MINISTÈRE DE LA PAROLE DE DIEU
Dispositions requises pour ce ministère.
Les missionnaires, envoyés par Notre-Seigneur Jésus-Christ et prêchant en son saint Nom la doctrine du salut qu'il est venu apporter sur la terre, doivent avoir ces divines vérités dans le cœur et les annoncer comme il les annonçait lui-même (2).
C'est pourquoi ils liront et méditeront souvent le saint Évangile et les écrits des Apôtres, pour acquérir la parfaite connaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de ses saints Mystères, pour se remplir des grandes et admirables vérités qu'il est venu nous enseigner par lui-même et par son Esprit Saint. Ils y puiseront, par le recueillement et la prière, une connaissance exacte des qualités et des
(2) Les missionnaires considéreront la prédication comme le ministère principal et le plus important de leur apostolat. Ils tâcheront de s'en acquitter en vrais apôtres.
Ils prendront pour modèles de leur prédication Notre- Seigneur Jésus-Christ et les saints Apôtres. Ils ne s'en proposeront jamais d'autres.
Ils étudieront avec soin et dans un grand esprit de piété et d'oraison toutes les dispositions intérieures et extérieures de Notre-Seigneur et de ses saints Apôtres dans leur prédication et leur manière de prêcher. Ils tâcheront de retracer le même genre et les mêmes dispositions, le tout dans un grand esprit de piété et de ferveur.
(Règle provisoire).
dispositions avec lesquelles ont prêché leur divin Maître et Ses saints Apôtres.
La fin qu'ils se proposeront, dans leur prédication, doit être de faire connaître aux hommes leurs prévarications ; de leur en inspirer de l'horreur ; de les instruire dans la voie du salut ; de les exciter, par tous les moyens qu'un zèle et une éloquence sainte peuvent fournir, pour leur faire embrasser ces vérités avec ferveur et d'une manière pratique (i).
(i) Dans leurs prédications ils auront pour fin d'inspirer la haine et l'horreur du péché, de convertir, de changer les âmes, de les porter à l'amour de Dieu, de les instruire dans les vérités saintes de la religion, de leur apprendre à servir Dieu et à marcher dans la perfection pour assurer leur salut éternel.
Pour parvenir à cette fin, ils doivent viser dans leurs discours à éclairer les esprits, pour leur faire concevoir parfaitement les choses divines, et à échauffer les cœurs, afin de les porter à la haine de ce qui est haïssable devant Dieu et à l'amour des choses qu'ils doivent aimer, qu'ils fuient les unes et qu'ils embrassent les autres avec ferveur et courage. Ils ne doivent pas se contenter de produire ces effets sur l'imagination par des paroles emphatiques et par les industries de leur esprit ; mais ils doivent pénétrer dans l'esprit et le cœur de leurs auditeurs, en assaisonnant leurs discours par le sel de la grâce et leur donnant l'empreinte de la lumière divine qu'ils obtiendront s'ils sont fidèles.
Le fond, l'âme de leur prédication évangélique sera non un sec esprit d'étude tt de science, mais, comme dans les grands modèles qui leur sont proposés, un véritable esprit intérieur, un grand amour de Dieu, un zèle ardent pour l'établissement de son règne dans tous les hommes et un désir fervent du salut et de la sanctification des âmes. S'ils ont cette flamme brûlante d'amour dans leur intérieur et s'ils sont remplis de l'Esprit de Dieu, ils paraîtront dans la chaire comme de vrais apôtres et produiront des fruits merveilleux.
(Règle provisoire).
Pour obtenir ce résultat, ils ne prêcheront point une morale sèche et trop raisonnée ; mais ils baseront l'enseignement de la morale chrétienne sur les vérités éternelles, les autres dogmes de la foi et les mystères du Verbe incarné et crucifié pour le salut du monde. Ils graveront profondément dans les esprits ces dogmes fondamentaux, et s'en serviront, comme de puissants leviers, pour soulever les âmes et les arracher au vice, et, comme d'un baume précieux, pour infiltrer dans les cœurs la confiance et l'amour. C'est ainsi qu'ils jetteront la crainte et la terreur dans l'âme du pécheur, pour l'arracher à ses penchants funestes ; qu'ils le ramèneront à Dieu, par la confiance, et lui rendront doux le joug du Seigneur, par l'impression du divin amour.
Qualités de la prédication.
Leur prédication doit être zélée et fervente ; leurs paroles ne doivent pas être un jeu de l'esprit, mais elles doivent partir d'un cœur profondément et intimement pénétré du divin amour et d'un zèle puissant pour le salut et la sanctification des âmes.
C'est pourquoi, dans la préparation qu'ils apporteront à leurs prédications, ils ne mettront pas leur confiance dans l'étude et la science ; mais ils disposeront les matériaux de leurs discours, en s'unissant, dans un recueillement doux et suave, à l'amour et au zèle ardent de leur divin Modèle, et, pénétrés de ces sentiments, ils se livreront à la fer-
veur de leur âme ; ils en animeront les vérités qu'ils auront à annoncer et les inculqueront dans les cœurs de ceux qui les écoutent.
Ils n'apporteront pas cependant cette ardeur à toutes leurs paroles ; ils proportionneront à chaque vérité le sentiment qui lui est propre et qu'ils voudraient voir dans leurs auditeurs ; et ce sentiment, ils le puiseront dans la même source de l'amour, du recueillement et de l'union à Jésus-Christ, leur Maître.
Leur prédication doit être sainte ; ils doivent toujours annoncer la parole de Dieu et non pas leur propre parole ; ils ne s'étudieront point à employer les industries de l'éloquence humaine, pour obtenir de bons effets ; mais ils parleront en hommes inspirés par la grâce divine, et tâcheront d'imprimer les sentiments qu'ils éprouvent eux-mêmes dans les âmes de ceux qui les écoutent, en agissant toujours sous l'impression de cette sainte grâce (i).
A l'animation de leurs paroles, ils joindront celle de l'action, tâchant de rendre l'impression qu'ils
(i) Leur prédication doit être pure, exempte de tout motif humain, de tout intérêt et de toute espèce de satisfaction humaine.-Ils y apporteront de profonds sentiments d'humilité, se conservant libres de tout amour-propre, de toute vanité, de toute complaisance quelconque en eux-mêmes et dans les choses qu'ils disent. Aussi veilleront-ils avec grand soin sur eux-mêmes, avant, pendant et après la prédication, afin que l'ennemi ne trouve rien qui lui appartienne dans une œuvre si sainte et si grande, et qu'ils n'aient pas le malheur de vouloir plaire aux hommes et de se prêcher eux-mêmes, au lieu de prêcher Notre-Seigneur. (Règle provisoire,)
éprouvent, par leurs gestes, l'expression de leur figure et par la contenance de leur corps : ce sont là comme autant de paroles puissantes que Dieu donne aux prédicateurs apostoliques, pour opérer le salut des peuples.
Cette action ne doit pas être l'effet d'un calcul de l'esprit ; mais elle doit partir du profond sentiment qu'ils éprouvent dans leur âme, et être toujours en rapport parfait avec leurs paroles et avec les sentiments qu'ils veulent produire dans les autres.
Ils éviteront la méthode de ceux qui cherchent à frapper les esprits par des vérités générales et spéculatives, ou à exalter les imaginations par des idées et des paroles emphatiques : la prédication apostolique est solide et pratique ; elle éclaire vivement les esprits, tout en allant directement aux cœurs, pour les remuer et les porter à goûter et à aimer les vérités qu'ils annoncent.
Leur prédication doit être simple, dans les pensées, dans les mouvements affectueux, dans l'ordre et l'enchaînement des matières et dans le style. Le secret de leur éloquence tout apostolique consistera à sentir vivement les vérités qu'ils veulent prêcher, à les rendre telles que leur divin Maître les leur aura imprimées dans le cœur, sans trop s'attacher à la manière de les exprimer, et sans mettre de recherche dans la tournure des phrases et des pensées.
Cependant ils ne doivent, en aucune manière, apporter de la négligence dans ces différents points ; ils doivent éviter tous les défauts dont ils s'aperçoi-
vent, et même donner un certain soin à leur style et à leurs gestes, afin de ne pas nuire, en les négligeant, à l'impression que doivent faire leurs paroles.
Il faut que leurs pensées soient solides, claires, sans embarras et mises à la portée de ceux qui les écoutent, pour que tous les comprennent sans difficulté et sans contention d'esprit.
Cette simplicité ne doit pas non plus nuire à la dignité qu'exigent les vérités qu'ils annoncent ; ils éviteront avec soin le genre trivial ; sentant avec dignité les vérités du salut, ils les rendront de même, tout en se proportionnant à la simplicité et même à la grossièreté des intelligences qu'ils veulent éclairer.
Leur prédication doit être pleine de force. — Étant les prédicateurs de la vérité, et, par là, les antagonistes du monde, du démon et de ses œuvres, ils doivent déployer la force et la générosité apostolique dans leurs prédications. Abjurant toute crainte et toute faiblesse, ils s'animeront de l'esprit de leur divin Maître et parleront avec la puissance qu'ils en ont reçue, pour la destruction du péché et du vice, et pour la correction des peuples. Tout en mêlant l'onction de la grâce à l'énergie de leurs paroles, ils éviteront ces ménagements qui ressentent la faiblesse et la pusillanimité, prenant garde cependant que leurs discours ne dégénèrent point en déclamations ou invectives passionnées, et, plus encore, que leurs descriptions ne soient point des personnalités.
Dans le ministère de la parole, ils doivent repré-
senter avec dignité et grandeur d'âme le Maître qui les envoie, et parler tanquam potestatem habentes. Ils feront tout ce qui est en leur pouvoir, pour vaincre les vaines et ridicules timidités et les troubles qui en sont la suite. Parlant au nom de leur Maître et le représentant auprès de leurs auditeurs, ils doivent prendre sur eux l'ascendant attaché au caractère de l'apostolat et ne pas rabaisser la parole de Jésus-Christ, par la faiblesse de leur naturel. Ils songeront cependant que leurs prédications doivent être toujours accompagnées d'une parfaite modestie ; ils éviteront avec un grand soin la hauteur ou cette hardiesse inspirée par l'orgueil, et ne prendront jamais un ton de suffisance réprouvée de Dieu.
Préparation.
Les missionnaires prépareront leurs prédications et même leurs catéchismes avec grand soin, et jamais, hors les cas de nécessité absolue, ils ne doivent monter en chaire sans s'y être préparés, de peur qu'ils ne tombent dans l'orgueil et la présomption.
Chacun fera sa préparation de la manière qui lui convient le mieux, soit en écrivant tout ce qu'il doit prêcher et l'apprenant par cœur mot à mot, soit en écrivant seulement les principaux points de développement, soit en gravant tout cela simplement dans son esprit, sans rien écrire.
En préparant leurs discours, ils ne se contenteront
pas de considérer les vérités abstractivement et en elles-mêmes ; mais ils les appliqueront pratiquement aux besoins, aux vices et aux caractères des peuples auxquels ils parlent, ils se représenteront bien les dispositions de ces peuples, leurs mœurs, leurs usages, la trempe de leur esprit, afin d'y proportionner la parole de Dieu qu'ils leur annoncent (i). Leurs prédications doivent être préparées, autant que possible, en esprit d'oraison, avec piété et recueillement devant Dieu. Ils se tiendront en cet état, soit pendant les lectures qu'ils feront et qu'ils méditeront, soit dans l'arrangement de leur sujet et ses développements, soit en l'apprenant. Il serait bon alors de se représenter au milieu des peuples et de s'animer des sentiments que doivent respirer nos paroles au moment de la prédication.
(i) Pour approfondir leur sujet et s'en remplir, ils peuvent employer une de ces trois méthodes : la première de lire des auteurs pieux sur la matière de leur prédication, capables d'éclairer l'esprit du prédicateur et de toucher son cœur. Ils méditeront les vérités qu'ils auront lues pour s'en pénétrer; puis ils prépareront ce qu'ils doivent prêcher, selon leur méthode ordinaire. — La deuxième de méditer sur son sujet, sans avoir recours à un livre, l'arrangeant, le divisant, l'accommodant aux besoins des peuples sans secours étranger. Pour faciliter ce travail, on prend un ou plusieurs textes de l'Écriture pour en faire le sujet de ses méditations et pour en tirer le développement de son sermon. — La troisième d'avoir toutes prêtes ses divisions et subdivisions ; avant de monter en chaire on les médite pendant quelque temps en esprit d'oraison. Cette dernière manière de se préparer ne doit être permise que quand on est sûr qu'elle suffira au prédicateur, pour bien s'acquitter de son emploi, et qu'il ne tombera pas dans les défauts auxquels elle expose.
(Règle provisoire.)
On doit surtout se maintenir dans ces sentiments, dans la préparation immédiate ; il faut en ce moment, éviter l'application sèche de la mémoire qui n'aboutirait qu'à enlever le recueillement intérieur et à éloigner l'affection du cœur (i).
Fuir la vaine complaisance.
S'ils doivent prendre leurs mesures, pour que leurs prédications aient les qualités nécessaires pour le bien des autres, les missionnaires doivent veiller aussi pour qu'ils n'en souffrent pas de détriment eux-mêmes. Ils se mettront en garde contre la vanité et la complaisance ou satisfaction humaine qui l'accompagne : ces sentiments et d'autres semblables seraient capables de détruire en eux tout l'esprit de sainteté qui doit les animer. Ils s'examineront donc spécialement sur ces différents points, après leurs prédications, et viseront de plus en plus à l'oubli d'eux-mêmes. Ils éviteront de parler de leurs prédications, après les avoir faites, afin de ne pas se laisser tromper par les illusions de l'orgueil et du démon qui en est l'auteur et qui cherche à leur
(i) En montant en chaire, ils se conserveront dans un profond recueillement et se donneront à Notre-Seigneur, en esprit de sacrifice et dans le désir de donner leur vie pour la sanctification des âmes auxquelles ils vont parler et i our les vérités qu'ils vont leur annoncer. (Règle provisoire).
inspirer cette complaisance en eux-mêmes, sous de vains prétextes (i).
Catéchismes.
Si, dans la prédication, on doit s'adresser au cœur, dans le catéchisme, il faut parler directement à l'esprit. On aura grand soin d'être clair, concis et substantiel ; cependant, en prenant tous les moyens de faire comprendre les vérités qu'on enseigne et de les graver dans les esprits, on aura une parole onctueuse, pour les faire goûter et aimer par ceux qui les écoutent.
(i) Après la prédication, il se tiendront dans le recueillement et dans les bons sentiments que cette sainte action aura produite en eux, tâchant d'en profiter pour le bien de leurs âmes. Ils repousseront toutes les pensées et tous les sentiments de vanité qui s'élèveraient en eux, tâcheront de s'oublier entièrement eux-mêmes, de ne plus s'occuper de l'action qu'ils viennent de faire que pour reconnaître humblement leurs fautes devant Dieu, aiin de s'en corriger. Enlin ils se recommanderont à la très sainte Vierge, avec les âmes auxquelles ils auront prêché.
Les supérieurs doivent veiller soigneusement à ce que les prédications se fassent selon toutes les règles du véritable apostolat. Ils doivent éloigner les prédicateurs qui prêchent avec orgueil et avec vanité, comme aussi ceux qui prêchent trop humainement, qui mettent trop de recherche dans leurs pensées, leur style et l'arrangement de leurs discours. Ils doivent prévenir d'abord ceux qui tomberaient dans ces défauts, et si cet avertissement ne suffit pas pour les corriger, ils doivent les éloigner pour quelque temps de la prédication et leur donner d'autres emplois. Si après cela ils voient qu'ils sont incorrigibles, il faut leur interdire tout à fait le ministère de la parole.
(Règle provisoire.)
Le langage dans les catéchismes, doit être un langage familier et approchant de la conversation ordinaire. On doit se faire enfant avec les enfants, afin d'exprimer les vérités saintes dans un langage d'enfant, pour se mettre à leur portée et les leur rendre compréhensibles ; on usera pour cela de similitudes, de paraboles et d'autres moyens de ce genre, afin de parler à leur imagination, et ainsi faire entrer les vérités dans leur esprit.
On prendra toutes les mesures, pour rendre les catéchismes intéressants et pour fixer les intelligences légères ou volages des enfants, en leur faisant prendre goût à ces instructions. On excitera leur imagination, sans cependant leur inspirer des sentiments d'orgueil et de vanité.
On maintiendra le bon ordre et le silence dans les réunions, et, pour cela, tout en traitant en particulier chacun de ses enfants avec douceur et affection, on exercera sur eux, quand ils seront assemblés, • une surveillance active, grave et ferme, se conservant toutefois dans les bornes de la modération.