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NATURE DE LA SAINTETE

•La sainteté est la vie de Dieu en nous ; cette vie nous est communiquée au moyen de la grâce sanctifiante.

La sainteté est la vie, mais la vie de Dieu en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par Notre-Seigneur Jésus-Christ en nous : In ipso cita erat, et cita erat lux hominum. L'homme a, lui aussi, sa vie, mais cette vie est ténèbres, lorsqu'elle est séparée de la vie de Dieu en Notre-Seigneur Jésus-Christ : Et lux in tenebris lucet. Quand l'âme a cette vie divine en elle, elle est illuminée, et cette lumière est la sainteté de Jésus-Christ qui la sanctifie et la vivifie en Dieu son Père.

Il nous explique cela lui-même dans la parabole de la vigne : Ego sum vitis ver a. Jésus est la vigne véritable, qui communique la sève de la vigne véritable, sève qui fait produire les fruits véritables, selon les desseins de Dieu sur nous. L'homme pécheur a conservé la vie de la nature. Adam, notre premier père, est le tronc naturel, duquel proviennent toutes les branches de la vigne de tout le genre humain. Ce tronc lui communique la sève d'une vie naturelle, sève qui ne peut produire que des fruits

naturels, sans goût et sans saveur, et des fruits gâtés et corrompus, horribles de saveur et de goût.

Ce tronc de vigne a été planté dans la vigueur, et non dans L'état où il est. Ce n'est plus La vigne telle- qu'elle a été plantée par le Créateur, elle n'a plus ses racines en Dieu, elle n'a plus la sève qui lui avait été donnée, et elle ne produit plus les fruits que Dieu avait dessein d'en récolter. Voilà la vie considérée dans la nature corrompue.

Dieu nous a créés pour un ordre surnaturel. Il a voulu que la sève de notre vie fût surnaturelle, et il" l'avait communiquée telle à nos premiers parents; cette sève devait produire des fruits surnaturels pour l'éternité.

Le péché est venu détruire L'œuvre «le Dieu. Dieu nous donne, à notre premier moment d'existence. la vie naturelle qu'il avait laissée, après le péché, à notre premier père. Lequel, étant le tronc d'où sort le genre humain, nous communique à tous la sève de «-cite vie naturelle, et en même temps la coi-motion qui, par le péché, s'étail mêlée à cette sève.

Mais, comme la vie purement naturelle, même intellectuelle el morale, n'était pas dans les desseins de Dieu lorsqu'il nous créa, si nous y restons, nous manquons au but de notre création. Cette vie naturelle, même bonne, ne produit jamais (pie <les fruits médiocres, qui n'ont pas pour l'âme, encore moins pour Dieu, le goût et la saveur qu'il était dans les desseins du Créateur de leur donner, et il n'en reste rien pour l'éternité. De plus, lorsque le mélange mauvais, introduit par le péché dans notre premier père, entre dans cette sève de notre vie naturelle,

il la corrompt, et les fruits qui en proviennent, selon le degré de corruption qu'il y introduit, sont corrompus et gardent l'odeur infecte de leur perversion pour toute l'éternité.

Cette vie naturelle que nous tenons d'Adam, ne recevant pas la véritable sève qui lui était destinée, n'est pas non plus dans la véritable lumière de Dieu, et lorsqu'elle est sustentée par la sève de la corruption, elle est ténèbres profondes. Tel est notre état. Nous sommes devenus une vigne étrangère à Dieu : rameaux dégénérés, nous grandissons, sans fruits, par une sève qui n'est pas celle que Dieu voulait nous donner, et trop souvent par une sève mauvaise et corrompue, qui nous t'ait produire des fruits amers.

Plein de compassion pour sa vigne pervertie, Dieu a formé un nouveau tronc, qui est la véritable vigne, Ego sum çitis ver a, pour lui donner une surabondance de sève et de fécondité ; il a planté ses racines dans les profondeurs ineffables de sa nature divine, et il nous a entés sur ce tronc divin. Ce tronc est Notre-Seigneur Jésus-Christ, nouvel Adam destiné à vivifier le monde. Considérons avec amour les desseins admirables de sa divine miséricorde ; mettons à profit ses bontés infinies ; laissons-nous vivifier par la sève divine, qui nous est communiquée par Notre- Seigneur Jésus-Christ; n'en perdons pas une goutte.

Cette sève de la vie de Dieu n'est autre chose que la grâce sanctifiante. Elle nous est donnée par Notre- Seigneur ; elle a la propriété de nous unir à lui et de sanctifier notre vie, en la rendant semblable à la sienne et en faisant Dieu son principe et sa fin.

Ce que la grâce sanctifiante opère en nous.

La grâce sanctifiante, en nous unissant à Jésus- Christ, met notre âme 60 rapport avec la source de la vie. à portée de recevoir continuellement, selon sa fidélité, une grande abondance de cette vie divine, avec des grâces de plus en plus nombreuses: elle la dispose à recevoir, sans cesse, les impressions saintes d'objets bons et surnaturels.

En devenant en nous principe de vie, elle nous donne la vie de Jésus-Christ lui-même, qui, ainsi, nous communique ses goûts et ses inclinations. Par suite, elle tend de toutes ses forces à détruire en nous la sève de corruption et de péché, nous inspirant de l'horreur pour tout ce qui est opposé à Dieu : par conséquent, elle empêche notre âme de recevoir les impressions mauvaises, ou du moins elle lui donne une impulsion contre elles, elle tend à rendre notre àme indifférente aux impressions de la vie de la nature, et de plus elle l'incline vers les objets surnaturels. Par là même que la grâce sanctifiante est en nous comme principe de vie, • elle nous porte vers Dieu, et c'est ainsi que Dieu, étant le principe de notre vie, en devient aussi la fin.

Cette grâce, avec sa nature sanctifiante, les vertus infuses et les dons du Saint-Esprit qui raccompagnent, est en nous comme un feu mis sous la cendre, qui tend à s'y développer et à embraser notre âme dans toutes ses affections, dans toute son action et dans toutes ses tendances : Ignem çeni

mitiere in terrain, et quid volo nisi ut accendatur? Plus elle prend de développement dans les affections et les tendances de notre âme, plus nous sommes sanctifiés ; plus elle a d'empire et de prédominance dans nos actions, plus ces actions sont saintes.

Elle nous est donnée sans aucun mérite de notre part et à l'état de germe, comme le grain de sénevé est jeté dans la terre pour devenir grand comme un arbre, selon la bonté du terrain dans lequel il est semé. Le grain de sénevé ne se développe pas sans le secours de la terre dans laquelle il est enfoui ; de même la divine grâce, jetée dans nos âmes comme un germe de vie, ne se développe pas sans l'aide de notre fidélité et de notre coopération.

Ennemis de la grâce sanctifiante en nous.

La grâce sanctifiante a deux ennemis en nous : la vie du péché, dont les tendances sont de la détruire dans nos âmes, et la vie naturelle, qui tend à empêcher le développement de son germe, en tenant ce feu couvert de cendres, et à lui faire perdre toute l'acvité de sa tendance à nous diriger vers Dieu.

Notre âme est placée entre trois principes de vie : l'un est une mort, l'autre un dangereux sommeil, et le troisième une vie de lumières toutes divines.

Pour conserver ce germe de vie divine,* il suffit de se refuser aux impressions et aux inclinations de la vie de la chair ou du péché. Pour lui donner la plénitude de son activité et l'étendre dans nos

œuvres, il faut résister aux inclinations de la vie de la nature. C'est à cela que se rapporte renseignement de la perfection évangélique, touchant l'abnégation parfaite de toute créature et de nous-mêmes. Une lois que notre àme se refuse aux impressions quelconques des créatures, elle est tout entière sous L'influence de ce l'eu mis en elle par le divin Maître, et toutes ses facultés sont animées de la vie divine.

Nous avons encore un autre motif qui nous impose la nécessité de réprimer les impressions de cette vie naturelle et de L'empêcher de nous tenir sous son impulsion : c'est que, tels que nous a faits le péché, nous ne nous maintiendrons pas dans le sentiment de la vie pure de la nature. La vie du péché nous donnera toujours ses inclinations, et il nous est impossible de rester un temps considérable sous la seule impulsion de la nature bonne. Bien plus, il nous est très difficile de nous y maintenir, même pendant un temps médiocre, sans être entraînes par le péché.

La grâce sanctifiante exerce son action par la foi, l'espérance et la charité.

Gomme la grâce sanctifiante, par sa nature, incline notre àme vers Dieu, son action est toujours unitive, et s/exerce par la foi, l'espérance et la charité. De plus, elle anime notre volonté et lui communique son énergie vitale pour la détermination de ses actes.

Quoique ces trois vertus aient Dieu directement pour objet, il n'en est pas moins vrai pour cela que la grâce sanctifiante vivifie nos actes et y introduit sa triple forme d'activité, même dans nos relations avec les créatures.

Ces différentes relations, avec leurs nuances multiples, mettent notre âme en mesure, soit de tomber dans les vices et défauts analogues aux impressions faites sur elle dans ces relations diverses, selon qu'elle anime son acte par le principe mauvais, ou par la direction delà nature défectueuse , soit de pratiquer des vertus surnaturelles, si ses actes ont pour principe la grâce sanctifiante et sont faits dans un esprit de foi, d'espérance et de charité.

Ainsi un supérieur ordonne une action à un missionnaire : cet ordre est désagréable à ce dernier, celui-ci suit le penchant de la mauvaise nature, et murmure ou ne fait pas ce qui lui a été ordonné ; il fait un acte d'indépendance, de désobéissance. Si ce missionnaire, soit parce qu'il aime naturellement son supérieur, soit par une raison naturelle de bon ordre et de subordination, se soumet sans murmure et exécute l'ordre reçu, il fait un acte de vertu naturelle.

Mais si, animé d'un sentiment de foi et d'amour envers Dieu, il voit la volonté de Dieu dans l'ordre qui lui est donné, et fait, avec contentement de cœur, le sacrifice que lui coûte cette action, il a pratiqué la vertu de l'obéissance avec perfection. S'il exécute cet ordre avec une moindre plénitude de sentiment surnaturel, il a pratiqué une vertu surnaturelle, mais moins parfaitement. Dans ce cas,

la nuance de cette relation est celle d'inférieur à supérieur, agissant comme tel, et cette nuance donne à la vertu que renferme l'acte le nom d'obéissance. Telle autre nuance donnera à la vertu renfermée dans lacté une autre dénomination. Mais dans le fond, tout ce qu'il y a de saint et de vrai dans ces vertus, c'est le principe de la grâce qui le produit, ce sont la foi, l'espérance et la charité qui l'animent. Par conséquent, dans toutes ces vertus, rame s'unit a Dieu, et le bien quelles renferment est là.

Presque toujours un même acte renferme plusieurs vertus ou plusieurs vices.

Souvent, et même presque toujours, un acte renferme plusieurs vertus ou plusieurs vices, selon qu'on l'anime du principe de la grâce ou du principe de la nature. Ainsi, dans ce même acte d'obéas-» sance, le missionnaire; inspiré par la grâce en obéissant, fait ordinairement un acte d'abnégation intérieure, en se soumettant à la peine que lui cause l'ordre ci-dessus mentionné. Lorsque cet ordre froisse son amour-propre, il fait un acte d'humilité, en résistant à l'esprit de murmure; et en recevant avec douceur l'ordre qui lui déplaît, il fait un acte de charité.

Quand, au contraire, il suit un mauvais principe, il fait de même plusieurs actes mauvais.

L'important dans nos actions est donc de nous animer d'un sentiment surnaturel. Une fois que l'âme agit sous l'influence de ce principe, les vertus

diverses viennent se ranger tout naturellement ; des impressions divines se font sur Famé, et les nuances de sainteté se multiplient.

Pour qu'un acte soit entièrement saint, il faut qu'il soit accompli entièrement sous l'influence de la grâce.

Cependant, il ne suffit pas que notre esprit se retrace une pensée surnaturelle pour que nos actes ne soient pas animés par clés principes naturels ou mauvais, même lorsque l'acte est en soi bon et surnaturel. Pour rendre cette assertion plus claire, passons en revue tout ce qui se passe dans l'âme depuis le premier moment où elle est en relation avec un objet, jusqu'à ce que l'acte soit accompli ; voyons ce que Dieu fait pour donner à cet acte la sainteté voulue, et nous comprendrons ce que l'âme doit faire pour l'accomplir saintement.

Le premier mouvement qui se fait dans notre relation avec un objet est l'impression que l'âme reçoit à l'approche de cet objet. Outre la préparation faite dans l'âme par la grâce sanctifiante, qui lui donne la tendance surnaturelle, et par suite la facilité de recevoir une impression surnaturelle, Dieu nous aide par une grâce particulière dans la production de cette impression sainte. Par ce moyen, l'âme reçoit la perception de Dieu dans l'objet ; c'est une idée de foi qui se réduit en acte par la détermination de la volonté. Gomme nous avons conçu la pensée de Dieu dans l'objet, la grâce,

nous inclinant vers Dieu, nous incline vers cet objet. Pour fortifier cette inclination de l'âme-, combattue par celle de la nature, Dieu nous donne encore une grâce spéciale à cet elTet. Cette inclination ayant ainsi pris consistance, la grâce sanctifiante exerce encore son influence sur notre volonté, mais celle-ci, affaiblie par l'inclination de la nature, a besoin encore d'une nouvelle grâce pour arriver à la détermination de L'acte et à son exécution. Nous voyons par là que colorer un acte par une pensée surnaturelle est loin de suffire pour le sanctifier. Il faut que le principe de la grâce passe par toutes les phases qui sont suivies de l'accomplissement, et mène, ainsi l'acte à sa fin surnaturelle, qui est Dieu.

Si. dans ces différentes phases, la grâce seule domine, l'acte est saint. Mais si la nature y prend sa part, soit pour y mêler ses impressions, soit pour en obscurcir la perception, diminuer l'inclination ou affaiblir l'activité dans l'exécution, l'acte, étant exécuté par un effet de la grâce, reste bon d'une bonté surnaturelle, mais plus ou moins imparfait.

Nous voyons ainsi combien nous avons besoin d'être fidèles à la grâce pour arriver à l'accomplissement d'un acte vraiment saint.

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