‹ Directoire spirituel, ou, InstructionsChapitre 21 sur 69 · DEFAUTS A EVITER · texte numérisé non relu

DEFAUTS A EVITER

Ne pas compter sur soi-même, mais sur Dieu.

La vue de nos misères et de nos faiblesses ne doit pas nous décourager et nous rebuter; mais elle doit nous porter à mettre toute notre confiance en Dieu et à ne compter que sur sa grâce. C'est ce que le Vénérable Père rappelait au P. Briot, le 10 août i843, alors que celui-ci, encore séminariste, se disposait à entrer dans la Congrégation.

Malgré toutes vos misères, vous devez être en repos et plein de confiance en notre bonne Mère, qui vous soutiendra. Celui qui des pierres ellesmêmes suscite des enfants à Abraham, saura aussi, dans le Cœur de notre sainte Mère, tirer un missionnaire d'un pauvre homme tel que vous.

Si c'eût été moi qui eusse dû faire de vous quelque chose, jamais je n'aurais voulu m'en charger, fussiez-vous l'homme le plus accompli de la terre. Nous sommes tous un tas de pauvres gens réunis par la divine volonté du Maître, qui seul est notre espérance. Si nous avions des moyens puissants en mains, nous ne ferions pas grand' chose de bon ; mais attendu que nous ne sommes rien, que nous n'avons rien et ne valons rien, nous pouvons former de grands projets, parce que nos espérances ne

sont pas fondées sur nous, mais sur Celui qui est tout-puissant.

Ne vous tracassez donc pas de vos faiblesses et de votre pauvreté ; c'est en cet état de misère que la puissance et la miséricorde de Jésus doivent se manifester ; et alors toute la gloire en sera pour lui seul, et la hache ne s'élèvera pas au-dessus de celui qui la manie.

L' énumération de vos défauts ne m'effraie point du tout; il n'y a, en tout cela, rien qui soit un obstacle réel au cours des grâces divines que notre bon Maître destine à nos pauvres âmes délaissées. Bon courage donc, bonne confiance ! N'agissez pas comme Moïse, qui, se voyant incapable de sa grande mission, fit trop d'instances auprès de Dieu, et eut trop peur. Sachez qu'il ne faut qu'une chose aux âmes pauvres et faibles : c'est de se tenir devant Dieu comme mortes, et de le laisser agir selon son bon plaisir. Retenez ces paroles de saint Paul : « Dieu a choisi ce qui n'était pas, pour détruire ce qui est. — Cum infirmor, tune potens sum ; quand je me sens faiblir, c'est alors que je suis puissant », par la confiance en Celui qui est ma force. Il sera ma force s'il me trouve trop faible. Il le faut bien, puisqu'il est souverainement sage. Or, il use d'un instrument incapable par lui-même de servir à l'œuvre pour laquelle il l'emploie . il faut donc qu'il y mette du sien.

Oh ! que vous êtes heureux, cher frère, d'être obligé de vous vider de vous-même, pour être dans une dépendance parfaite de Celui qui vous envoie !

Ne vous étonnez pas des mouvements d'orgueil que vous sentez ; ces mouvements ne sont pas raisonnés ; l'orgueil est toujours contre la raison. Il faut mépriser ces sentiments, les rejeter sans s'en inquiéter. Tâchez de rester en repos au milieu de vos misères, vous tenant, humble et pauvre, à la disposition du divin Maître, mais dans la paix et la douceur, attendant tout de lui et rien de

vous.

Notre- Seigneur vous a donné de grandes grâces, il vous en donnera encore bien d'autres ; c'est à vous à vous dévouer maintenant tout entier pour lui seul, à son service et à sa gloire. Soyez toujours tranquille et^paisible devant lui ; c'est à lui de tout faire, et à vous de vous tenir à sa disposition, dans la paix, la douceur, l'humilité, la pleine confiance dans ses miséricordes et dans les bontés incompréhensibles du très saint Cœur de Marie.

Ne pas s'impatienter et se raidir contre ses défauts.

L'un des disciples les plus chers du Vénérable Père, le P. Collin, était, dans les débuts de sa vie de missionnaire, sujet à de grandes peines intérieures. Il était notamment porté à se troubler et à se décourager à cause des défauts qu'il remarquait en lui-même. Le Vénérable Père lui rappelle, dans une lettre du printemps i8'j3, comment on doit se comporter vis-à-vis de ses défauts.

Regardez-vous toujours comme un pauvre homme devant Dieu. Donc, ne vous étonnez pas de corn-

mettre des fautes, ne vous en peinez jamais contre vous-même, mais tenez-vous pauvrement, humblement et très doucement devant Notre-Seigneur, dans la vue de vos misères. Ne vous pressez pas tant d'en sortir; consentez à y être assujetti tant qu'il plaira à Dieu de vous y laisser. Tenez-vous ainsi en repos et en soumission parfaite au divin bon plaisir de Dieu, non seulement pour ce qu'il veut, mais encore pour ce qu'il permet.

N'ayez pas d'estime pour vous-même, pour votre talent, votre science, etc. Ne soyez pas confiant dans vos lumières. C'était là, je crois, la cause de la tentation que vous avez éprouvée dans ces derniers temps. Gela a pu provenir de ce que, cette année-ci, votre esprit s'est un peu mieux développé que précédemment, et qu'une certaine satisfaction et complaisance a pu se glisser dans votre àme. Cette complaisance a pu, de son côté, devenir la source d'une certaine tendance vers la présomption. Celleci s'est communiquée aussi un peu à la volonté, qui est devenue plus raide et plus tenace. Ce que vous avez à faire, c'est de ne pas vous tourmenter de voir en vous ces mauvaises tendances et ces tentations. Mettez-vous dans la paix et dans l'humilité d'esprit et de cœur, vous reconnaissant bien pauvre et bien misérable devant Notre-Seigneur ; tendez doucement et suavement vers le bien et vers la correction de vos défauts.

Une chose qu'il faut bien reconnaître, c'est qu'un travail très long est nécessaire pour venir à bout de ses défauts, surtout quand l'orgueil y est pour quelque chose. Si vous vous mécontentez, si vous

vous découragez, si vous vous raidissez contre vousmême et contre ces défauts, qu'est-ce que vous y gagnerez ? Ces dispositions viendraient de l'amourpropre même et de cette raideur de la volonté. 11 faut supporter ces défauts, en attendant que vous en soyez débarrassé.

Il se présentera à votre esprit une foule de raisons qui vous exciteront à vous raidir contre vousmême, à vous agiter, etc. De tels motifs viennent de l' amour-propre, et ne prouvent point du tout qu'il ne faille pas supporter ses défauts avec patience, douceur, paix et humilité ; bien au contraire.

Vous direz, par exemple : « Ces choses sont désagréables à Notre-Scigneur, m'empêchent de parvenir à la perfection de mon état, sont un obstacle au bien que je pourrais faire, arrêtent les grâces de Dieu, etc. ; donc, et c'est là la conclusion directe, il faut tacher de prendre les meilleurs moyens pour vaincre ces défauts, etc. »

Mais, mon très cher, les meilleurs moyens précisément sont sans contredit de se soumettre avec paix, avec douceur, avec humilité, à la peine qu'on éprouve d'être si défectueux, de rester aux pieds de notre bon Maître, et de placer toute sa confiance en lui. En allant ainsi, en s'adoucissant, en se fortifiant par la confiance en Jésus et en Marie, et en s'humiliant paisiblement et doucement devant Dieu, dans la vue de ses misères, on avance infiniment plus que par toute autre voie. Vous avez bien observé, du reste, que toutes les fois que vous preniez ces mesures, vous étiez maître de vous-même.

Quand vous apercevrez un de vos défauts, ne raisonnez pas. mais mettez-vous tout de suite dans la main de Dieu, avec l'humilité, la douceur, la paix, l'abandon dont je viens de vous parler, Evitez surtout de vous livrer à la recherche des raisons extrinsèques, ce qui serait pour le moins inutile, comme, par exemple, celle dont vous me parliez, que vous avez été ordonné prêtre trop tôt, que vous auriez dû rester encore au noviciat. Suppose même que tout cela fût vrai, — et je vous dis en vérité que tout cela est faux, — c'est comme si vous alliez regretter qu'Adam ait commis le péché originel, qui est la cause de tout le mal. Livrez- vous entre les mains de Dieu, et abandonnez-vous à son divin bon plaisir. 11 ne faut pas être content seulement des choses qu'il fait, mais même de ce qu'il permet. Vous devez vous humilier du mal qui est en vous et de votre pauvreté, mais en vous soumettant avec paix à la divine volonté, qui permet encore ce mal, et en mettant toute votre confiance en la bonté de Dieu, qui ne vous laissera pas toujours en cet état.

Ces sages avis ramenaient la sérénité dans l'àme du P. Collin, mais pour quelque temps seulement, et le Vénérable Père dut reprendre souvent son rôle de consolateur. Le 29 janvier 1845, il écrivait au jeune missionnaire :

Mon bien cher frère,

La lecture de votre dernière lettre m'a touché jusqu'au fond de l'âme.

J'aurai un conseil général à vous donner : habituez-vous un peu à vivre en paix avec votre ennemi. Je m'explique : Vous avez un caractère fâcheux, un naturel qui vous tourmente ; ne vous mettez pas dans la tête qu'il faut absolument en être débarrassé ; mais persuadez-vous que la volonté divine est que vous viviez avec cet ennemi. Soumettez-vous avec paix à cette divine volonté. Supportez- vous avec patience et avec douceur. N'excitez pas votre àmc à la tristesse, à la peine, au dépit, etc.

Quand votre ennemi aura montré le bout de l'oreille, ou même la tête entière ; quand il vous sera échappé quelque acte de raideur, de dureté, humiliez-vous, tâchez de vous calmer, d'oublier le tout pour vous remettre en paix. Soyez bien convaincu que ces mouvements de raideur et de dureté ne sont pas aussi coupables que vous le pensez. Cette raideur est en vous malgré vous. Le mouvement part avant que vous ayez eu le temps de faire un acte de la volonté pour vous y opposer. Une fois que votre intérieur est en vibration, il faut du temps pour le remettre en repos, et tous vos efforts ne ser- , vent à rien. Vous n'avez rien autre chose à faire, dans ces moments, que de vous tenir humblement soumis à la divine volonté, qui permet que vous restiez encore dans cet état. Vous pouvez être assuré, mon très cher enfant, que si vous vous soumettez humblement à la divine volonté, qui vous laisse ainsi gémir sous le poids de vos imperfections ; si vous joignez à cela la paix et la confiance dans les bontés de Jésus, vous pouvez compter que ce bon Maître sera content de vous.

Oh ! quelle joie vous m'avez causée, en me proposant la comparaison entre notre divin Maître et moi ! Oh ! oui, bien certainement, quand, au bout de huit jours, vous reveniez avec toutes ces fautes qui vous avaient échappé, mon cœur était plein de tendresse pour vous, et toutes ces fautes ne me choquaient pas le moins du monde. Je savais que ce n'étaient que des échappées, des fragilités qui excitaient votre volonté à être toute à Dieu. A combien plus forte raison, le divin amour de Jésus pour votre âme doit-il être attendri et, s'il était possible, augmenté pour vous ! Il sait bien mieux que qui que ce soit l'extrême faiblesse de nos âmes. Soyez donc content, mon cher, et assuré que votre âme est agréable à Jésus. Ne vous tourmentez pas, vous ne contristez pas son divin Cœur ; au moins cela est bien plus rare que vous ne pensez, parce que, le plus souvent, votre volonté ne participe pas à la méchanceté de votre chair ; et si elle y participe, ce n'est le plus souvent que par surprise. Que faire ? Vous avez une nature bien mauvaise : il faut vivre en paix et en humble soumission à Dieu par rapport à cela. Vous voulez être à Dieu, vous l'êtes et vous le serez encore davantage plus tard. Ranimez toujours votre courage, travaillez, sacrifiez-vous pour la gloire du Maître.

Ne soyez pas mécontent de votre sort ; l'imperfection de votre nature est compensée par de grandes grâces intérieures que vous n'apercevez pas, grâces qui produisent leurs fruits malgré la méchanceté de votre caractère. Cette méchanceté vous servira pour vous tenir pauvre et petit aux pieds de Notre-Seigneur. Ce sera comme le fumier qu'on met

sur les plantes, sur les semailles, afin de leur faire produire davantage.

Vous avez grand tort de penser que ces remords dont vous parlez sont des reproches que Notre- Seigneur vous fait. Oh ! non, mon bien cher frère ; Jésus ne parle pas si durement à votre âme, il l'aime trop. A la raideur et à la dureté de ce reproche, vous reconnaîtrez la voix rauque de votre méchante nature. Je vous en supplie, pour l'amour de Dieu, n'écoutez jamais ce prétendu reproche. Hardiment et sans crainte, méprisez cette voix, détournez-en votre esprit ; je prends sur moi tout le mal qui en résultera, j'en veux répondre à Dieu, moi seul. Ne prenez pas la voix du loup pour celle de l'agneau. Soyez certain que ces reproches ne sont pas des remords ni des inspirations du Saint-Esprit ; je vous le garantis en toute assurance. En voici la preuve : i° Gomme je viens de le dire, ces cris intérieurs sont en parfait accord avec votre naturel; i° lis ne vous porteront jamais le courage dans l'âme, et vous ne serez jamais ou presque jamais capable de les suivre ; 3° Ces mouvements ne font pas tendre à Dieu ; ils vous préoccupent de vous-même et de toutes sortes de choses, et montent votre imagination. La voix du bon Maître, au contraire, est douce et pacifique ; elle donne le courage d'accomplir ce qu'elle inspire, et porte l'âme à Dieu.

Vous prenez votre état pour une punition ; c'est une très grande erreur. Ne raisonnez pas là-dessus; contentez-vous d'être à Dieu et de vous sacrifier à sa gloire ; supportez vos misères comme je viens de le dire et conservez votre âme dans la paix.

Je vous le répète : Notre-Seigneur doit être le

directeur de votre âme ; et ceci n'est pas seulement pour vous, c'est pour tout homme apostolique. Consultez cependant M. Le Vavasseur sur votre intérieur. Ne le faites pas pour être consolé, vous ne devez pas chercher des consolations, mais vous sacrifier au divin Maître; consultez pour ne pas agir par présomption et pour conserver la simplicité.

Il faut que je revienne sur ce que j'ai déjà dit. Ne me parlez pas de biaiser votre caractère, la dureté de votre caractère ; on ne brise pas le fer, on l'amollit dans le feu. La marche que je vous ai tracée est la seule à suivre : elle amollit, adoucit la raideur, autant que le bon Dieu le veut... Ne soyez pas trop pressé d'être débarrassé de votre défaut ; ne le désirez pas trop violemment ; n'y mettez pas trop d'ardeur ; cela vous serait plus nuisible qu'utile, et vous éloignerait de la paix, de l'humilité intérieure, de la soumission à la divine volonté et de la confiance en Dieu. Languissez doucement sous le poids de vos chaînes, mais patientez. Quand vous êtes seul avec Notre-Seigneur, ne vous reprochez rien, n'ayez pas de remords, détournez votre esprit de vos défauts, et donnez-vous en paix au divin amour, avec confiance, humilité et abandon. Encore une fois, ces reproches viennent de la nature, du genre de votre caractère, quelquefois même de l' amour-propre ; méprisez-les et parlez avec confiance à Notre-Seigneur, plutôt que de vous parler à vous-même avec aigreur, avec serrement de cœur. Si vous aviez maintenant à rendre compte à Dieu de votre état, vous ne seriez pas aussi malheureux que vous le pensez. Les imperfections grossières qui

sont en vous ne sont pas voulues, et, de plus, elles sont purifiées par la grâce intérieure plus que vous ne sauriez le croire.

Ne pas se décourager à cause de l'insuccès.

Au P. Clair, qui se laissait aller au découragement pour quelques insuccès, le Vénérable Père écrivait :

Mon très cher confrère, vous avez bien tort de vous décourager pour une misère qui vous arrive. Veillez sur vous-même, livrez-vous, non à vos défauts naturels, mais à l'Esprit de Dieu, et vous travaillerez avec fruit pour le salut des âmes. Vous avez mal réussi dans une ou plusieurs circonstances ; ce n'est pas une raison pour vous intimider. Il est certain que, retranchant vos défauts, vous serez apte au ministère des âmes ; c'est donc un devoir pour vous de les vaincre.

Il ne faut pas vous étonner s'il vous arrive des moments où vos défauts l'emportent. Nous devons patienter avec notre mauvaise nature, faire tout ce que nous pouvons pour la surmonter, mettre notre pleine confiance en Dieu et en Marie, et avec cette confiance nous relever quand nous aurons échoué, et recommencer sans cesse le combat jusqu'à ce que la victoire soit à nous.

Gardez- vous de vous déclarer nul, ne dites pas que vous êtes appelé à travailler dans un autre coin

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de la vigne que celui où le Père de famille vous a placé, mais faites ce qui dépend de vous pour vous rendre apte à faire du bien là où vous êtes par la sainte volonté de Dieu.

Vous manquez à Dieu par ces versatilités d'esprit. Dussiez-vous même rester toute votre vie sans rien faire pour sa gloire, vous ne devez pas avoir la pensée de retourner en arrière.

Soyez fidèle aux règles ordinaires, à l'obéissance, et vous trouverez la consolation de Dieu ; vous verrez de plus que vous vous corrigerez de vos défauts et vous ferez du bien. Exposez vos difficultés, au fur et à mesure qu'il s'en présente, à votre supérieur, et faites comme il vous dira. Vous agirez toujours d'une manière agréable à Dieu ; et que pouvonsnous désirer de plus?... (Lettre du 29 septembre i84;.)

Inconvénients et dangers de la sensibilité.

Le Vénérable Père prémunit le P. Blanpin contre son extrême sensibilité, en lui en signalant les inconvénients et les dangers.

Mon bien cher confrère, tout porte à croire que désormais votre vie sera traversée par des peines. La sensibilité, qui vous est naturelle, vous laissera toujours des tourments; mais cette sensibilité, si souvent et si facilement froissée, est une source de sainteté. Notre bonne Mère vous protégeant, je suis sur que vous en profiterez.

Souvenez-vous des conversations que nous avons eues à ce sujet. Cette sensibilité, si vive, portant à la tristesse et à l'irritation, serait très dangereuse chez tout autre que chez vous, qui êtes un enfant privilégié des tendresses de Marie, On joue ordinairement quitte ou double avec ce caractère ; il porte à la plus grande sainteté, et parfois il fait perdre tout. Ce qui fait son mal, c'est que. en cet état, les impressions viennent avant la raison et indépendamment de la raison ; et ces impressions sont violentes, sensibles, déchirantes ; elles portent à la tristesse, elles irritent non seulement contre l'objet qui les a excitées, mais donnent même une disposition très grande d'irritabilité ; de plus, elles font un effet très vif sur l'imagination, qui s'emporte et s'entraîne au-delà de toute expression.

Il y a là un grand mal ; le plus fâcheux est que l'excitation de la sensibilité irrite l'imagination, et l'imagination irritée augmente l'excitation de la sensibilité. Outre le déchirement et le mal moral qui se trouvent dans cet ensemble de complications, il en résulte encore un jugement précipité qui précède la raison, avec une exagération dans les appréciations contre les personnes et les choses; de là, de puissantes illusions.

Gomme l'amour-propre vit en nous tous, aussitôt que cette impression est faite, elle porte sur lui, l'éveille et l'excite; il se met alors de la partie, conduit et dirige toute l'émeute, achève de tout bouleverser et de rendre l'illusion plus grande, l'irritation plus raide et plus vive, et enfin, de cet ensemble, s'établissent des irritations chroniques, des

répugnances positives et des oppositions raisonnées et calculées. Voilà, mon ami bien-aimé, le portrait que je me fais quelquefois de ce qui se passe en vous, au moins en partie.

Pour tout autre j'aurais quelque inquiétude, parce que, s'il n'y a pas une grande fidélité à la grâce, cet état peut mener loin; mais Marie est avec vous, il est impossible que vous tombiez. Vous pouvez vous laisser aller à quelque infidélité passagère, mais sans suite et sans résultat... (Lettre du 22 octobre 18^7. )

Ne pas prendre ses peines trop à cœur.

Au P. Durand, missionnaire à Dakar, le Vénérable Père recommande de ne pas prendre ses peines trop à cœur, mais de maintenir son à me dans une douce égalité.

Vous avez passé des temps difficiles depuis que vous êtes à Dakar, mais je ne doute pas que la bénédiction de Dieu ne soit attachée à ces peines, qui vous sanctifieront et formeront votre caractère.

Avez du courage, profitez de tout pour votre avancement spirituel. Ne prenez jamais trop à cœur les peines et les contradictions, supportez-les avec calme, ne perdez pas la paix de l'âme, ne laissez pas surprendre votre esprit vif à ces entraînements et à ces préoccupations pénibles, à ces embrasements qui sont si souvent la suite d'une contradiction ou d'une humiliation de la part d'un supérieur ou d'un

confrère. L'irritation, parfois le mépris, les bouderies, les répugnances, les répulsions, souvent le découragement, sont la suite de ces embrasements pénibles de l'imagination.

Tachez donc d'être toujours maître de vousmême, d'avoir une humeur toujours égale, de vous humilier intérieurement devant Dieu quand on vous humilie devant les hommes, d'être content et soumis au bon plaisir de Dieu quand vous avez à souffrir ; c'est là le véritable bonheur pour vous.

Je suis convaincu que désormais votre cœur sera content. Appliquez-vous à l'étude de la théologie et des autres sciences ecclésiastiques, afin d'être prêt pour les ordinations.

Il est inutile que je réponde au détail des difficultés que vous me proposez dans vos lettres ; par le fait seul de l'élection de M^1 Bessieux au Vicariat apostolique, le plus grand nombre de vos difficultés se trouvent résolues.

Soyez bien tranquille et ne vous tracassez pas de tout ce que chacun pourra vous dire, par exemple que vous n'avez pas le droit de m'écrire et que vous n'aurez pas de réponse : c'est une chose complètement fausse. Ecrivez-moi au contraire, et toujours je vous répondrai avec bien du plaisir. Si je vous ai fait attendre par le passé, c'était pour la même raison qui a retardé ma réponse à tous.

Je n'ai pas douté un instant de tous les sentiments qui vous oppressaient lors de votre départ. Je connais votre extrême sensibilité.

Voilà ce que c'est que le monde : toujours des peines, toujours des séparations, Dieu seul nous

reste toujours. Heureux si nous pouvons nous sacrifier à sa gloire !

Soyez fidèle à la grâce du divin Maître, soyez plein de confiance en Marie, et vous serez sûr de servir Dieu selon son bon plaisir. Tâchez de conserver votre âme calme au milieu des émotions que vous éprouverez. Quand vous serez arrivé, vous ne manquerez pas de vous ennuyer un peu, peut-être beaucoup, car votre âme sensible ne s'arrête pas à moitié chemin, quand elle éprouve une impression quelconque. Profitez de tout pour votre avancement. Plus on est sensible, plus on souffre dans ce monde; mais aussi, en revanche, on avance à grands pas dans le chemin de la perfection, si on est fidèle.

Allons, du courage et de la persévérance, et tout ira selon le bon plaisir de Dieu et la sanctification de votre âme. Quand vous éprouverez quelque peine, quelque difficulté, vous avez là Msr Bessieux, qui est si bon pour vous. Suivez fidèlement tous les sages conseils qu'il vous donnera. (Lettre du 7 mars 1849.)

Défiance de soi-même.

Le 25 juin 1848, le P. Jérôme Schwindenhammer recevait les lignes suivantes : le Vénérable Père lui signale divers défauts dans lesquels il était exposé à tomber.

Défiez-vous de votre propre esprit, et ne soyez jamais tenace dans vos idées. Sachez les sacrifier

avec douceur et humilité quand vos confrères ne sont pas de votre avis. Tâchez d'acquérir la souplesse de l'esprit et de la volonté, et évitez la raideur et la ténacité. C'est ainsi que vous vous formerez solidement pour votre propre sanctification et pour le bien de votre ministère auprès des âmes. Songez que vous êtes jeune et sans expérience ; alors même que vous auriez raison contre vos confrères, vous devez penser qu'il y a plusieurs manières de faire le bien et d'obtenir le résultat désiré. Sans doute il en est qui valent mieux que d'autres, mais qu'importe qu'on emploie la meilleure ! Pourvu que l'on agisse selon Dieu, on est béni par lui, et c'est agir selon Dieu que de céder, à l'occasion, au sentiment d'autrui et de s'y soumettre

Ne jugez personne ni en bien ni en mal. Je dis bien, parce que, si vous faites attention pour juger en bien, vous conserverez l'habitude de juger en mal. Même une fois décidé à ne pas juger, à ne pas vous occuper de ce qui regarde les autres, il vous restera encore sur le prochain des impressions favorables ou défavorables. Vous ne serez pas de sitôt maître d'avoir ou de ne pas avoir ces impressions sous forme de jugements. Pas de difficulté si elles sont favorables ; mais quand elles sont défavorables, il y a à prendre des précautions pour les empêcher de se fixer. Par exemple : se distraire, doucement et sans contention, de l'objet qui les occasionne (le travail du ministère vous sera utile pour cela), s'humilier avec douceur et calme, modérer l'activité de l'imagination par rapport à l'objet, et peu à peu l'impression tombera.

Évitez de vous irriter contre vous-même ; traitezvous avec autant de douceur que les autres, vous encourageant et vous distrayant de vous-même. Conservez votre âme dans la paix aux dépens de tout. Soyez gai. ouvert, doux et agréable avec tout le monde ; qu'il n'y ait pour cela aucune acception de personne.

Habituez-vous peu à peu à avoir une humeur égale : qu'on vous trouve toujours le même en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance. Cette égalité dame est bien importante, elle exige la mort à soi-même, la victoire sur les sens et le calme de l'esprit.

Manque d'empire sur soi même dans les difficultés.

Le P. Thévaux, envoyé en Australie avec le P. Thiersé, s'était trouvé dans une situation extrêmement délicate et pénible. Jeune et ardent, il n'avait pas su toujours, malgré sa grande vertu, contenir en lui-même les impressions douloureuses de son âme. Le Vénérable Père lui signale les défectuosités qui se sont glissées dans sa conduite.

Mon bien cher confrère, j'ai reçu votre mémoire sur la position pénible où vous vous êtes trouvé ; vos lettres précédentes m'avaient déjà appris vos douleurs et vos privations. Vous ne sauriez croire combien mon âme était remplie d'angoisses, pendant tout ce temps où je vous voyais dans une position aussi affligeante et dans des souffrances aussi

grandes. Ce qui me consolait, c'était la pensée que les desseins de Dieu ne s'arrêteraient pas là, et que toutes ces peines étaient faites pour former votre âme et la donner à Dieu, pure et dégagée des défauts qui s'y trouvaient. Je suis encore inquiet maintenant de la position de notre cher Père Thiersé. Mon Dieu ! qu'est-il devenu seul et malade sur une terre si mauvaise pour lui ? Enfin, je le remets entre les mains de Marie.

Mais revenons à vous. J'avais reçu toutes vos lettres, et je vous ai répondu je ne sais combien de fois. Il m'en coûtait infiniment d'abandonner ces pauvres âmes, quoiqu'en petit nombre; j'en avais le cœur navré. Cependant employer, pendant vingt ans et plus, quatre missionnaires et trois frères dans une mission nécessiteuse, il est vrai, mais où le bien est si circonscrit, cela me paraissait ne pas être dans les desseins de Dieu ; ces missionnaires me paraissaient devoir faire plus de bien ailleurs.

Maintenant il faut vous dire un mot sur l'ensemble de votre conduite.

i° En somme, vous avez bien fait de tenir à ce que les conditions déterminées fussent observées dans tout ce qui regarde le fond, le principal, par exemple, en ce qui tient à la règle d'être deux ensemble, à ce qu'un étranger ne soit pas maître dans l'intérieur de la communauté. Vous avez peutêtre été trop tenace, cependant, sur les choses moins importantes. Dans la position où vous vous trouviez, il fallait céder jusqu'à la dernière limite.

2° Vous n'avez pas assez conservé votre calme; vous vous êtes trop laissé irriter, révolter, par

l'idée probablement de la criante injustice, à cause des détours, etc. On fait beaucoup de fautes dans ces excitations intérieures. J'espère que vous aurez appris à profiter de tout cela. Quelles que soient les injustices qu'on nous fait, notre àme doit rester dans le calme devant Dieu, il faut éviter surtout de parler et d'agir quand on sent l'agitation se soulever en soi.

3° Peut-être y a-t-il eu aussi un peu trop de raideur dans votre conduite et dans vos paroles ; c'est là le défaut contre lequel vous avez à vous prémunir en général.

Enfin, vos lettres à votre Supérieur ecclésiastique étaient bien, il est vrai, soumises et respectueuses dans certains termes, mais un peu trop vertes dans l'ensemble, ainsi que dans la tournure des pensées. Je crois qu'en toutes ces défectuosités il s'en trouve beaucoup qui proviennent de votre inexpérience des hommes et des choses, et de ce côté encore il en résultera un bien réel pour votre conduite. La souffrance vous aura appris bien des choses. La nécessité de revenir sur tout ce qui est passé et d'en rappeler souvent tous les détails à votre esprit, vous a fait voir d'une manière plus claire ce en quoi vous avez manqué. Il vous reste à vous remettre entre les mains de Dieu, pour corriger ce qu'il pourrait y avoir de défectueux en votre âme.

Pour la nourriture et la manière de vivre de la communauté où vous allez arriver, conformez-vous à ce qui se fait parmi vos confrères. Evitez autant que possible de faire autrement qu'eux. Ce n'est pas dans la mortification du corps que doit consister

votre perfection ; c'est dans le calme intérieur, fondé sur l'abnégation de vous-même, sur l'humilité et la douceur ; c'est là toute votre perfection. Évitez comme une grande faute tout ce qui est dur et raide; prenez l'habitude de vous modérer en tout, éloignez-vous le plus possible de tout ce qui aurait l'air d'approcher de l'exagération ou de l'exaltation. Le calme, la paix, la douceur, l'humilité, la vie commune, voilà ce qui doit être votre grande affaire. (Lettre du 27 février 1848.)

Excès auxquels peut entraîner la violence du caractère.

La correspondance du Vénérable Père est, dans son ensemble, empreinte d'un caractère de mansuétude très marqué; toutefois il savait, quand les circonstances le demandaient, prendre un ton sévère. Nous en avons des exemples frappants dans les deux lettres qui vont suivre.

La première est adressée au P. Arragon, missionnaire à Dakar. Bien qu'il eût une profonde vénération pour le serviteur de Dieu, le P. Arragon, dans un moment de surexcitation et d'oubli, lui avait écrit une lettre violente et très déplacée. Il reçut la réponse qui suit :

La Neuville, avril 1846.

Mon très cher frère,

J'ai reçu votre terrible lettre du 25 mars. Si je ne vous connaissais pas, elle m'aurait mis dans la plus profonde a flliction. Je veux cependant vous dire ce que j'en pense, avec toute la simplicité de mon cœur.

i° Si vous allez du train que vous prenez, avec les meilleures dispositions du monde, vous perdrez la Mission ; au moins, vous rendrez nul tout ce que Dieu vous a donné de dons naturels, de zèle et de grâces, et vous serez un fléau pour vos confrères ; vous ne ferez que les décourager et les entraver dans leurs travaux. Je vous en supplie donc par l'amour de Jésus et de Marie, modérez-vous et ne vous laissez pas aller à la violence de votre naturel.

Je vais suivre pas à pas tous les articles de votre lettre et y répondre. Je vous dirai d'abord, en général, que vous prenez trop vivement les choses, et que vous vous emportez trop. Soyez-en sûr, l'esprit de Dieu n'est pas là. Voyez et considérez si cette manière de juger, positive et tranchée, est selon Dieu. Quand j'aurais quatre-vingt-dix ans et cinquante ans d'expérience, je ne voudrais pas prendre sur moi de parler d'une façon si tranchée. Il y a de la présomption dans ce langage.

Je suis cependant certain que chez vous la présomption n'est pas le principe de cette manière de parler. Dieu sait que je désire et que je tiens à ce que vous me fassiez toutes vos observations sur toutes choses. Je vous en fais une règle d'obéissance, mais je voudrais vous voir parler avec calme et modestie. Quoique je sois moralement sûr que ce n'est pas la présomption, cependant cela finirait par venir, et même il est à risquer qu'il y en entre un peu.

2° Votre langage est trop brusque, trop dur, trop exalté, trop âpre. Pour l'amour de Dieu, n'écrivez

plus quand vous avez la tête montée. Calmez- vous et écrivez avec sagesse.

Voyez un peu et jugez : vous dites que vous étiez disposé à vous réunir à vos confrères pour choisir un autre supérieur et pour refuser celui que je vous envoie. Examinez, parcourez la règle, et voyez si elle vous autorise à pareil coup. Voyez, parmi toutes les Congrégations qui existent dans le monde chrétien, si jamais règle semblable a existé. Examinez-vous en la présence de Dieu, et voyez si vous agissez selon l'esprit de Notre-Seigneur, selon l'Evangile. Supposé que je sois l'homme le plus mauvais, que je sois en outre ce que vous pensez, c'est-à-dire que je n'aie aucune confiance en vous tous, ne deviez-vous pas vous soumettre à la volonté de Dieu par obéissance ? Que deviendraient les vertus de communauté, que deviendraient l'union, la charité et la cordialité religieuse, si on pouvait en sûreté de conscience agir ainsi ?

3° Vous me reprochez de n'avoir pas confiance en vous tous. Vous êtes dans la plus énorme erreur. Appelez-vous n'avoir pas confiance dans un membre de la Congrégation, si on ne le nomme pas supérieur? J'ai bien assez de confiance en M. Bessieux puisque je le nomme supérieur au Gabon ; j'ai assez de confiance en vous puisque je vous ai nommé premier assistant dans un poste où le supérieur sera probablement absent pendant longtemps. Mais je vous avoue que votre dernière lettre m'inquiète. Vous êtes dans une exaspération horrible contre M. Gravière. Si vous allez avec lui du train

que vous marchez, Dieu sait ce qu'il en résultera. Rentrez donc en vous-même, laissez agir la grâce, soyez-y fidèle et ne vous livrez pas à votre nature brusque et violente ; soyez docile comme un enfant; traitez M. Gravière avec respect, avec affection, comme on doit traiter un supérieur, un remplaçant de Dieu. C'est une chose inouïe que votre langage à son égard. Supposé qu'il fasse des fautes ; supposé que le bien souffre de ces fautes ; supposé même qu'il en souffre beaucoup, qu'est-ce que cela vous fait? Ce n'est pas vous qui en répondrez devant

Dieu.

Marchez donc avec calme et ne bouleversez pas tout ordre par vos vivacités. D'ailleurs la chose est faite, et elle l'était avant même que j'aie reçu vos lettres à ce sujet. Faudrait-il maintenant que vous manquiez à toutes les règles de la vie religieuse, que vous mettiez le désordre dans la communauté, parce que je me serais trompé ? Je vous ordonne donc, au nom de Xotre-Seigneur Jésus-Christ, de recevoir M. Gravière avec affabilité, avec charité, avec les sentiments qu'on doit avoir envers un supérieur. Pourquoi voudriez-vous le décourager ? Il a eu assez de répugnance à accepter cette œuvre. Il est grave, mais il a un esprit juste ; il est actif, vif et d'un caractère décidé. Je désire que vous m'écriviez sur-le-champ, pour me rassurer sur votre conduite à son égard. Faites tout ce qui dépend de vous pour l'encourager, pour entretenir la paix et l'union entre vous et lui, entre vous et vos confrères.

4° Vous auriez voulu un autre supérieur. Mais vous ne pouvez ni ne devez vous établir juge en

cette matière. En enfant d'obéissance, vous devez vous soumettre à la volonté de Dieu, par rapport au supérieur qu'on vous donne. Si vous avez des observations à faire, faites-les avec modestie, avec calme et soumission à la volonté de Dieu. J'aime et je respecte sincèrement M. N., mais je n'ai pas cru devoir le choisir comme chef de la Mission. Vous devez croire que j'ai examiné la chose devant Dieu.

Mais, dites-vous, M. Gravière n'est pas resté assez longtemps au noviciat.

Les circonstances ont été si impérieuses, si extrêmes, que j'ai été obligé de passer par-dessus les règles et de faire une exception. Soyez bien sûr qu'il m'en coûte autant qu'à vous, et le reproche que vous m'en faites renouvelle vivement les peines que j'ai éprouvées de me voir forcé d'en venir à cette extrémité ; car je suis bien décidé à ne plus envoyer personne qui n'ait fini son noviciat, et mon cœur saignait quand je fus obligé par les circonstances impérieuses de passer encore par-dessus les règles ordinaires.

Vous raisonnez à perte de vue, vous réglez, vous tranchez, parce que vous ne savez pas ce que c'est que l'administration de la Congrégation, et vous n'en avez aucune expérience. Ne jugez donc pas | ainsi ma conduite. Je ne puis vous en rendre compte, mais vous devez croire que je n'agis pas à la légère. Vous faites mal, mon très cher frère, en me jugeant ainsi. Si M. Gravière ne connaît pas assez la règle, vous devez par votre bon exemple l'encourager à s'y attacher davantage. Prenez garde à vous, et ne lui faites jamais d'observation quand

IO

vous avez la tête montée ; calmez-vous et parlez-lui avec douceur et modestie. Vous pouvez et devez m' instruire de ce qui tient à sa conduite, surtout par rapport à la règle. Faites-le, c'est votre devoir, mais, je vous en supplie, ne le faites jamais avec exaltation, vous me jetteriez dans l'embarras, parce que je ne saurais discerner la justesse de vos observations.

5° Vous dites que je ne fais aucun cas de vos avis. Je ne sais de quels avis vous voulez parler. J'ai toujours eu soin d'agir en conséquence de vos idées. Je ne puis faire autrement que de in instruire de l'état du pays où vous êtes, et j'ai toujours insisté auprès de vous tous pour avoir des détails.

Je pense que vous voulez parler de l'œuvre d'Australie ; mais vos avis ne peuvent rien faire à ce sujet. Vous vous êtes mis dans l'idée et vous répétez encore que cette nouvelle œuvre est la perte de la vôtre. Que voulez-vous que je fasse pour vous faire sortir cette idée de la tête ? Je ne vois aucune analogie entre l'œuvre d'Australie et la ruine de la vôtre. Je vous l'ai dit, je le répète et je le répéterai toujours, la vôtre sera toujours notre première œuvre, et nous en prendrons le plus grand soin. Soyez-en bien sûr, vous vous découragerez plus tôt que moi. Si je vous envoyais dix sujets pour le moment, en feriez-vous davantage, pourriez-vous les employer ? Laissez-moi donc faire. L'administration générale repose sur moi. Vous n'avez pas grâce d'état pour raisonner là-dessus. -

Vous dites qu'on donne à l'œuvre dont vous vous occupez une direction diamétralement opposée

à la conviction des sujets qui y sont employés. Ceci est entièrement faux. Nous avons au contraire adopté toutes vos vues, et nous sommes parfaitement d'accord sur ce qui regarde la marche à suivre. Vous auriez voulu que nous n'acceptassions pas l'œuvre d'Australie, mais cela ne touche pas à la direction de la vôtre. Vous avez vos raisons qui vous paraissent graves contre cette œuvre ; vos raisons nous paraissent nulles, et les nôtres graves. Auriez-vous voulu que je suivisse vos avis dans une chose qui ne regarde nullement votre œuvre, non seulement en abandonnant mon opinion, mais celle de tous les confrères qui se trouvèrent alors à la Neuville ? Supposé que nous vous eussions regardé comme plus sage que nous tous ensemble, nous n'aurions pas pu suivre votre avis, parce que vous n'êtes pas instruit des choses. Ne vous laissez donc pas obscurcir l'intelligence par vos conceptions violentes. Je tiens à votre œuvre dix fois plus que vous, et son succès me tient plus au cœur qu'à vous. Je connais mieux que vous l'état des choses, et j'ai aussi plus d'expérience que vous, et je ne la vois en aucune manière compromise. D'ailleurs seriez-vous plus habile que moi, vous ne devez pas vous révolter contre une décision prise en conscience.

6° Vous me reprochez de ne pas vous écrire. D'abord la plupart de vos lettres ne demandaient pas de réponse. C'étaient des renseignements qui nous étaient utiles et qu'il faut continuer. Si je n'étais pas accablé d'ouvrage, je répondrais à toutes vos lettres, mais n'ayant personne encore pour m'aider dans l'administration, je suis obligé de me restrein-

dre au nécessaire. Ayez donc compassion de moi ; ne suis-je pas assez en peine de ne pouvoir m'entretenir avec vous autant que je le désire? Certes, je n'ai pas besoin d'être stimulé sur ce point. Mais que faire ? Je ne puis pas agir comme je voudrais. Ayez patience ; quand je pourrai me décharger sur un autre de la direction du noviciat, je pourrai m'occuper davantage de donner des consolations aux membres éloignés. J'ai toujours répondu à toutes les choses nécessaires et utiles. Mes lettres ne vous arrivent pas aussi vite que vous le désirez, probablement parce qu'elles sont retardées à la poste. Je vous en ai écrit plus de huit.

7° Vous me reprochez que je ne vous ai pas instruit au sujet de la juridiction. Je l'ai fait dans une lettre autant que je le pouvais, et je vous y ai dit que j'allais agir pour cela. Il n'y a rien de certain'. Je vais aller à Rome pour déterminer cela moi-même. Je vous ai même dit, dans une lettre, de ne pas encore bâtir à Dakar, jusqu'à ce que j'ai terminé cette affaire. Vous avez commencé parce que vous n'avez pas reçu ma lettre à temps, ou parce que je l'aurais écrite trop tard, mais je ne pouvais l'écrire plus tôt. Aussitôt que le doute est survenu à ce sujet, je voulais vous arrêter. Ces sortes d'affaires ne se font pas en un jour. Il faut avoir de la patience, c'est une vertu nécessaire au missionnaire.

8° Vous dites que le Ministère me trompe. Gela est faux, je sais à quoi m'en tenir à ce sujet.

Voici ma règle de conduite, ou plutôt le principe de ma conduite à l'égard du Gouvernement. Nous pouvons marcher sans lui, mais nous ne pouvons

marcher contre lui. Si nous avons le Gouvernement en opposition, l'œuvre sera bientôt ruinée ; il faut donc ménager ses susceptibilités, et agir en tout cependant selon les règles, c'est-à-dire par ordres émanés de l'autorité spirituelle.

Du reste, allant à Rome, je rendrai compte de ma marche vis-à-vis du Gouvernement, et je suis sûr d'être approuvé. Si je ne le suis pas, je suivrai les ordres que je recevrai.

9° Vous dites que je veux « encore une fois envoyer mes missionnaires à la mort, mais cette fois ils n'iront pas ». Vous faites mal de dire cela à un homme qui vous aime plus tendrement que jamais vos père et mère ne vous ont aime, et qui aimerait mieux mourir lui-même que de vous voir mourir. Vous ajoutez : « Ils n'iront pas. » Je sais qu'ils ne seront, absolument parlant, peut-être pas obligés d'y aller ; mais, en disant cela, vous avez fait une faute. Moi je vous dirai aussi qu'ils n'iront pas, parce que j'ai dit à M. Gravière d'examiner bien la chose. Je vous écris aussi, à vous autres, de ne pas y aller si le pays est trop malsain.

io° Vous dites une chose horrible dans votre troisième observation : « Prenez garde que les simples membres, méprisés et avilis à vos yeux et aux yeux de vos graves conseillers, ne vous méprisent à leur tour. » Mais, mon cher ami, ne vous laissez donc pas guider par la colère ! Quant à M. Schwindenhammer, auquel vous faites allusion, il est entièrement innocent de tout ce que vous lui reprochez dans votre imprudente vivacité. Calmez-vous, je vous en supplie, vous offensez Dieu !

Je suis fort peiné de ce que vous me dites de M. Schwindenhammer. Il se sacrifie pour la Congrégation, il y épuise ses forces, il s'y intéresse et y est attaché autant que moi-même. J'ajoute qu'il a un très bon caractère, qu'il en connaît l'esprit, et que c'est un prêtre pieux et solide. Je ne comprends pas pourquoi vous vous êtes ainsi monté la tête à son sujet. Ce n'est pas lui qui a fait décider l'acceptation de l'œuvre d'Australie, et, s'il l'avait fait, il aurait fait du reste une bonne chose. Laissez donc là cette œuvre. Vous vous fouettez l'imagination avec des chimères. Si j'avais quinze sujets à ma disposition, je n'en enverrais pas trois de plus dans votre œuvre. Il faut commencer sérieusement ; alors seulement les besoins se manifesteront, et alors vous aurez les confrères qui vous seront nécessaires.

Vous ne devez en aucune manière contrôler ma conduite, vous ne connaissez pas assez l'état des choses. Consolez donc vos supérieurs quand ils se trouvent dans un état pénible, plutôt que de les désoler encore davantage en leur reprochant des choses qu'ils font avec une profonde affliction.

Il est bon que les Frères fassent voir leurs lettres, excepté celles qu'ils adressent au Supérieur Général ou à leur directeur, dans notre maison d'Europe.

Prenez garde à vous avec les Musulmans, ne leur parlez pas contre Mahomet, n'allez pas trop brusquement, vous risqueriez de ruiner tout. Suivez la marche que vous vous étiez tracée d'abord, c'est-àdire d'acquérir leur confiance.

Je prierai de tout mon cœur Notre-Seigneur de

vous donner la paix, la modération, la docilité, la charité. Ne vous découragez pas d'avoir lâché la bride à votre caractère. Remettez-vous en paix et Dieu sera avec vous. Je vous embrasse dans les entrailles de la charité de Jésus et de Marie.

Rappel aux vrais principes de la vie religieuse et de la perfection.

Le P. Clair était un de ces esprits inquiets qui ne sont jamais contents de la situation qu'ils occupent. Ce malheureux travers, qu'il ne sut pas combattre énergiquement, devait finir par le rendre infidèle à sa vocation. Le i3 décembre 1847, le Vénérable Père lui adressait, à Bordeaux, où il se trouvait alors, ce grave rappel aux principes de la vie religieuse et de la perfection :

Mon cher Frère,

Vous voulez connaître la volonté de Dieu, et pour cela vous me posez plusieurs questions, qui toutes sont à côté et ne doivent jamais être posées. Vous êtes dans la Congrégation, et vous y avez fait des vœux ; dès lors vos demandes ne doivent plus être mises en question ; autrement, tout deviendrait le jouet des doutes et des fausses lueurs de l'imagination et de la nature.

Vous voulez connaître la volonté de Dieu. On accomplit la volonté de Dieu quand on observe ce qu'on lui a promis, à la face des anges et des saints. Je vous aurais répondu par manière de conseil dès

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la première fois, mais vous n'avez demandé aucun conseil. Vous me dites d'une manière positive que vous vous étiez trompé en embrassant cette vie, et que vous le voyez clairement, et qu'en conséquence vous demandiez à vous retirer. Il eût fallu user d'autorité pour vous défendre d'y penser désormais, et vous refuser la permission. Je l'aurais fait dans l'intérêt de votre âme, si les rapports avec M. N. n'avaient exigé, par le respect que je lui porte, d'obtempérer sans réplique à sa pensée. Par bonté il a dit oui, et votre supérieur aussi, sans retour, sans arrière-pensée et sans regret, parce qu'il accomplissait un devoir, mais avec la conviction intime qu'il faisait une chose très nuisible à votre âme.

Cette réponse n'était pas ce qu'il vous fallait, je le conçois. Vous demandez mon avis, afin de décider la chose comme par la voie de la Providence ; et, avant de recevoir la réponse, vous avez recours à la même voie qu'auparavant. Si vous examinez l'affaire devant Dieu, vous y verrez sans peine qu'une illusion intérieure vous a conduit pendant tout ce temps.

« Suis-je à ma place ? »

— Je ne réponds pas directement à cette question ; elle ne doit pas être faite par un homme qui est lié. Il me suffit de vous dire que vous êtes bien autrement à votre place que dans le monde, où vous seriez tombé dans de grandes imperfections, et où, peut-être, vous auriez perdu âme et corps.

« Suis-je sorti de ma voie? » — Non.

« Que dois-je faire? »

— Rien autre chose que renoncer à vous-même» savoir souffrir quelque chose, dans le corps et dans l'âme, pour l'amour de Dieu, vous abandonner à sa divine volonté, obéir aveuglément à tel supérieur que la Providence vous donnera, sans examiner son caractère et sa manière d'être ; vous oublier vousmême, et ne pas sans cesse vous occuper de ce que vous êtes, de ce que vous faites, de ce que vous désirez, de ce que vous pourriez être, de ce #ue vous auriez fait. Votre grand mal est que vous ne savez supporter une douleur quelconque. Mourez à vousmême et ne vous livrez pas, pieds et bras liés, entre les mains de l'ennemi. Peut-être l' amour-propre froissé a-t-il clé aussi pour quelque chose dans votre tentation.

« N'est-il pas à craindre que mon caractère, mes défauts, etc., ne me rendent un sujet de mauvaise édification pour mes confrères? »

— Oui, si vous allez du train que vous venez de prendre ; non, si vous apprenez à vous vaincre, à supporter quelque chose pour l'amour de Dieu, à vivre humble, doux, pauvre et charitable au milieu de vos confrères, si vous tachez de sortir de votre coque, si vous ne restez pas si renfermé au-dedans de vous-même, et si vous êtes condescendant à tous.

Vous dites toujours que votre attrait est pour la solitude ; or, je vous dis : gare à cet attrait ! Rien n'est trompeur comme l'attrait, surtout quand il ne cadre pas avec la vie dans laquelle la divine Pro-

vidence nous a placé. Malheur à l'âme qui y attache plus d'importance qu'aux devoirs ordinaires de la vie ! Le démon en devient le maître, si Dieu n'y met ordre. Vous voyez vous-même votre trop d'attache à l'attrait ; moi je crois qu'il vous mènera à la perte du corps et de l'âme. C'est le seul motif qui me fait tenir le langage que je tiens. Il est de mon devoir de procurer le salut de tous les membres de la Congrégation, et jamais je ne dois considérer l'intérêt de cette Congrégation, ni pour ni contre aucun membre, pourvu que celui dont il est question ne fasse pas du tort aux âmes des autres.

« Puis-je être membre de la Congrégation? » — Cela ne vous regarde pas, ni moi non plus. L'amour-propre vous dira : « Je veux être un membre utile. » L'humilité religieuse dira : « Mon Dieu, faites de moi tout ce que vous voudrez, je suis prêt à me sacrifier à votre gloire, faites de moi tout ce que bon vous semblera. » Qui êtes-vouspour forcer Notre-Seigneur de faire quelque chose par vous ? Parce que vous en avez le désir ? Mais vous ne prenez pas le moyen d'obtenir l'accomplissement de vos désirs. D'ailleurs, un désir qui n'est pas patient et soumis à la volonté de Dieu ne vient pas de Dieu ; il est fait pour détruire et non pour édifier. Des désirs empressés et inquiets, des désirs qui montent ainsi l'imagination et portent à de telles illusions, sont faits pour nous livrer à l'ennemi sans ressources et sans remède.

Vous dites que le ministère que vous avez ne vous convient pas ; mais est-ce que Dieu est obligé de vous tailler un ministère et un genre de vie qui

soient mesurés à tous les goûts, caprices, défauts et vices de votre nature? Vous ne vous défiez pas assez de vos idées et de vos goûts, des caprices de votre esprit, et surtout de vos attraits qui, le plus souvent, sont faussés par vos défauts naturels, par votre trop grand amour du repos et du bien-être de l'âme : vous avez besoin d'apprendre, non â faire quelque chose pour Dieu, mais à souffrir tout, tout, sans exception aucune, pour l'amour de Dieu.

Tant que vous tiendrez ainsi à votre bien-être, et que vous flatterez votre attrait, vous ne serez bon à rien. Mais quand une fois vous aurez cessé de vous occuper de vous-même, et que vous aurez appris à vous renoncer et à souffrir tout pour Dieu, je vous garantis un ministère utile pour les âmes ; pas avant. Vous avez jusqu'à présent perdu toutes les occasions de faire du bien, uniquement par votre resserrement intérieur ; il est temps que vous commenciez la pratique solide du renoncement et de l'oubli de vous-même. Rien n'est perdu que le temps qui est passé et que vous ne rattraperez plus, sinon par l'impression que doivent vous faire vos fautes passées, pour votre correction.

« Les embarras... etc., ne doivent-ils pas vous faire craindre que je sois pour vous un sujet continuel de sollicitude ? »

— Si vous faites ce que je viens de vous dire, je vous répondrai : Non ; si, au contraire, vous vous traînez toujours à la remorque de votre esprit capricieux, de l'imagination, de l'amour du repos et du bien-être, je vous dirai : Oui. Mais qu'est-ce que cela fait? Dieu me supporte bien ; pourquoi ne

supporterai-je pas les faiblesses, les imperfections et les vices des autres ? C'est à vous d'y pourvoir ; vous le pouvez, vous le devez, et vous le ferez, j'en ai la confiance.

« La différence entre moi et M. Boulanger prouve que je n'ai pas l'esprit missionnaire. »

— Si vous n'avez pas l'esprit missionnaire, vous n'avez pas non plus l'esprit sacerdotal. Veillez aux défauts que je vous ai signalés plus haut. Ces différences passent dans l'esprit des hommes pour des originalités, des excentricités, des manies ; devant Dieu, ce sont des vices et des infidélités. Oubliezvous vous-même, renoncez- vous, sachez souffrir pour Dieu, ne cherchez plus ce bien-être intérieur de votre âme, etc., et il n'y aura plus de différences, sinon celles du caractère. Vous serez aimé et respecté de vos confrères, et vous ferez le bien autant que qui que ce soit. Mais si vous mettez, comme vous avez fait jusqu'à présent, cette vivacité à poursuivre les chimères incohérentes et inconciliables qui naissent de vos défauts, vous serez à jamais nul dans le sacerdoce.

« Si j'étais chargé d'une œuvre, je m'en acquitterais aussi bien qu'un autre. »

— Quand vous travaillerez sérieusement à vous renoncer, à souffrir et à sortir de votre resserrement, oui ; avant cela, non. Du reste, vous ne devez pas examiner cela, mais vous abandonner avec simplicité et humilité entre les mains de Notre- Seigneur, sans lui prescrire le temps, le lieu, les œuvres et les circonstances où il voudra vous em-

ployer. Le tout n'est pas de parler d' œuvres et de ministère, il faut se rendre pratiquement apte à les accomplir. C'est à quoi vous avez manqué, en ne faisant rien pour résister à vos défauts et à vos penchants. Vous avez aimé Dieu en tant que cela ne vous coûtait pas et qu'il vous en revenait des satisfactions, en tant que cet amour cadrait avec vos pentes naturelles. Ce n'est pas ainsi qu'on se rend apte au saint ministère, qui est une œuvre d'abnégation et de dévouement.

« J'ai un penchant très fort de grâce et de nature pour la vie retirée. »

— Ce penchant est plus de la nature que de la grâce ; il est vicieux. Si vous le suiviez, il vous perdrait, il vous a fait faire beaucoup de fautes jusqu'à présent. Si la nature était étrangère à ce penchant, il se réduirait à une facilité de vous recueillir ; la nature y ayant la plus grande part, il vous fait commettre de grandes fautes, vous jette dans beaucoup d'illusions, et, si Dieu avait permis que vous l'eussiez suivi, il vous aurait jeté dans de grands maux corporels et spirituels. Défiez-vous de ce penchant et résistez-lui.

« J'ai lieu de croire qu'un ministère sédentaire serait plus convenable pour moi. »

— C'est là toujours votre éternelle erreur. Vous voulez que Dieu vous taille un ministère qui vous convienne juste, et dans lequel votre illusion vous fait voir le repos qui ressortira de la convenance de ce ministère avec tous les penchants de votre nature et avec tous vos défauts. Voilà ce que vous

voulez, au lieu de détruire en vous ces défauts, de vaincre vos penchants, pour être disponible devant Dieu pour tout emploi qu'il voudra bien vous donner. Tant que cette illusion durera, vous serez dans l'inquiétude, et vous tendrez toujours vers une position autre que celle que vous avez pour le moment. Et qui vous garantit que, dans votre pays, vous trouverez juste ce qui convient à tous vos goûts ? Moi je vous dis que cela ne sera pas, et tout homme sage vous en dira autant que moi.

« Je demande des âmes. »

— Mais Dieu est-il obligé d'accorder votre demande ? Vous lui devez plus de soumission à ce sujet. D'ailleurs, si vous demandez à sauver des âmes, rendez-vous digne d'être un instrument apte et fidèle entre les mains de Dieu ; et, de plus, sachez attendre ses moments.

Méditez toutes ces choses en la présence de Dieu, avec calme, avec humilité, et notre bon Maître vous éclairera et vous fortifiera, afin que vous marchiez dans la voie de la paix, de l'humilité et de l'obéissance. Et je suis sûr que vous surmonterez toutes les difficultés, et vous ferez un jour du bien aux âmes.

Adieu, mon cher confrère ; que la paix de Notre- Seigneur soit avec vous !

Tout vôtre en Jésus et Marie.

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