ZÈLE APOSTOLIQUE
Le zèle, vertu fondamentale de la vie apostolique.
Mettant toute leur confiance dans la bonté de Jésus, les membres de la Congrégation demanderont sans cesse la grâce du zèle pour le salut des âmes, qui est la vertu fondamentale de la vie apostolique. Ils apporteront aussi de leur côté une grande fidélité aux desseins de Dieu pour la pratique de cette éminente vertu. Ils la considéreront souvent dans leur divin Maître et dans le Cœur de Marie, qui en a été rempli par les dons les plus parfaits de l'Esprit Saint. Ils tâcheront de la pratiquer selon toutes les règles de perfection qu'elle exige, évitant surtout les défauts qui s'y glissent facilement.
L'âme, la source et l'aliment du vrai zèle est un amour de Dieu, pur, saint, ardent, intimement gravé dans le cœur; ils prendront les moyens les plus efficaces pour établir parfaitement en eux cet amour. Ce doit être la vertu propre et caractéristique du missionnaire fervent, au service des âmes pauvres et nécessiteuses, dévoué au Saint-Esprit et à l'immaculé et tout apostolique Cœur de Marie.
Qualités du zèle,
II doit être généreux et constant. — Par un effet de ce saint amour, ils tâcheront de se remplir d'un zèle grand et généreux, les missionnaires n'auront jamais ni crainte, ni appréhension, et marcheront avec courage, sous la conduite de l'Esprit Saint, vers le but que Dieu leur propose : Faire çiçre et régner leur divin Maître dans les âmes. Ils travailleront avec confiance et amour, au dépens de leur repos, de leur santé, de leur honneur, de tous leurs intérêts, et de leur vie même, s'il le fallait.
Leur zèle sera constant et persévérant au milieu des peines, des fatigues et des privations, malgré les résistances des hommes et tous les autres obstacles.
Le vif désir de glorifier Dieu, que leur inspirera ce parfait amour pour lui, leur donnera un zèle énergique et ardent qui leur fera embrasser vigoureusement les moyens que la divine Providence leur mettra entre les mains pour gagner et pour sanctifier les âmes.
Faux zèle. — Cependant il faut éviter ce faux zèle qui n'est qu'un effet de l'imagination ou d'une ardeur naturelle : le zèle véritable n'est pas excité par un effort de la nature, mais il vient tout entier de la grâce du divin Esprit, et doit être puisé dans l'union intime avec Jésus qui en est la source.
C'est pourquoi, quelque ardent que soit leur zèle, il ne doit point produire le trouble dans leurs âmes.
Il faut éviter avec le plus grand soin l'activité immodérée, la précipitation, l'empressement, la préoccupation et les autres défauts de ce genre, marques d'un zèle imparfait, qui vient plus de la mauvaise nature que de Celui qui seul peut le donner pur et saint.
Il faut éviter avec le même soin la lenteur et les autres défauts opposés aux précédents. L'action extérieure doit être vive, selon l'exigence des circonstances-mais, dans l'intérieur, l'âme doit toujours conserver une sainte union avec son adorable Maître et agir avec une paix parfaite.
Pour se conserver dans cette paix du divin Maître, il faut qu'on évite les incertitudes de l'esprit ; on doit agir avec une grande liberté intérieure, faire ce qu'on croit bon et utile, pour procurer la plus grande gloire de Jésus-Christ, et lui laisser le soin de bénir et faire fructifier, selon son bon plaisir, ce que l'on aura fait.
Le zèle doit être doux et patient. — Les missionnaires éviteront le zèle âpre, qui est plutôt pharisaïque qu'apostolique. L'ardeur avec laquelle ils embrasseront ce qui peut procurer la gloire de Dieu, sera toujours tempérée par une douce charité qui, se répandant dans toute leur conduite, la rendra pleine de la bénignité de leur divin Modèle.
Ils se souviendront de cette parole qu'il adressa à ses Apôtres : Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. C'est pourquoi ils devront exercer la plus grande douceur envers ceux qui les persécuteront, les haïront et chercheront à leur ré-
sister ou à leur nuire. Ils seront comme des agneaux sans défense contre leurs ennemis, tant que ceux-ci ne s'attaqueront qu'à leurs personnes et que la gloire de Dieu ne sera pas compromise.
Ils exerceront particulièrement la plus grande douceur envers les pécheurs même les plus endurcis, envers les âmes faibles et malades que leurs vices et leurs penchants tiennent courbées vers la terre, envers les âmes grossières, envers celles qui leur résistent, Ils se regarderont comme les pères de tous les pécheurs, les représentants de Jésus- Christ, le divin Agneau, auprès de tous.
Ils réduiront en pratique, dans toute leur conduite, cette belle maxime apostolique, qui nous est enseignée par le grand Apôtre : Se faire tout à tous, pour les gagner tous à Je sus- Christ. Ils se mettront à la disposition de tous, se conformant aux caractères, aux goûts, aux désirs et aux vues de tous, afin que, par ce moyen, ils puissent faire pénétrer dans tous les cœurs l'amour des vérités du saint Évangile et le désir fervent et efficace de les pratiquer.
Cependant ils prendront bien garde de ne pas agir ainsi au détriment de leurs règles, de l'esprit dont elles doivent les animer, de l'union avec Notre Seigneur, de la vie modeste, humble, sainte et religieuse, dont ils doivent faire profession, à l'exemple de leur divin Maître.
Le zèle doit être plein de force. — Les missionnaires doivent allier, dans leur zèle, la force à la douceur. Ils feront une guerre continuelle aux péchés
et aux vices, les poursuivant partout jusqu'à entière extinction, s'armant pour cela de la vertu et de la puissance divine de leur Maître, qu'il leur communiquera, s'ils sont fidèles. Cependant, tout en poursuivant leurs vues saintes avec vigueur, ils disposeront toutes choses avec douceur et suavité, comme le fait Dieu lui-même.
La force avec laquelle ils agiront doit être reflet de l'amour de Dieu qui les remplit, produite par l'Esprit Saint et non pas fondée sur leur caractère et leur naturel. En déployant cette force apostolique, ils tâcheront de se maintenir dans l'esprit d'humilité et la basse opinion d'eux-mêmes, et de conserver la paix, la douceur et l'union de leurs aines à Dieu. Ils éviteront avec grand soin la raideur, l'opiniâtreté et tous les autres défauts qui accompagnent ordinairement l'énergie et la générosité naturelles.
Le zèle doit être prudent. — Ils ne doivent pas se livrer en aveugles à cette ardeur et à cette énergie qui les anime, ni employer sans discernement tous les moyens qui semblent de prime-abord propres à faire réussir leurs saintes entreprises ; mais ils considéreront les choses en la présence de Jésus- Christ, leur .Maître, et à la lumière de son divin Esprit, afin d'agir en tout selon la véritable et sainte prudence avec laquelle il a agi lui-même.
En voulant suivre cette règle, ils prendront garde de se conduire selon la prudence du monde ; ils n'auront jamais en vue leur intérêt propre, ni même celui de la Congrégation, ni aucune autre vue
humaine, mais Dieu seul et sa gloire. Ils éviteront la timidité, qui veut toujours prendre le parti le plus sûr pour l'amour-propre, l'incertitude dans les décisions, et tous les autres défauts qui dénotent un homme qui examine par la raison naturelle, et ne se livre pas assez à la lumière divine.
Ils tâcheront, dans toutes leurs entreprises, d'examiner avec soin, selon toutes les règles de la sagesse, le fond de leurs projets, les difficultés qu'ils pourront y rencontrer et les moyens les plus convenables pour surmonter ces difficultés et obtenir le succès désiré, faisant attention aux circonstances dont ces difficultés sont environnées ; mais ils ne mettront aucune confiance dans les moyens qu'ils croiront devoir employer pour réussir. Toute leur confiance sera uniquement en Jésus-Christ qu'ils auront toujours devant les yeux.
Ils se garderont bien soigneusement encore d'un autre défaut de la prudence humaine, où conduit quelquefois un faux zèle : de la ruse, de la finesse et du détour. Leur zèle sera dirigé par une prudence simple, ouverte, franche, évitant avec soin toutes les recherches de l'industrie humaine et toute voie s'écartant de la droiture qui convient à un homme de Dieu et dont notre divin Maître a donné l'exemple. Leur simplicité ne doit pas aller cependant jusqu'à découvrir indistinctement leur pensée devant tout le monde et dans toutes les circonstances ; ils doivent apprendre à discerner ce qui est à dire de ce qu'ils doivent taire, savoir être réservés, lorsqu'il le faut, et garder un secret, lorsqu'il est opportun qu'il soit gardé.
Ils observeront encore cette règle de prudence importante, pratiquée par les saints Apôtres, et dont Jésus-Christ lui-même a donné l'exemple : c'est de ne pas vouloir surmonter toute espèce de difficulté, mais de savoir plier pour un temps devant un obstacle qu'on prévoit ne pouvoir pas être écarté, ou dans des circonstances qui exigent, pour agir selon Dieu, qu'on attende et qu'on diffère, sauf à reprendre plus tard ce que l'on semble abandonner pour le moment (i).
Lorsqu'ils seront humiliés, calomniés, persécutés par les hommes, ils se tiendront en paix devant Dieu et mettront leur confiance en lui. 11 leur suffit de servir Dieu avec fidélité, se rendant témoignage de la pureté de leurs vues, sans vouloir être honorés et estimés des hommes ; ils éviteront surtout l'empressement et l'activité que la nature met à se justifier. Si cependant ces faux rapports devaient nuire à leur ministère ou être des obstacles à la gloire de Dieu, ils aviseraient aux moyens propres à en détruire les mauvais effets, mais toujours sans âpreté, sans rancune, se conservant au contraire dans les bornes de l'humilité, de la douceur et de la modestie, épargnant, si cela se peut, les persé-
(i) Un des moyens les plus efticaces pour avoir un zèl.e prudent et selon Dieu, c'est d'être parfaitement soumis et obéissant. Tous emploieront ce moyen avec grand soin. Non seulement ils ne feront jamais aucune ,qeuvre de zèle contre les règles et contre la volonté de leurs supérieurs ; mais ils tâcheront même d'agir, en tout ce qu'ils feront, par un ordre de ees mêmes supérieurs, excepté dans les cas pressés, où il est absolument nécessaire qu'ils agissent d'eux-mêmes. (Règle provisoire).
cuteurs, et les traitant même avec charité et convenance.
Se corriger des défauts naturels qui paralyseraient
le zèle.
Les membres de la Congrégation auront un très grand soin de vaincre les défauts de leur caractère et de leur humeur, faisant tous leurs efforts, pour ne pas faire souffrir et pour n'offenser en rien ceux avec lesquels ils sont en rapport, afin que leur ministère soit sans reproche, et que les hommes, voyant en eux de vrais serviteurs de Dieu, exempts des défauts et des faiblesses si communs dans le monde, profitent de leurs bons exemples, écoutent leurs paroles avec confiance et glorifient leur Père céleste.
Ils éviteront soigneusement dans leurs manières tout ce qui est défectueux ; ils auront un abord facile, ouvert, prévenant, afin de mettre à l'aise les personnes avec lesquelles ils converseront et de leur inspirer de la confiance. Ils seront polis envers tous, prenant cependant bien garde de ne jamais imiter en rien la politesse des gens du monde : la leur doit être une politesse de charité, pleine de la simplicité évangélique.
Ils se mettront en garde aussi contre la légèreté et les amusements frivoles ; ils éviteront même les jeux innocents, soit dans l'intérieur de la maison, soit en dehors.
Ils éviteront de se faire des tics ou habitudes généralement inusitées, en adoptant certaines expressions favorites, certaines manières dans le parler, les gestes, la démarche ou la tenue. Ces sortes d'imperfections proviennent d'un défaut ou d'une prétention ridicule ; il est rare qu'elles ne finissent par nuire plus ou moins au ministère. Tout dans le missionnaire doit être grave, modeste, sage, et tellement selon les convenances, que rien en lui ne soit de nature à répugner aux personnes qui le fréquentent (i).
(i) Ceux qui sont occupés ailleurs que dans les Missions, ne doivent pas oublier leur vocation à la vie apostolique. Ils doivent s'employer de toutes leurs forces (même les infirmes qui sont encore capables de quelque chose) à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes dans les endroits où ils se trouvent : le tout cependant selon la sainte obéissance et sans jamais rien négliger de leurs occupations ordinaires pour le bien de l'œuvre.
Ceux qui seraient tellement infirmes ou si occupés, qu'ils ne pourraient pas exercer le zèle à l'extérieur, doivent au moins pratiquer dans l'intérieur toutes les vertus propres aux missionnaires de la Congrégation, afin d'être toujours de vrais modèles poui les autres et un sujet d'édification pour le dehors.
(Règle provisoire).