‹ Directoire spirituel, ou, InstructionsChapitre 39 sur 69 · RÈGLES DE CONDUITE ENVERS LES AMES QUE NOUS AYONS A ÉVANGÉLTSEP · texte numérisé non relu

RÈGLES DE CONDUITE ENVERS LES AMES QUE NOUS AYONS A ÉVANGÉLTSEP

Principe de notre conduite et but de nos travaux.

Le principe de toute notre conduite à l'égard des âmes auxquelles nous sommes envoyés, sera un amour tendre, fort et compatissant, un désir ardent de procurer leur salut et de les sanctifier. Songeant que le Fils de Dieu nous a donnés à ces âmes, pour les former à la vie chrétienne et leur procurer le salut éternel, nous nous regarderons comme leurs serviteurs, nous leur dévouerons toute notre vie, selon l'étendue des desseins du divin Maître.

Tous nos travaux doivent tendre à la destruction des péchés, des vices, et à l'établissement du règne de Jésus-Christ dans les âmes ; cependant, lorsque nos travaux auront obtenu ces résultats dans une population, nous ne l'abandonnerons pas pour cela, mais nous mettrons nos soins à consolider et à perfectionner l'œuvre, en fortifiant les âmes dans les vertus et dans la pratique des maximes évangéliques, tant que notre secours leur sera nécessaire (i).

(i) Programme à réaliser.

Étant envoyés par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour établir son règne dans les âmes, nous devons employer toute la force de notre zèle contre le péché mortel, en donner la plus grande horreur à tout le monde ; et pour en

Conduite par rapport aux connaissances humaines.

Quoiqu'il soit utile et important que, par l'instruction dans les connaissances humaines et tous autres moyens, on introduise dans les pays sauvages les connaissances naturelles et les vertus sociales, pour s'en aider à consolider et à étendre les chrétientés qu'on formera ; cependant, les vérités de la foi étant Tunique objet de notre zèle, on en fera toujours, dès l'origine, le fondement de tous ses travaux, bien persuadés d'ailleurs que, sans la foi, on n'obtiendra jamais de ces peuples les vertus civiles et sociales, ni la correction du vice. Autant que possible, on avisera aux moyens de faire l'un et l'autre à la fois, afin de s'aider de la culture des esprits, et même de l'intérêt naturel des familles, pour incul-

délivrcr ceux qui en sont infectés, recourir à tous les moyens que notre amour pour notre divin Maître nous inspirera, et qu'une sainte prudence nous permettra de suivre. Nous devons aussi faire tous nos efforts pour éloigner du péché véniel et le rendre odieux.

Nous travaillerons encore de toutes nos forces à déraciner les vices et les habitudes mauvaises les plus répandues parmi les peuples confiés à nos soins. Tant que l'on n'aura pas détruit ces causes de péché, les âmes y seront toujours entraînées et y croupiront sans cesse.

L'ignorance étant la source principale des péchés et des vices grossiers, dans lesquels vivent les peuples, nous devons avoir recours à tous les moyens possibles pour les éclairer. Aussi faut-il commencer toujours par réveiller et affermir en eux la foi, en leur donnant une connaissance solide des dogmes de la Religion, et en leur expliquant clairement les Commandements de Dieu et de l'Église.

Mais il ne faut pas s'en tenir là ; il faut ensuite travailler à les sanctifier et pour cela tâcher de les remplir d'amour

quer avec plus de succès les saintes vérités de l'Evangile.

S'il se présentait des hommes rebelles à la parole de foi qu'ils viennent leur annoncer, les missionnaires ne laisseraient pas de leur enseigner, avec la même charité et les mêmes soins, les connaissances humaines, comme à ceux qui sont fidèles.

En général, leur amour tendre pour les hommes les portera à ne laisser échapper aucune occasion de leur faire du bien, non seulement le bien qui va directement au salut, mais encore celui qui est, en quelque manière que ce soit, pour le soulagement du corps et de l'âme, et cela, toujours par cette compassion tendre de la véritable charité et avec le désir de les sauver.

pour la personne adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour tous ses saints Mystères, faisant tout ce qui sera possible pour les leur faire connaître en détail et surtout ceux où éclate davantage sa charité pour nous.

Après l'amour et les sentiments de religion envers Notre- Seigneur Jésus-Christ, ce qui peut les porter le plus efficacement à travailler à leur sanctification, c'est un amour tendre, vif et plein de confiance, envers la très sainte Vierge. Nous nous efforcerons donc de les remplir de ces sentiments pour cette tendre Mère, leur expliquant et faisant goûter ceux de ses Mystères qui fournissent les instructions les plus utiles à leur état, leur indiquant des pratiques de dévotion envers Marie, établissant, prudemment toutefois, des confréries. Nous donnerons surtout l'exemple de cette dévotion de la manière la plus forte, et nous ne parlerons jamais de la divine Vierge qu'avec des sentiments profonds d'amour et de vénération.

(Règle provisoire).

Prédilection pour les plus malheureux.

Dévoués, par leur divin Maître, aux âmes les plus pauvres et les plus malheureuses, les missionnaires auront des soins et une tendresse toute particulière pour ceux dont la misère et le délaissement sont plus grands. Ils les traiteront avec une bonté et une prédilection spéciales, ils leur procureront tous les secours et les soulagements qu'ils pourront, sans trop examiner s'ils le méritent ou non. Ils s'entretiendront souvent avec eux, les visiteront fréquemment dans leurs pauvres réduits, et ne laisseront échapper aucune occasion de les instruire des vérités saintes et de les rendre meilleurs. Ils les combleront et les enrichiront, autant qu'ils pourront, de toutes sortes de biens spirituels.

La visite des malades sera encore une de leurs plus grandes et plus tendres sollicitudes apostoliques ; ils les consoleront, les fortifieront et les encourageront ; ils rendront aux plus pauvres tous les services, même les plus pénibles et les plus dégoûtants, et ils feront tout cela avec cordialité et gaîté de cœur. Dans les maladies mortelles, ils devront employer tous les moyens pour leur procurer l'avantage de recevoir le baptême, s'ils ne l'ont pas encore reçu, et les autres sacrements, s'ils sont chrétiens ; ils prendront bien garde de trop attendre pour les y préparer.

En général, ils auront une tendresse et une compassion très grandes envers les affligés ; ils apporteront à leurs peines tous les soulagements et toutes

les consolations qu'ils pourront. Ils se reprocheront comme une faute, la moindre négligence qu'ils auraient mise à donner du secours et de la consolation à une âme affligée, soit par la pauvreté, soit par la maladie, ou de toute autre manière.

Ils seront les avocats, les soutiens et les défenseurs des faibles et des petits, contre tous ceux qui les oppriment ; c'est dans ces circonstances que doivent se manifester la charité et la vertu de Jésus- Christ qui sont en eux.

Leur conduite cependant doit toujours être dirigée par la douceur et une sainte prudence, évitant d'agir avec trop de vivacité contre les oppresseurs, dans la crainte de les irriter davantage.

Leur manière d'agir avec ces pauvres âmes, dans tous les rapports avec [elles, sera simple, douce et cordiale ; ils seront pour elles d'une charité et d'une bonté toute paternelle ; ils leur manifesteront le plus grand intérêt, dans toutes les circonstances, et seront toujours prêts à les écouter avec bienveillance, n'en repoussant, n'en négligeant aucune, mais le tout sans affectation et par amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'elles représentent.

Défauts à éviter.

Les missionnaires éviteront, comme des défauts indignes d'un homme apostolique, les manières hautaines, dédaigneuses, moqueuses, indifférentes,

et toutes les façons de ce genre que les hommes du monde ont coutume de prendre envers les gens pauvres et méprisés ; mais, au contraire, plus ces gens seront abjects, plus leurs cœurs seront émus de tendresse et de compassion pour eux, et plus ils les traiteront avec bonté et affection.

Ils supporteront avec patience, douceur et bonté, leurs grossièretés, leurs défauts et leurs vices même, étant pleins d'une sainte et tendre compassion pour eux, à la vue de leur misère et de leur abaissement, tâchant de les guérir, par le moyen de cette douceur et de cette charité, des maux qui les accablent.

On ne laissera cependant pas faire le mal sans le désapprouver et le reprendre.

Quoique, en général, les missionnaires doivent s'efforcer de gagner l'affection et la confiance de ces* âmes, par leur conduite saintement charitable, cependant ils prendront garde que leur charité et leur douceur ne dégénèrent en faiblesse. Ils tâcheront de proportionner leur manière d'agir aux besoins des personnes, et ils emploieront à propos la fermeté, et même la rigueur, s'il le faut, mais la passion ne doit jamais y paraître. Il faut que ceux que l'on reprend voient, malgré cette sévérité, qu'on les aime et que c'est pour cela qu'on les reprend.

On doit prendre garde aussi de ne pas se familiariser avec eux, par cette douceur et cette simplicité ; il faut toujours que notre douceur soit accompagnée de gravité et de réserve.

Il est nécessaire que le missionnaire conserve un grand pouvoir et une grande autorité sur l'esprit de

ces peuples : cela est indispensable, si l'on ne veut pas ruiner son ministère auprès de ces âmes grossières et sans culture ; seulement il faut que cette gravité soit paternelle, ne dégénère pas en hauteur et en domination, et ne soit pas non plus affectée.

Méthode à employer.

On étudiera avec soin le caractère des populations ; on examinera leurs penchants, leurs inclinations, leurs affections ; par là, on parviendra à connaître leurs vices et les principes d'où ils proviennent ; par là aussi, on se mettra à même de prendre les vrais moyens d'acquérir de l'autorité sur les esprits, de trouver entrée dans les cœurs et de gagner l'affection et la confiance.

On s'efforcera de retirer ces pauvres âmes, par les pensées de la foi, des vues basses et abjectes où elles se tiennent elles-mêmes et qui sont souvent cause qu'elles se livrent sans retenue à beaucoup de vices. On tâchera de relever leur sentiment abattu, de leur inspirer de la force et de l'énergie ; mais on s'y prendra avec prudence, pour ne pas les jeter dans l'excès opposé : dans l'orgueil, l'esprit d'indépendance et d'insubordination.

On fera tout ce que l'on pourra, pour établir entre les riches et les pauvres, les Blancs et les Noirs, cette charité chrétienne qui fait que tous les

hommes se considèrent comme irères en Jésus- Christ, et pour anéantir, autant que possible, les mépris et l'indifférence d'une part, les jalousies et les haines de l'autre ; mais il faut une grande prudence en cela, pour ne pas perdre tout.

Page 1