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DIFFÉRENTES ESPECES D'ORAISON

Oraisons de méditation, d'affection et de contemplation.

Nous pouvons appliquer notre âme à Dieu dans l'oraison en différentes manières.

La première est la méditation. Dans la méditation, l'âme, pleine du désir de sa sanctification, se propose une vérité surnaturelle qui tend à la perfectionner; elle raisonne avec esprit de foi sur cette vérité, pour en tirer une conclusion pratique et applicable à ses besoins; elle cherche à se convaincre de cette conclusion; elle prend des résolutions selon sa conviction, et, animant toute l'action de son esprit par un sentiment pieux, elle accompagne tout le détail de ses raisonnements d'actes de désir, de religion, d'amour, de confiance et d'humilité. Voilà la méditation.

La deuxième est Y affection. L'âme, impressionnée par la considération d'une vérité surnaturelle, s'affectionne à cette vérité, s'attache à Dieu par un sentiment du cœur plus ou moins ardent, et produit des actes d'amour et d'autres vertus.

Dans la méditation, le raisonnement domine , seulement il est accompagné, plus ou moins, d'un sentiment affectif et pieux. Dans l'affection, l'âme n'a

pas le temps de raisonner et de tirer une conclusion, elle ne fait que considérer ; aussitôt elle est impressionnée par le sentiment du cœur, et la conviction est de suite établie.

La méditation s'exerce ordinairement sur les vérités morales plus ou moins abstraites, selon le plus ou le moins de sentiments affectifs mêlés dans l'oraison; cependant elle les considère toujours pieusement, et tend à la conviction pratique, adaptant la vérité ou la manière de l'exploiter à ses besoins et finissant par une conclusion applicable à sa position.

L'oraison affective n'aime pas à méditer les vérités abstraites; elle se porte de préférence vers celles qui excitent le sentiment du cœur, pour les considérer dune manière affective; elle aime surtout, au moins généralement, les mystères, parce qu'elle en est impressionnée plus vivement.

La troisième sorte d'oraison est la contemplation. Les puissances de l'âme sont ici fixées en Dieu, soit par une simple présence pleine d'adhésion à la divinité, soit par la considération d'un de ses attributs, d'une de ses perfections; ou bien en Notre- Seisneur Jésus-Christ considéré dans ses mystères, dans ses actions, ou même dans ses paroles. L'acte par lequel l'âme considère Dieu ou Notre-Seigneur Jésus-Christ par la foi, adhère et s'attache à lui par la charité, est un acte simple, fixe et unitif.

Dans les deux premières oraisons, il y a activité, et par conséquent multiplicité d'actes : d'une part, de l'esprit par le raisonnement; de l'autre, du cœur par

les affections. Dans la troisième, il y a immobilité, dans un acte unique et persévérant, renfermant en lui seul, d'une manière plus intense et plus complète, et dans un degré plus parfait, les actes multipliés des vertus exprimées dans les deux autres.

Dans l'oraison contemplative, rame s'attache directement à Dieu ou à Notre-Seigneur Jésus-Christ plutôt qu'aux vérités de Dieu; elle voit ces vérités en Dieu et y adhère en adhérant à Dieu.

Dans les deux autres oraisons, l'âme considère directement les vérités de Dieu plutôt que Dieu, ou Notre-Seigneur Jésus-Christ; elle voit Dieu dans ces vérités et adhère à Dieu en adhérant à ces vérités.

Exemple. Le sujet de l'oraison est, je suppose, Jésus humilié dans une des circonstances de sa Passion. L'âme méditative se dit à elle-même : « Jésus- Christ méritait toute gloire, il pouvait éviter l'humiliation, il a voulu la souffrir pour moi, pour racheter mon orgueil, et pour m'apprendre à être humble; il faut donc que je sois humble, et que je le sois surtout dans telle et telle circonstance. »

L'âme affective considère cette humiliation de Jésus et en est profondément émue et touchée. Elle se dit : « Comment le roi de gloire a-t-il pu se soumettre à cette profonde humiliation de la part de ses créatures, et de ses créatures si misérables ! » Elle est encore plus vivement impressionnée à la pensée que c'est pour elle qu'il a daigné souffrir cette humiliation ; elle entre dans l'indignation contre elle-même, quand elle songe que c'est son orgueil qui est la cause de l'humiliation de son divin Sau-

veur; elle s'épuise en toutes sortes de sentiments de reconnaissance, d'amour, de compassion, d'humiliation, de désir, à la vue de la bonté ineffable de Jésus pour elle, la plus misérable des créatures, et elle se promet bien de combattre son orgueil. En tous ces sentiments, cette activité affective de l'âme se porte plutôt vers l'humiliation de Jésus que vers Jésus lui-même, quoiqu'elle lui adresse la parole, établisse un colloque avec lui ou embrasse ses pieds, etc. , car, dans tous ces mouvements qui la portent directement à Jésus lui-même, elle est fixée sur l'idée de cette humiliation de Jésus et des pensées qui s'y attachent, et non en Jésus; elle voit Jésus dans son humiliation pour elle, et elle en est remplie d'amour. L'âme contemplative, elle, est toute fixée ou absorbée en Jésus humilié pour elle. Les mêmes idées qui font l'objet du raisonnement et de la conviction dans la méditation, ou qui pénètrent et préoccupent les sentiments du cœur dans l'oraison d'affection, ont pour effet direct de fixer davantage l'âme contemplative à Jésus humilié; et si elles produisent en elle un sentiment affectif, ce sentiment, loin d'attirer à soi son attention et de produire en elle cette activité, ne fait que la rendre plus immobile, plus attachée à Jésus et plus absorbée en lui.

Lne autre différence existe encore.

Tout l'effort de l'oraison de méditation se fait dans l'esprit : il faut avoir soin de l'animer de la foi et de l'humecter, pour ainsi dire, le plus possible, par l'affection de la charité.

L'oraison affective porte tout son effort sur le

cœur : il faut la nourrir par une grande générosité de mortification et d'abnégation.

La contemplation affecte également toutes les puissances de l'âme, quoique, dans les uns ce soit la foi, et dans les autres la charité qui domine.

Dans la méditation, toute l'action de l'âme se fait pour établir la conviction, et par elle l'amour des vertus à pratiquer.

Dans l'oraison d'affection, la conviction existe et la résolution pratique aussi ; il ne s'agit que de savourer les vérités par l'affection du cœur, et par ce moyen on fixe davantage cette résolution, on la spécialise dans une foule de détails dans lesquels elle n'est pas encore assez consolidée. L'âme, agissant encore par les sens ou les passions dans le bien qu'elle fait, a besoin, en effet, que ses sens soient purifiés et dégagés des affections et sentiments naturels. Or, ces affections de l'oraison l'élevant à Dieu par le moyen des sentiments, produisent ces effets, rendent les résolutions plus énergiques et plus appliquées à certains détails pratiques, sur lesquels elle est fixée par les considérations qui la touchent.

Dans la contemplation, l'âme, attachée à Dieu et à Notre-Seigneur Jésus-Christ par le sentiment le plus intime, possède en lui la conviction des vérités et des vertus. Etant pénétrée du sentiment puisé dans son union à Dieu, elle embrasse avec force et avec calme ces vertus qu'elle considère en lui.

L'oraison du missionnaire.

Enfin, il me reste à vous parler d'une quatrième manière de faire votre oraison, et c'est, il me semble, la plus importante pour nous; car c'est, en général, cette manière d'être qui est spéciale aux hommes appelés à l'action, et surtout à nous en particulier, quoique avec quelques exceptions. Les motifs de mon observation sont que les trois différentes oraisons dont je viens de parler demandent une grande facilité de récollection, l'absence de tiraillements ou de préoccupations d'esprit, et un sentiment affectif dans le cœur, au moins jusqu'à un certain point : toutes choses difficiles à concilier avec l'activité nécessaire à un missionnaire.

Celui-ci a et doit avoir un certain fond de recueillement, mais il éprouve ordinairement des difficultés pour arriver à la récollection entière ; son cœur est plein de cette charité de Dieu, de cette charité forte qui le sacrifie sans cesse à Dieu, et qui le fait travailler continuellement à la perfection, mais cet amour est dépourvu ordinairement de cette sensibilité affective qui facilite l'oraison, faite de la manière dont nous avons parlé. Il est impossible, au moins il est rare, que son esprit soit débarrassé de ces tiraillements et préoccupations que lui donne la multiplicité des choses et des rapports qui l'occupent tout le long du jour. Il ne s'en trouble ni ne s'en agite, son âme reste fermement attachée à Dieu, il fait chaque chose en son temps et selon la mesure de ses forces, il se maintient dans le calme de l'es-

prit et la paix du (fceur ; mais il n'est pas moins vrai que cette occupation continuelle, embrassée par lui avec l'intérêt qu'elle mérite, sans cependant dépasser les limites qu'elle doit atteindre, devient un obstacle à l'application sensible qu'exigent ces manières de faire oraison. Nous avons, de plus, les chaleurs du climat, les fatigues du saint ministère et l'affaiblissement de notre physique, qui pèsent sur nos organes, les affaissent et, par là, causent une certaine sécheresse et empêchent l'application nécessaire.

Notre oraison doit être cependant, dans le fond, la même que celle dont je viens de faire la description, moins la jouissance qu'on y trouve et le compte favorable qu'on peut se rendre d'avoir bien fait.

Elle doit être la même. En entrant en oraison, nous devons nous proposer la même chose : nous unir à Dieu, en nous donnant tout à lui sans mesure ni restriction ; ne nous attendre à aucune jouissance sensible et être bien décidés à rester ainsi disposés et fidèles à la grâce par la vue pure de plaire à Dieu. Ainsi résolu et disposé, on commence par se recueillir soit par la simple vue de Dieu, en le considérant présent en soi, ou en se considérant présent devant lui, soit par la vue de Notre- Seigneur Jésus-Christ dans un de ses mystères ou dans une de ses actions, ou par la vue d'un des sentiments, d'une des dispositions ou des vertus de Jésus ou de Marie. On se maintient dans ce recueillement, en renouvelant ou en variant la vue selon les dispositions du moment, soit par la pensée d'une

grande et frappante vérité, soit par la considération d'une vertu, d'un vice ou d'un défaut, d'un passage de la sainte Écriture, ou de sa propre misère; dans ce cas, réitérer l'idée qui a lait du bien, et élancer quelques bons désirs vers Dieu.

L'heure passée ainsi devant Dieu, quoique avec sécheresse et distraction, obtient tout le but qu'on se propose.

i° L'âme s'exerce dans l'union à Dieu, puisqu'elle ne fait, pendant tout ce temps, que tendre vers lui par la foi, l'espérance et la charité ; elle ne formule pas les actes de ces vertus d'une manière sensible, mais elle les pratique d'une manière virtuelle par une tendance continue vers Dieu. Étant fidèle à faire cette oraison, elle augmente son état surnaturel et en acquiert l'habitude. Et l'expression de ces vertus est d'autant plus pure, qu'elle éprouve moins de jouissance ou qu'elle n'en éprouve point du tout pendant son oraison.

2° Elle perfectionne les actes ordinaires de sa vie par les vertus qu'elle pratique dans ses relations avec Dieu, avec les créatures et avec elle-même. Quoiqu'il y ait absence de sensibilité et d'application de l'esprit aux détails de ces vertus, on peut être assuré que la conviction s'établit solidement dans l'âme, qui acquiert en outre une force toute spéciale pour l'action. Déplus, le sentiment surnaturel se fortifiant et augmentant, il produira, sans même qu'on s'en aperçoive, le fond et le perfectionnement des vertus.

3° Enfin, l'âme y est éclairée sur les défauts et les vices qui s'opposent à son union à Dieu. Cette lu-

mière n'a pas la vivacité et la clarté qui résultent d'une oraison où la sensibilité est affectée; c'est une connaissance expérimentale et pratique que l'âme acquiert. Si elle est fidèle, elle obtiendra de grandes grâces pour se vaincre, et plus elle sera fidèle à vaincre et à surmonter ses vices et ses défauts, plus elle perfectionnera son oraison.

Conditions nécessaires pour que cette oraison soit bonne et profitable.

Mais pour que l'oraison, ainsi faite, obtienne véritablement les résultats que Dieu demande, et pour qu'elle ne devienne pas une illusion, il faut se donner sérieusement à l'abnégation de soi-même. L'abnégation est la base de tout l'édifice spirituel du missionnaire et du religieux ; c'est en elle qu'est renfermée toute l'espérance des âmes, aussi bien que le progrès de la vie religieuse ! L'oraison est une des principales colonnes sur lesquelles repose cet édifice; si la base est solide, la colonne reste debout; si la base manque, la colonne croule, et l'édifice avec elle. L'oraison, à son tour, prêtera un secours puissant à l'abnégation et la consolidera davantage.

Une fois que vous aurez pris la résolution ferme et persévérante de pratiquer l'abnégation, si vous voulez bien faire votre oraison, ne la jugez pas, mais soumettez-vous en paix à ce qui vous manque, et livrez-vous y avec une volonté décidée et cons-

tante. Il vous arrivera souvent que, privés de sentiments, livrés à des distractions, et parfois même à des dégoûts, vous serez tentés de juger votre oraison d'après ce que vous sentez, et vous la regarderez comme nulle; ce serait un défaut très grave et une dangereuse tentation.

La source de ce jugement serait, le plus souvent, dans l'amour-propre et dans le désir de trouver quelques jouissances dans cet exercice, quelquefois dans une certaine faiblesse dans le service de Dieu. On se décourage alors facilement, l'on se persuade qu'on ne sait pas faire oraison, et que celle qu'on fait nen est pas une. En ce cas, on s'autorise plus volontiers à se laisser aller aux distractions et à la nonchalance. C'est pour cette raison aussi que cette tentation est dangereuse, car, au bout de peu de temps, la nonchalance dominera et il arrivera qu'on ne fera plus oraison, parce qu'on croira qu'on n'en fait pas. Le dégoût augmentera, parfois même naîtra le découragement, et on sera tenté, sinon de tout abandonner, au moins de diminuer le temps de l'oraison toutes les fois qu'on le pourra, et même de l'omettre tout à fait quand on en aura l'occasion.

Nous avons besoin d'y aller franchement, généreusement, sans trop examiner si ce que nous faisons est parfait ; faisons ce qui dépend de nous, et abandonnons le reste à Dieu et à sa sainte grâce. Plus notre oraison est dépourvue de sensibilité, plus nous avons besoin de courage et de persévérance. Ce courage et cette persévérance deviendront pour nous une garantie assurée de la bonté de

notre oraison et du fruit de sanctification qui y est attaché.

Cependant il est bon, important même, de nous précautionner contre l'illusion et le relâchement. Il est facile de passer de l'absence de la sensibilité à l'insouciance, de l'impossibilité de s'appliquer à la paresse et à la nonchalance, du repos de l'âme qui évite la contention à l'assoupissement et à l'inaction. On pourrait s'illusionner en se contentant d'une application vague des règles générales de l'oraison. On se dira que l'âme dépourvue du secours de la sensibilité s'élève à Dieu par la foi et la charité pures et simplifiées, et, se reposant sur cela, on se fera une illusion nuisible. Il faut éviter à la fois la vaine sécurité et l'inquiète incertitude, et prendre tous les moyens pour fortifier son oraison.

Il y a d'abord un moyen assuré de rendre l'oraison ainsi faite, bonne, sainte et profitable ; c'est de vivre tout le long du jour dans l'union pratique avec Dieu, non seulement par l'accomplissement de ses saints devoirs, et avec l'esprit dans lequel ils doivent être accomplis, mais encore par l'exercice d'une douce et paisible vigilance sur soi-même, pour résister aux impressions de la nature, et surtout de la mauvaise nature, et agir en tout conformément au bon plaisir de Dieu, par un esprit de foi et d'amour. Notre oraison nous servira puissamment à rendre ainsi toute notre vie sainte et agréable à Dieu.

De plus, ayons dans la journée des retours vers Dieu le plus fréquemment possible; que ces retours soient animés du désir sincère et de la volonté

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ferme de vivre pour lui seul et de faire toujours son bon plaisir aux dépens de toute satisfaction propre.

En outre, ne soyons pas répandus hors de nousmêmes ; évitons la légèreté d'esprit, les amusements frivoles, les habitudes de curiosité, les irritations, la mauvaise humeur, la négligence, la mollesse et l'oisiveté.

Quoique nous ne soyons pas capables de préparer notre oraison, il est bon cependant de prévoir un sujet quelconque et de quelque manière que ce soit, chacun selon son goût et ses idées. Il faut ensuite observer ce qui est généralement prescrit pendant le grand silence : d'abord observer ce silence, ne pas s'occuper pendant ce temps d'objets capables de distraire de l'oraison, comme études ou lectures de livres curieux, etc., et conserver son àme dans la paix.

Pendant son oraison, éviter la mollesse et les impatiences contre soi, ramener doucement son àme à l'objet qui l'occupe, produire des actes surnaturels et abandonner le tout à Jésus et à Marie, avec une entière confiance.

Ce qui est dit pour l'oraison du matin doit être appliqué à la visite du Saint-Sacrement, ainsi 'qu'à la préparation et à l'action de grâce avant et après la sainte Messe. Le sujet peut varier, mais la tendance de l'âme doit être la même, et aussi la manière de se diriger vers Dieu.

Si nous sommes fidèles à faire ainsi notre oraison et nos différents exercices, avec ce soin, cette paix et cette confiance, il est impossible que notre âme n'avance pas dans la véritable sainteté.

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