EXERCICE DU ZELE PAR RAPPORT AU CLERGE
§ I. — Clergé indigène.
Dans les Missions lointaines, les membres de la Congrégation s'emploieront, avec toute la persévérance que le vrai zèle leur inspirera, à la formation d'un clergé indigène ; aucune peine, aucun sacrifice ne doit être épargné pour l'organisation et le perfectionnement de cette œuvre si conforme aux vues du divin Fondateur de l'Église, si instamment recommandée par le Saint-Siège, et qui d'ailleurs fournit seule le moyen de répandre au loin la lumière du saint Évangile et de l'établir solidement dans les contrées que nous sommes chargés de défricher.
Les missionnaires cependant se garderont bien d'aller à la légère et avec trop de promptitude dans une œuvre aussi importante ; ils ne se contenteront pas de faire des prêtres, mais ils s'appliqueront avec le plus grand soin à les bien former, pour les rendre dignes de ce saint état et capables d'en exercer avec plus de fruit les fonctions sacrées.
Ils éprouveront les sujets pendant un temps convenable, les formeront dans la science et la piété, et ne les feront avancer au sacerdoce que lorsqu'ils
se seront moralement assurés de leur vertu, de leur capacité et de leur persévérance.
Ils ne se contenteront pas de les instruire dans les sciences ecclésiastiques, mais ils leur apprendront tout ce qui sera capable de leur donner de l'influence et de leur attirer le respect. Ils ne se contenteront pas non plus de les former à la pratique des vertus chrétiennes et sacerdotales, mais ils mettront un soin tout particulier à réformer les défauts de leur caractère ; ils tâcheront de leur inspirer le courage, la force, l'énergie et l'activité ; ils les élèveront dans des sentiments nobles et généreux, prenant garde cependant de donner de l'aliment à leur orgueil, de leur inspirer la confiance en eux-mêmes et de les porter à l'indépendance.
Pour réussir plus facilement à les former à la perfection sacerdotale, ils choisiront ordinairement les sujets dès le plus bas âge ; ils les éloigneront, autant que possible, de tout rapport avec les personnes du dehors, au moins dans les premiers temps, leur donnant ainsi l'instruction préalable et les formant peu à peu.
Une fois promus aux Ordres inférieurs, et avant d'être avancés aux Ordres sacrés, ces jeunes gens pourront, lorsqu'on n'y trouvera pas d'inconvénients, être employés, dans la compagnie des missionnaires, au travail du salut des âmes.
Sachant que, de sa nature, cette sainte œuvre rencontre des difficultés très grandes, surtout dans les pays non civilisés, ils se prémuniront contre les tentations que le démon ou leur propre faiblesse pourraient leur suggérer ; ils opposeront aux obsta-
clos multipliés une constance et une fermeté proportionnées à la grandeur, à l'importance et à l'urgence de l'œuvre.
Ils s'encourageront mutuellement à la persévérance, dans les plus grandes difficultés. Si, au milieu de ces difficultés et de ces peines, il arrive à quelqu'un d'entre eux d'être tenté par une pensée de découragement, il regardera comme une grande faute de communiquer cette pensée à ses confrères, il se contentera d'en faire part à son supérieur.
Lorsque, par la miséricorde de Dieu, on sera parvenu à former des prêtres indigènes, on les traitera avec tous les égards avec lesquels on doit agir envers des confrères dans le sacerdoce : on les affectionnera et on les encouragera en toutes manières ; on évitera les airs de supériorité à leur égard, et tout ce qui, de près ou de loin, se ressentirait du mépris et de l'indifférence.
5 II. — Prêtres des paroisses.
Dans les pays où il se trouve des prêtres établis régulièrement dans les paroisses, les membres de la Congrégation leur porteront un respect et une affection sincères ; ils les traiteront avec distinction, leur céderont volontiers la première place, et agiront à leur égard avec toute la déférence due à leur position dans la sainte hiérarchie.
Dans les services que ces ecclésiastiques leur
demanderont, ils seront toujours disposés aies recevoir; ils ne leur manifesteront jamais aucun mouvement d'humeur ou de mécontentement pour cause d'importunité ou de manières peu convenables, ni d'indifférence envers ceux qui manqueraient de science, de talents, ou qui ne se conduiraient pas selon la sainteté ou la dignité de leur état. Ils éviteront en général toute manière d'agir qui pourrait leur faire de la peine, quels que puissent être leurs défauts. La modestie, l'humilité, la charité, l'affabilité animeront leurs rapports avec eux, le tout cependant avec simplicité et sans affectation.
Ils pratiqueront cette charité prévenante même envers les prêtres qui leur seront opposés, et envers ceux qui leur feraient du tort. Ils n'en parleront jamais en mal, même entre eux ; ils ne s'en plaindront jamais à personne, mais feront tous leurs efforts pour les aimer d'un amour sincère et cordial et leur rendront toutes sortes de bons offices, prenant bien garde de mettre aucune affectation dans cette conduite charitable, de peur d'en perdre tout le fruit et de mécontenter davantage ceux qui en seraient l'objet (i).
Ils tâcheront d'inspirer aux fidèles, par leurs paroles et par leur exemple, le plus grand respect
(i) Si cependant ils nuisaient à notre ministère, on prendrait les moyens convenables pour détruire les mauvais effets qu'ils auraient produits; mais on devra toujours en cela procéder avec la plus grande charité, de la manière la moins offensante pour eux, et avec les précautions nécessaires pour ne pas leur nuire ni à leur réputation non plus. (Règle provisoire).
pour les prêtres, et surtout pour leurs curés respectifs. Ils en parleront toujours favorablement, et ne manifesteront jamais aux fidèles de mécontentement touchant la conduite de qui que ce soit d'entre eux. Ils feront ressortir les qualités de ceux qui sont bons et excuseront, autant que possible, la conduite de ceux qui auraient donné prise à la critique des gens du monde, à moins qu'il ne puisse en résulter du scandale.
Ils auront avec les prêtres des rapports faciles, mais ce sera pour la gloire de Dieu et non pour former de ces liaisons qui ne tendent qu'à la satisfaction de la nature. Quoique ces rapports soient nécessaires pour leur manifester le respect et la déférence qu'ils ont pour eux, ils éviteront cependant les visites trop fréquentes et sans but ; ils les engageront plutôt à venir les voir, afin de leur rendre service, sans s'exposer à se répandre trop au dehors et à perdre, par là, le goût de la vie de communauté.
Nos maisons doivent être à la disposition des ecclésiastiques, pour leurs retraites annuelles ou autres (i).
On les recevra avec beaucoup de prévenance, quand ils viendront ; on les logera et on les nourrira convenablement, et cela, sans exiger de rétribution, lorsque les ressources de la maison le per-
(i) Nous regarderons la sanctification des prêtres comme un des points les plus importants de notre ministère. De là dépend le salut d'une foule innombrable d'àmes, ainsi que la solidité et la conservation du bien que nous pouvons faire parmi les peuples. (Règle provisoire).
mettront ; si cependant ils veulent faire une aumône, on ne la refusera pas, de peur de leur causer de la
peine.
On saisira toutes les circonstances pour leur être utile ; on les soutiendra et on les encouragera dans leurs peines et leurs difficultés, et on leur rendra tous les services qu'une charité pleine de respect doit nous inspirer, surtout pour ce qui touche au saint ministère.