais, d'un défaut ou d'une passion, on cherche à purifier son intention.

Or, en formant et en purifiant son intention, on tombe souvent dans l'illusion. Dans le premier cas, pour former son intention, pour s'inspirer d'un sentiment surnaturel de foi et d'amour, on se contente de faire une fiction dans son imagination, fiction par laquelle on se représente une idée surnaturelle ; d'autres fois on fait un effort d'esprit par lequel on pousse pour ainsi dire sa vue vers Dieu. Tout le travail est dans l'esprit, et ce n'est qu'un effort sensible, une contention d'esprit, mais, dans le fond, lame reste attachée à l'entraînement de la nature : l'acte procède d'un mouvement de la nature et aboutit à la satisfaction propre ; nous sommes activement unis à nous-mêmes, notre acte intérieur n'a que le vêtement de l'intention surnaturelle, et cela à nos propres yeux seulement. Tout ce qu'il peut y avoir

de bon dans cet effort est une certaine bonne volonté qui le fait naître ; souvent cependant il arrive qu'il n'est que le produit de l' amour-propre, qui veut pouvoir se dire qu'on a fait son acte avec perfection ; d'autres fois ce n'est qu'un désir naturel et raisonné de la sainteté.

Dans le second cas, en prétendant purifier son intention, on laisse au fond le mauvais penchant, sans le combattre sérieusement, on laisse aux passions leur jeu ordinaire, et l'on se contente de voiler ce mauvais mouvement de l'âme à ses propres yeux, ou de faire un acte contraire, qui n'est représenté que dans l'idée. On se persuade qu'on agit avec une intention pure, parce qu'on a dit dans son esprit : « Mon Dieu ! c'est pour vous que je fais cet acte, et non pour satisfaire tel mauvais sentiment » ; ou : « Je renonce à cette mauvaise intention », tandis que, le mauvais sentiment restant maître du cœur et la volonté y adhérant, la tendance de l'âme dans l'accomplissement de l'acte est mauvaise, selon la nature des sentiments du cœur et de la disposition de la volonté.

Moyens de former et de purifier notre intention.

Comment donc faire pour former ou purifier notre intention ?

Tâchons d'établir la tendance habituelle de toutes les puissances de notre âme vers Dieu, de former en nous une habitude d'esprit de foi et de charité pure, et de rendre notre volonté souple devant Dieu

et adhérant pratiquement à tout ce qui lui est agréable. Pour cela, travaillons à détruire dans notre âme les inclinations mauvaises, à la rendre indifférente à tout ce qui est purement naturel, ou, du moins, à supprimer tout mouvement passionné provenant d'une attache à une créature ou à un plaisir ou satisfaction quelconque. Par ce moyen radical, on arrivera à une inclination habituellement surnaturelle vers Dieu et débarrassée du mélange de l'inclination naturelle et de la passion.

Mais comme ce travail est long, il faut au moins prendre une résolution générale, forte, constante et pratique ; et quand on se trouve en face de la difficulté, il ne faut pas se contenter d'une intention mensongère ou superficielle, mais il faut attaquer le mal jusque dans le fond de son cœur, et déraciner le penchant naturel dans son principe, en y appliquant la résolution ferme d'une abnégation entière. Pour cela, s'il n'y a pas de motif qui rende nécessaire ou réellement utile l'acte désiré par la pente naturelle ou mauvaise, il faut y renoncer. Si l'acte est nécessaire ou sérieusement utile, il faut se recueillir, ranimer l'amour de Dieu dans son cœur, se mettre dans une indifférence réelle, quant au contentement de la nature, ou arrêter l'action passionnée : si ce sont les passions qui sont en jeu, parler ou agir avec modération et calme. Avec cette manière d'agir forte et sincère, on gagne toujours beaucoup ; cependant, pour avoir un succès complet, il faut une abnégation entière dans l'ensemble de ses habitudes : c'est le seul moyen vraiment efficace pour dompter les penchants de la nature et les déraciner.

Pour faire mieux saisir ces choses, je donnerai un exemple. Un prêtre éprouve une affection naturelle, parfois mauvaise, pour une personne qu'il dirige. Il est donc porté à s'entretenir avec elle par le penchant de la nature qui se plaît avec cette personne, et parfois par un penchant qui cesse d'être bon, quoiqu'il ne soit pas précisément encore tout à fait mauvais. Il reçoit cette personne pour s'entretenir avec elle. Il est bien aise de sa venue, ou par suite d'une pente de la nature qui n'est pas mauvaise — et son union à Dieu est suspendue, — ou par une pente mauvaise, — et elle est interrompue. — Que fait-il? Il veut s'entretenir avec cette personne, parce qu'il y trouve sa satisfaction; cependant, il se ferait un reproche de satisfaire ainsi sa nature, car il veut être toujours uni à Dieu et il sait que le cœur ainsi satisfait s'en écarte et le rend moins agréable à Notre-Seigneur Jésus-Christ ; ou bien, si cette satisfaction est mauvaise, il se reprocherait de s'éloigner de Dieu. Il se représente alors dans son imagination qu'il reçoit cette personne et qu'il doit la recevoir pour procurer la gloire de Dieu en parlant de choses saintes, ou pour sanctifier cette âme par les bonnes choses qu'il lui dira. Il fait même un certain effort pour sentir cette idée de la gloire de Dieu ou de la sanctification de cette âme ; il forme, il purifie cette intention, se dit-il, mais la pente reste là, le cœur est dans le même sentiment. Il est dans une illusion ; la pureté et la sainteté de son intention sont dans son idée ; une pensée de foi est produite superficiellement ; mais la tendance d'amour pur n'est pas dans son cœur, c'est une tendance d'amour des créatures ; et sa volonté n'adhère pas à

l'amour pur. vu qu'il n'existe que dans son imagination, et non dans son cœur. En elïet, la volonté qui détermine l'acte agit toujours d'après l'inclination du cœur. Si c'est une inclination surnaturelle vers un objet qui domine le cœur, la volonté qui se détermine produit un acte surnaturel; mais si cette inclination est naturelle ou mauvaise, la volonté, se déterminant d'après elle, fait un acte naturel ou mauvais.

Qu'y a-t-il donc à faire dans le cas présent? Si l'entrevue n'est en réalité ni nécessaire ni utile, il faut la refuser : et. pour le savoir.il faut se recueillir, mettre son cœur dans l'indifférence et l'examiner devant Dieu. Si elle est nécessaire, comme serait la confession de cette personne: ou si elle est vraiment utile, comme serait la direction que demande l'état de cette personne, on la recevra, mais seulement autant et de la façon qu'il sera nécessaire ou utile. Alors toujours faudra-t-il veiller sur le cœur, résister au sentiment défectueux qui s'y trouve, et se refuser à la satisfaction qui pourra résulter de cette rencontre. La conduite à tenir sera à peu près la même, avec certaines modifications, dans toutes les circonstances de ce genre.

Règle de discernement pour reconnaître si les tendances de l'âme procèdent de la nature ou de la grâce.

Il reste une observation générale à faire sur les tendances de l'âme vers Dieu, pour connaître si elles

viennent réellement de la grâce intérieure, ou si elles sont des effets de la nature.

Toutes les fois qu'une tendance nous porte vers un objet avec une vue ou un motif surnaturels, si le mouvement intérieur est dans l'esprit ou dans l'imagination, tandis que le cœ.ur y reste indifférent, surtout si le mouvement est vif. entraînant ou enthousiaste, généralement la grâce n'y est pour rien ou pour peu de chose, et la nature y est pour beaucoup ; et dans ces cas d'entraînement, de vivacité ou d'enthousiasme, on peut croire presque toujours que l'orgueil joue un grand rôle. Quand le mouvement vient de la grâce, celle-ci éclaire bien et réjouit même l'esprit; mais son principal effort porte sur le cœur. C'est là, dans le cœur, que se fait l'impression la plus forte. La grâce lui donne l'inclination, selon la mesure de la lumière portée dans l'esprit, et c'est dans le cœur que le mouvement reste permanent, beaucoup plus que ne reste la joie dans l'intelligence ; puis, continuant sa marche, elle donne à la volonté une impulsion énergique, selon la mesure et la nature de l'impression et de l'inclination donnée au cœur. Voici les raisons de cette règle.

D'abord, on voit souvent dans l'Écriture que la grâce de Dieu va au cœur. Par exemple : Ducam eam in solitiidinem, et ibi loqiiar ad cor ejus. FM, pfœbe cor tuiim mihi. Ensuite, la grâce divine se plie toujours à notre nature, qu'elle met sans cesse dans son étatjnormal ; et cet état normal est tel, que les objets sont perçus par l'esprit, inclinent notre cœur, et la volonté se décidant suit l'inclination du cœur.

Avantages que nous procure l'union pratique.

L'union pratique à Dieu dans les habitudes de la vie produit d'heureux effets pour nos âmes et nous procure des grâces, précieuses pour l'exercice de nos saintes fonctions.

i° Une àme ainsi unie à Dieu devient exempte peu à peu des erreurs de l'esprit propre, de l'influence des impressions naturelles sur ses jugements, et. par suite, des préventions et de la précipitation. Elle acquiert des lumières solides et pratiques, c'est-à-dire un certain tact dans les choses de Dieu pour sa propre direction et la direction des âmes, ainsi que pour celle des œuvres de Dieu qu'elle aura à accomplir. Elle juge exactement les personnes, les choses, cl les circonstances qui les environnent, selon les vues de Dieu : Homo spiritualis judieat omnia. Ce n'est pas cette lumière vive que Ton trouve dans une oraison fervente; mais on acquiert un sens pratique des choses divines, dont on apprécie la valeur et les nuances diverses par un sentiment, une vue intime et calme, provenait de la grâce divine, et qui est presque toujours à l'abri des erreurs de l'imagination.

2° Étant entièrement abandonnée à l'action de la grâce, laine" devient souple et flexible devant la sainte volonté de Dieu, que sa foi et son amour lui font voir en tout ce qui arrive. Elle est pleine de force et ne s'abat ni ne se décourage de rien. Indifférente pour les choses de ce inonde, rien ne l'émeut avec violence ; les événements fâcheux,

les ■contradictions, les souffrances* et les humiliations, la mort même, ne parviennent pas à jeter en elle la perturbation. Les sens ne laissent pas d'être affectés plus ou moins vivement par les impressions pénibles que produisent ces maux de la natuie, mais elle n'éprouve point d'émotion perturbatrice, elle reste calme, soumise et libre de ses facultés et de son action.

3° Elle jouit d'une paix profonde, qui est déjà un effet naturel du calme des passions, mais qui vient surtout de la vie de Dieu ; et cette paix donne à l'âme un bien-être surnaturel dont on ne peut se former une idée exacte, quand on ne le possède pas. Ce bien-être existe même au milieu des peines et des tribulations de tous genres ; il se rend souvent plus sensible dans ces états, parce que les souffrances, quelles qu'elles soient, contribuent à augmenter l'union à Dieu dans une àme parfaitement renoncée.

4° Ce qui est surtout remarquable, c'est que. au milieu des peines et des afflictions, l'âme ainsi disposée éprouve une plus grande sérénité d'esprit et de gaieté de cœur dans ses relations avec les créaturcs. Cette gaieté est douce, modérée et convenable, mais elle est réelle et plus suave que celle qui provient de la satisfaction de la nature ; la raison en est qu elle est l'effet de Faction intime de la grâce dans une âme, affligée, il se peut, dans le sentiment de la nature, mais humblement et affectueusement soumise et pleinement abandonnée à la sainte volonté de Dieu. Ce bien-être intérieur n'est nullement dérangé mais plutôt augmenté par le

froissement de ki nature ; il réside dans le plus intime de l'âme, et pour ainsi dire à la source et à la racine de sa vie ; tandis que celui qui provient de la satisfaction de la nature, quoique plus bruyant, parce qu'il affecte les sens et l'imagination, est plus superficiel et plus faible.

5° Enfin, une âme, ainsi unie à Dieu dans ses babitudes pratiques, reçoit avec abondance les grâces qui conviennent à son état et à sa position, avec les dons spéciaux du Saint-Esprit dans l'ordre de sa vocation, selon les desseins de Dieu sur elle. Car Dieu donne toujours les grâces d'étal, découlant du sacrement que nous recevons ; et en nous appelant à un ordre de cboses spécial pour sa gloire, il nous destine des dons particuliers, dans la mesure de ses desseins sur nous. Ceci est conforme à son infinie sagesse, qui, ayant choisi un instrument incapable et le destinant à travailler à sa gloire, doit lui donner ce qui le rendra apte à l'exécution de ses desseins de miséricorde.

Conclusion.

Ignem veni mittere in terrain. Voulant produire cet incendie sur terre, Dieu mettra nécessairement des torches ardentes entre les mains de ceux qu'il charge de l'allumer.

Pourquoi donc y a-t-il si peu de ces divins incendiaires ? C'est qu'il y a peu de Saints, peu d'âmes unies à Dieu dans les habitudes pratiques de leur

vie; leurs torches sont condamnées à rester presque éteintes ; elles produisent tout au plus le feu d'une allumette ! C'est-à-dire que ceux qui sont choisis pour être les hommes de Dieu, les Apôtres de Jésus- Christ, restant amateurs d'eux-mêmes, hommes de la terre, obéissant à leur orgueil, à leurs sens, à leurs faiblesses, à leurs défauts, la grâce sanctifiante reçue clans le sacerdoce ne se développe pas en eux ; les dons du Saint-Esprit leur sont refusés ; les desseins de Dieu sont arrêtés ; les peuples restent dans les ténèbres et l'esclavage; les démons se réjouissent ; Notre-Seigneur Jésus-Christ et la sainte Église sont dans la douleur.

Quel bonheur, au contraire, ce serait pour les pauvres âmes qui nous sont confiées, si nos missionnaires étaient ainsi unis à Dieu ! Elles ne résisteraient pas longtemps aux efforts de la grâce.

Ah ! mes bien-aimés Confrères, qu'il est clone urgent que vous parveniez à cette sainte vie de Notre-Seigneur ! Ayons pitié de ces pauvres âmes ! Pitié de Jésus crucifié, qui s'est sacrifié pour elles et pour nous ! Pitié du Cœur de notre bonne Mère qui a tant soupiré pour que nous soyons saints, afin de sauver des âmes à son Fils !

Pourquoi et jusques à quand notre mauvaise nature inspirera-t-elle nos actes, vivra-t-elle dans nos habitudes, tandis que la grâce de Jésus, couverte sans cesse de nos cendres et parfois de notre fumier, devrait, elle seule, vivifier nos âmes, nous unir à Dieu, nous attirer la surabondance de ses dons et nous lancer ainsi à la poursuite du démon pour détruire son empire? Le laisserons-nous donc tou-

jours dominer dans son règne immonde, pour ne pas cesser de vivre de notre vie si faible et si misérable? Non, mon Dieu ! Non, cela ne se peut pas. Venez. Seigneur Jésus, venez, relevez vos serviteurs, et vivez en eux !

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