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VIE APOSTOLIQUE EN GENERAL ET VERTUS SUR LESQUELLES ELLE REPOSE

But apostolique de la Congrégation.

Le but général de la Congrégation est de se dévouer au salut des pécheurs par une vie toute apostolique ; l'objet spécial vers lequel doit tendre son zèle, et auquel seront consacrés ses travaux, ce sont les âmes les plus nécessiteuses et les plus abandonnées.

La vie apostolique est cette vie toute d'amour et de sainteté que le Fils de Dieu a menée sur la terre pour sauver et sanctifier les âmes, et par laquelle il s'est continuellement sacrifié à la gloire de son Père pour le salut du monde.

Les membres de la Congrégation se considéreront comme appelés par Jésus-Christ pour partager avec lui ce grand oeuvre du salut du monde ; ils auront sans cesse les yeux fixés sur lui comme sur leur chef et leur modèle, et se rempliront de ses sentiments pour les âmes qu'ils sont chargés de sauver ; ils calqueront leur vie sur la sienne et s'appliqueront à reproduire, dans leurs paroles et leur conduite, ses saintes maximes.

Vertus sur lesquelles repose la vie apostolique.

Amour deJésiis-Christ. — Ayant à établir l'amour et le règne de Jésus-Christ dans les âmes, les missionnaires doivent, à bien plus forte raison, l'établir d'abord dans leurs propres cœurs de la manière la plus parfaite, afin qu'à l'exemple de Jésus ils puissent ensuite servir de modèles, annoncer, comme de vrais apôtres, les vérités du salut, et produire des fruits solides.

Ils se pénétreront de la pensée que le Fils de Dieu les envoie comme son Père l'a envoyé, pour se consacrer, se dévouer et s'immoler à sa gloire pour le salut des âmes (i).

(i) Sans doute, ils sont bien indignes d'une si grande vocation et absolument incapables d'en remplir les divines fonctions ; mais ils mettront toute leur confiance dans le Maître qui les envoie et ils tâcheront de faire tout ce qu'ils

Renoncement. — Leur vie ne doit donc pas être, comme celle du commun des hommes, une vie employée à la recherche de leurs propres intérêts et de leurs propres satisfactions ; mais elle doit être toute de foi et de charité. Vivant à Dieu pour les âmes, ils doivent consacrer tout leur être et employer tous leurs instants à leur sanctification, objet pour lequel leur divin Maître les envoie.

Ils feront profession de ne jamais mettre leur estime ni leur satisfaction dans les choses de la terre. Dans toute leur conduite, ils seront indifférents pour les grandeurs, les richesses et les plaisirs, n'estimant ce monde que comme Jésus-Christ l'a estimé, et mettant toute leur jouissance dans la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Ils éviteront cependant en cela l'affectation et F amour-propre.

Ayant une fois mis la main à la charrue, ils ne

pourront pour correspondre le plus parfaitement possible aux grands desseins de Dieu sur eux.

Ils vivront dans une grande union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme avec leur supérieur, leur père, leur souverain maître et leur chef. Ils lui obéiront avec foi et amour, comme des enfants pleins du désir de lui être agréables en tout, et de le glorifier partout et toujours. Ils le considéreront comme la source, le principe et l'âme de toutes leurs œuvres. Il sera leur lumière, leur vertu et leur amour.

Sachant quelle est l'incompréhensible sainteté de cet adorable Maître, ils doivent tendre de toutes leurs forces à la retracer en leur personne, imitant ses vertus au degré le plus parfait et ne disant jamais : « C'est assez », afin que les hommes soient obligés de reconnaître, en eux et dans leur conduite, Celui qui les envoie, le très saint, le très aimable et très doux Seigneur Jésus, leur Maître.

(Règle provisoire).

doivent pas regarder en arrière ; mais ils se rendront de plus en plus aptes au travail que Dieu leur a confié, par le détachement de tout ce qu'ils ont de plus cher, pour s'attacher de plus en plus parfaitement à Jésus-Christ leur Maître et aux âmes auxquelles il les a donnés.

Quoique ce détachement du cœur n'exclue point l'affection pour les parents ou autres personnes avec lesquelles ils auraient contracté des liaisons bonnes et conformes à la volonté divine, cependant ces liaisons ne doivent en rien gêner ni la liberté de leur esprit, ni la perfection de leur amour pour Jésus ; elles ne doivent leur occasionner ni tristesse, ni faiblesse, et n'arrêter jamais l'essor de leur zèle et de leur dévouement pour le salut des âmes.

Dans les lettres qu'ils leur écriront, ils se garderont bien d'entretenir une affection trop tendre qui affaiblit l'âme, mais ils leur parleront un langage digne d'un cœur apostolique, plein d'esprit de foi, et tendant toujours à édifier et à produire des effets salutaires pour leur sanctification.

Ils seront aussi détachés d'eux-mêmes que de toutes les choses de la terre, pour être tout à Jésus et aux âmes, pour entreprendre, avec un dévouement parfait, tout ce qui tend à la gloire de Dieu et au salut des hommes, et pour avoir, dans les peines et les difficultés, cette force et cette énergie qui fait les véritables apôtres de Jésus-Christ.

Ayant ainsi renoncé à eux-mêmes, pour consacrer toute leur vie à Jésus-Christ et aux âmes qu'il a rachetées, ils agiront en toutes choses comme des

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hommes qui ne s'appartiennent plus à eux-mêmes, mais à Jésus-Christ leur unique Maître, et n'auront que des vues pures pour sa gloire. m

Ils éviteront de se complaire en ce qu'ils pourraient voir en eux de bon, ainsi que dans le bien qu'il leur serait accordé de faire. Mais, tout en employant avec simplicité, pour la gloire de Dieu, les dons qu'ils en ont reçus, ils se maintiendront dans des sentiments humbles, dans la vue de leur bassesse. Ils ne s'attristeront pas non plus de ne pouvoir faire autant de bien qu'ils voudraient, mais ils feront de leur mieux, pour glorifier Dieu et procurer le salut des âmes, évitant le découragement, la préoccupation inquiétante, la déconsidération de soi-même, qui produit l'embarras, la timidité, et tous les autres défauts qui ont une fausse apparence d'humilité et ne sont que le résultat de l'orgueil froissé et humilié. Ils laisseront à leur divin Maître le soin de bénir leurs travaux et d'exaucer leurs désirs, quand et comme il lui plaira, de peur qu'en s'inquiétant ils ne s'occupent plus d'eux-mêmes que de la gloire de Celui à qui ils appartiennent.

Par suite de ce sacrifice d'eux-mêmes, ils éviteront les soins empressés et inquiets de leur santé ; ils ne feront, par rapport à cela, que ce que la gloire de Dieu et l'obéissance exigeront d'eux.

Générosité, esprit de sacrifice. — Pénétrés de cette vérité, que Jésus-Christ leur a enseignée par son exemple, et que l'Esprit Saint a si profondément gravée dans le Cœur éminemment apostolique de Marie, que la vie et l'âme de l'apostolat sont

la générosité et l'esprit de sacrifice, les missionnaires voueront leurs âmes à l'Esprit Saint, pour qu^l imprime en elles un véritable esprit apostolique, par le généreux amour des sacrifices (i).

Ils considéreront comme une faiblesse, dont ils auraient à rougir devant Jésus-Christ, toute crainte de s'exposer à des privations. Ils s'estimeront heureux de sacrifier à Dieu les douceurs de la vie, et en regarderont la jouissance comme un poison dangereux qui énerve l'àme, la privant de la générosité, de la force et de l'énergie apostolique que la grâce de l'Esprit Saint veut y entretenir.

Les peines, les afflictions, les contradictions et les humiliations seront considérées par eux comme des faveurs accordées par la bonté de Dieu, pour les rendre semblables à Jésus-Christ leur divin Maître. Ils en profiteront pour s'établir plus solidement dans l'abnégation d'eux-mêmes et de toutes choses et dans la parfaite soumission à sa sainte volonté. Ils les supporteront avec toutes les dispositions avec lesquelles leur divin Maître les a supportées lui-même pour leur donner l'exemple.

(i) Ils tâcheront de se pénétrer profondément de cette maxime qu'un véritable apôtre n'est pas dans le monde pour jouir, mais pour souffrir. Lorsqu'ils n'auront pas de croix, de privations et d'humiliations, loin d'en être contents, ils craindront plutôt de ne pas être de vrais apôtres. Ils s'humilieront profondément devant Notre-Seigneur de se voir indignes de la récompense ordinairement réservée à ses fidèles serviteurs sur la terre. De plus, ils se tiendront bien sur leurs gardes et prendront de grandes précautions contre le relâchement qui pourrait s'introduire facilement dans leurs âmes par suite de cette paix sensible dont jouirait la nature. {Règle provisoire).

Ils auront, au milieu de ces peines, l'esprit serein, libre, ouvert, calme, et conserveront la douceur et la gaîté dans leurs rapports avec les hommes.

Humilité, mépris du monde (2). — Ils auront une grande horreur pour l'orgueil, l'ambition et la vanité : en se livrant à ces vices, ils deviendraient des instruments nuls et même nuisibles à la gloire de Dieu, tandis que par la pratique parfaite de l'humilité, ils deviendront de véritables apôtres.

Ils n'attacheront aucun prix à ce que le monde estime grand, sublime et élevé. Ils ne se laisseront pas dominer par la superbe qui inspire le désir de se distinguer et de sortir du commun, de se faire un nom par l'étendue des connaissances, l'élévation de l'esprit, la sublimité des pensées et des discours.

(2) La fin de ce chapitre est empruntée à la Règle provisoire, et la présente note reproduit le texte des Règlements

de 1849. ,

La vanité sera à leurs yeux une bassesse indigne d un homme apostolique qui, venant au nom de Jésus-Christ, doit être au dessus de ces petitesses de l'esprit du monde. Ils se mettront en garde contre les vains sentiments de complaisance dans l'estime des hommes, et contre la pente des esprits vaniteux de se faire remarquer et distinguer au-dessus de leurs confrères. Mais, tout en traitant le monde avec une charité apostolique pleine de douceur, d'affection et de prévenance, et tout en remplissant leurs saintes fonctions avec l'affection qu'ils pourront, ils ne chercheront à plaire qu'à Dieu seul.

Ils ne se laisseront pas dominer non plus par la crainte du blâme et des jugements des hommes. Tout en ménageant leurs faiblesses et leurs préjugés, ils se consoleront de ces jugements, par la pensée que Jésus-Christ seul est leur Maître et leur juge et qu'ils sont trop heureux d'avoir à souffrir pour être ses fidèles disciples.

Ils s'efforceront, au contraire, de se pénétrer de la connaissance de leur néant, de leur faiblesse, de leur inutilité, de la profonde misère de leurs âmes, afin de s'établir dans une véritable humilité de cœur et dans le contentement au milieu du mépris des hommes.

Ceux qui réussissent dans les fonctions doivent veiller beaucoup sur eux-mêmes pour ne pas laisser pénétrer l'orgueil dans leur cœur et se laisser entraîner aux mauvais sentiments qu'il inspire. Ils doivent dans le succès s'abaisser sans cesse devant Dieu, craindre de se perdre eux-mêmes en sauvant les autres, demander avec instance la grâce de l'humilité, se réjouir si on les abaisse et si on ne fait pas attention à ce qui pourrait devenir pour eux le sujet d'une tentation d'orgueil. Cependant ils doivent employer avec simplicité les dons de Dieu pour sa plus grande gloire, tout en se tenant devant lui dans une sincère et profonde humilité^

Quand on ne réussira pas, ou quand on aura fait une action ou une démarche blâmée par les hommes, on se tiendra bien en garde contre la tristesse et le découragement, effets ordinaires produits dans ces circonstances par l'amour propre. On prendra garde à tout sentiment de fausse humilité qui rabaisse l'âme et la porte à l'abattement, comme aussi on évitera d'affecter les manières que l'amour propre invente pour couvrir la honte qu'on ressent; mais on s'humiliera dans son intérieur devant Dieu; on se réjouira devant lui de ce qu'il nous a procuré les moyens de parvenir à l'amour de notre propre abjection, et on tiendra son âme

dans la paix, tâchant d'oublier peu à peu ce qui cause cette humiliation.

Les missionnaires auront horreur de cet esprit d'ambition qui inspire le désir de dominer sur ses confrères, d'avoir plus d'autorité et d'être plus considéré qu'eux, dans l'intérieur de la communauté ou parmi les personnes du dehors. Ils se rempliront au contraire du véritable esprit d'humilité par lequel ils désireront sincèrement devant Dieu d'être regardés comme les derniers de tous.

Ils regarderont la vanité comme une bassesse indigne d'un missionnaire et d'un apôtre de Jésus- Christ ; ils chasseront loin d'eux tout sentiment de complaisance en eux-mêmes, tout désir de se faire estimer et remarquer. Ils ne feront jamais rien pour plaire à personne ou pour être considérés de qui que ce soit ; mais ils agiront en toutes choses dans le seul désir de plaire à Dieu.

Pour éloigner autant que possible tout sentiment de vanité, on s'abstiendra de donner des louanges et de dire des paroles flatteuses soit à ses supérieurs, soit à ses inférieurs, soit à ses égaux. La charité, la douceur et le respect avec lesquels on doit se traiter mutuellement, ne doivent jamais se pratiquer aux dépens de la sainte humilité.

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