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ABANDON

L'abandon, disposition nécessaire au missionnaire.

L'abandon entre îes mains de Dieu et la confiance absolue en sa Providence sont souvent recommandés par le Vénérable Père.

11 écrivait au P. Le Berre le 8 février 1844 :

Quoique vous fussiez en bonne santé au moment où vous m'écrivîtes votre lettre, je pense cependant que la mauvaise saison ne se passera pas sans que vous ayez eu quelques misères. Mettons notre confiance en Dieu et abandonnons -nous à lui, corps et âme ; de cette façon on est toujours bien.

Cette disposition doit être celle de tout homme, plus encore de tout chrétien, particulièrement de tout missionnaire, mais surtout des missionnaires du Saint-Cœur de Marie, qui travaillent à la gloire du Maître sur les côtes d'Afrique. Cet abandon plein de confiance et d'amour est leur vie et toute leur ressource, mais aussi leur bonheur et leur soutien dans leurs travaux.

A la communauté de Bourbon, au sein de laquelle avaient pénétré quelques sentiments de découragement, il l'ait parvenir les avis suivants, dans une lettie écrite au P. Collin (2 février 1847) :

Il paraît, d'après ce que je vois, que vous autres, à Bourbon, vous vous êtes laissés aller au découragement. J'en ai été profondément affligé.

Notre-Seigneur m'a envoyé bien des peines dans l'œuvre dont il veut que nous nous occupions, mais je vous assure qu'aucune ne m'est si sensible et si poignante que celle de vous voir accablés, inquiets et troublés. Que vous ayez des peines et même des inquiétudes dans le service de Dieu, il n'y a pas de mal à cela : ces choses vous sont données pour vous sanctifier et vous rendre plus souples, plus humbles, plus détachés de vous-mêmes, et plus remplis de confiance en Lui. Qu'avons-nous donc à faire sur cette terre, sinon de nous remettre, corps et âme, entre les mains de Dieu, pour qu'il dispose de nous selon son bon plaisir, pour qu'il nous sacrifie tout entiers à sa gloire?

Ne songeons qu'à marcher dans la route que la divine Providence nous a tracée. Et si nous voulons être des instruments fidèles entre ses mains, ne nous inquiétons jamais de nous-mêmes ; allons avec simplicité devant nous ; faisons l'œuvre de Dieu avec paix et confiance ; ne nous occupons pas de l'avenir ; ne nous tourmentons pas du passé ; mettons dans le présent, au moment où nous vivons, notre âme entre les mains de Dieu, avec paix, humilité et suavité ; ne voulons, ne désirons rien que remettre notre sort entre ses mains et nous sacrifier, dans le moment où nous vivons, à sa sainte volonté.

La divine Bonté nous éprouvera bien souvent; soyons dociles, paisibles, humbles, ne nous laissons

jamais aller à la tristesse, ne nous laissons point dominer par notre imagination. Outre qu'en cela on agit mal, qu'on Fait du tort à son âme et à celle des autres, on compromet bien souvent l'œuvre de Dieu. En règle générale, tout mouvement de l'âme qui tend au découragement et au trouble est désagréable à Dieu. Si nous nous y laissons aller, nous ouvrons toutes les portes de notre âme au démon, qui ne manquera pas d'en profiter pour détruire.

Mettez toutes choses entre les mains de Dieu. Ce n'est pas notre œuvre que nous faisons, c'est la sienne ; ce n'est pas notre intérêt que nous cherchons, c'est le sien, dans les âmes que nous voulons lui sauver. Il est assez puissant pour donner le succès ; s'il juge à propos d'arrêter nos efforts, cela ne regarde que lui seul. Nous devons prier et attendre, et ne pas chercher à juger, à sonder la conduite de notre divin Maître. Cher enfant, pour l'amour de Dieu, soyez plus fort, plus détaché et plus calme.

L'abandon doit s'appliquer aux fonctions dont on sera chargé.

L'abandon doit être universel ; il doit porter sur les fonctions auxquelles on sera appliqué. Avant son entrée dans la Congrégation, le P. Ignace Schwindenhammer avait manifesté à cet égard des préoccupations dont le Vénérable Père l'exhorta à se dégager.

Vous avez voulu prévoir quel ministère vous auriez ; cela n'est pas selon l'ordre, comme je vous l'ai dit; vous ne saurez cela nulle part,

Il faut s'abandonner à la conduite de Dieu, qui seul est maître de la vigne ; il choisit ses ouvriers quand et comme il veut ; cette espèce d'inquiétude n'est pas selon Dieu. Il faut que nous connaissions sans cesse notre incapacité, et que nous nous occupions en paix de notre propre sanctification, en nous disposant et en nous tenant prêts devant notre Maître à faire tout l'ouvrage qu'il juge à propos de nous donner. Une fois qu'il nous en donne, alors il faut s'y livrer sans bornes, pour défricher et faire produire au centuple le petit coin qu'il nous donne à cultiver. C'est une grande leçon que je vous donne là : malheur à celui qui ne la suit pas ! il risque de suivre son propre esprit et de se faire beaucoup de mal à lui et aux âmes dont il prend soin.

Vous avez du goût pour la direction des séminaires, etc. ; mais vous ne pouvez pas dire à votre évêque que vous désirez ceci ou cela. Il n'est pas bon et conforme aux bonnes règles que vous lui fassiez part de vos goûts, s'il ne vous les demande pas. Il faut vous livrer à l'aveugle entre ses mains, si vous voulez rester dans son diocèse, ou s'il juge à propos de vous y retenir, et aller là où il vous placera, sans réplique. C'est lace que j'appelle être dans la voie ordinaire de la divine Providence. Si chaque prêtre disait à son évêque son goût pour tel ou tel genre de ministère, il n'y aurait plus moyen d'avoir, dans les diocèses, un évêque qui fût en repos et qui pût gouverner paisiblement. Je sais bien que, malheureusement, il n'y a que trop de prêtres qui manifestent ainsi leurs goûts et leurs désirs ; mais cela est aussi une des plus grandes dif-

ficultés dans le gouvernement des diocèses, et doit faire le grand embarras des évêques. Je ne crois pas que ce soit seulement une question de perfection, il me semble que c'est une faute à un prêtre de proposer ses goûts à son évêque sans être interrogé là- . dessus. Examinez tout cela en présence de Dieu ; c'est à lui de vous faire connaître sa divine volonté, dans le fond de votre âme. (Lettre du 2 août i843.)

Le P. Jérôme Schwindenhammer recevait, le 25 juin 1848, des conseils analogues :

Pour votre avenir, je vous engage à ne rien désirer, à ne rien demander, mais à rester entre les mains de la divine Providence. Vous avez assez manifesté votre pensée à ce sujet ; si Dieu vous veut à N..., il saura bien vous y faire aller. Supposé qu'il ne vous y veuille pas, malheur à vous, si, par vos efforts, vous vous y faisiez envoyer. 11 vous semble maintenant que vous feriez mieux là, et peutêtre vous vous y perdriez.

Si, dès à présent, vous aviez pleine liberté d'agir selon votre genre, comme vous dites, il est bien probable que de grands défauts se glisseraient dans l'exercice de votre ministère. Il est nécessaire, il entre dans l'ordre de la volonté de Dieu que nous soyons contrariés dans notre genre et notre manière d'agir, par suite des défauts qui s'y trouvent mêlés. Vous ferez peut-être un peu moins dans les commencements, mais vous regagnerez cela au centuple dans quelques années. Soyez assuré que les pre-

mières années d'un jeune prêtre sont presque toujours moins productives que la suite; toute l'histoire des Saints en fait foi.

En tout et partout, que votre àme soit toute à Dieu, qu'elle s'oublie elle-même, pour n'être qu'à lui et aux âmes. Que la paix, la douceur, l'humilité du Cœur de Jésus, remplissent le vôtre !

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