LA SAINTETÉ REQUIERT L'HARITUDE D'AGIR SOUS L'INFLUENCE DE LA GRACE
1° Nécessité de cette habitude pour la vraie sainteté.
Pour parvenir à l'accomplissementMes desseins que Dieu a sur nous, en nous donnant la grâce sanctifiante, il ne suffit pas que nous arrivions à produire des actes saints, à des intervalles plus ou moins éloignés ; il nous faut les rendre aussi fréquents que nous pouvons. Il ne suffit pas non plus que, au moment de faire des actes, nous dirigions nos intentions vers Dieu et nous nous efforcions de les faire dans les conditions voulues pour qu'ils soient saints. Nos efforts seraient alors, il est vrai, bons et louables, et nous procureraient souvent un certain mérite devant Dieu. Mais ils seraient presque toujours impuissants à donner à nos actes le caractère véritable de la parfaite sainteté, surtout si notre âme était d'habitude sous l'influence des impressions de la nature ; car alors la grâce n'aurait pas assez d'action sur elle, pour lui donner cette impression surnaturelle, pure et sans mélange, ni pour l'incliner vers Dieu seul. Les efforts que nous ferions en ce moment seraient une preuve de
bonne volonté, provenant de bonnes inspirations de Dieu, mais, lors même qu'ils seraient dans les meilleures conditions, la nature y aurait généralement sa bonne part. Je dis : quand même ces efforts seraient dans les meilleures conditions, car il arrivera souvent qu'ils seront accompagnés de contenu tion d'esprit, de raideur, ou d'autres imperfections qui dénotent une part considérable du sentiment de la nature, et parfois de la nature mauvaise.
Pour obtenir la sainteté dans nos actes, il faut donc introduire la grâce sanctifiante comme principe actif et vital dans toutes nos habitudes, de manière que, comme l'homme du monde vit sans cesse sous la tendance de la jouissance et du bonheur de la nature, nous vivions , nous , sous la continuelle tendance de la vie divine et sanctifiante que Jésus- Christ nous communique, comme le tronc communique la sève aux branches. Alors, comme les branches produisent des fruits selon la nature de la sève qu'ils reçoivent du tronc, de même nous produirons des œuvres saintes selon la nature de la sève toute sainte que nous recevons du divin tronc sur lequel nous sommes entés. La grâce étant devenue ainsi le principe habituel de notre vie, nous aurons la facilité d'être impressionnés par les objets surnaturels, et nous serons inclinés vers ces objets.
De plus, cette tendance surnaturelle nous fera voir très souvent Dieu dans ce qui, de sa nature, est un objet naturel, et l'élèvera ainsi à l'état surnaturel.
Enfin, vivant sous cette influence qui nous entraîne vers Dieu, nous tournerons le dos à la créa-
ture, c'est-à-dire, nous perdrons la tendance, l'inclination vers les choses créées. Par suite, nous aurons difficilement une impression favorable d'un objet naturel, et si nous venons à en recevoir, nous ne serons pas facilement inclinés vers cet objet ; nous aurons par conséquent une grande facilité à repousser cette inclination pour suivre celle que nous recevrons de la grâce. En outre, le mélange de la nature avec la grâce pour nous incliner vers le même objet deviendra rare, parce que la tendance de la grâce, étant habituelle dans Famé, diminuera nécessairement celle de la nature, selon le degré de force dans lequel cette tendance de la grâce existe dans l'habitude de notre vie ; par conséquent, notre action sera plus pure et plus sainte.
L'âme, dans cet état, a la facilité et l'inclination de faire des actions saintes : elle a donc la vertu de la sainteté. Le mouvement vital qui est en elle est habituellement animé par la sève de la sainteté qu'elle reçoit de Jésus-Christ, auteur et consommateur de toute sainteté ; elle est sainte. C'est ainsi que s'accomplit en nous la parole de notre divin Maître : Si quelqu'un reste en moi par la grefte de la sanctification, et moi en lui par faction de cette sainte grâce, animant toutes les tendances habituelles de la vie, celui-là portera beaucoup de fruits ; toutes ses actions seront saintes, parce que sans moi cous ne pouvez faire aucun fruit, car toute autre sève que celle qui vient de moi ne peut rien produire. Si quelqu'un ne reste pas en moi par la grâce sanctifiante, qui le greffe sur mon tronc, il sera coupé et jeté dehors, puis on le ramassera, on le jettera au feu, et il brûlera.
2° Moyens par lesquels s'établit en nous l'habitude d'agir sous l'influence de la grâce.
On peut arriver à cette habitude de sainteté de deux manières : i° par une infusion subite — ou du moins par une action de la grâce qui tient de l'infusion ; 2° par un courant de grâces qui établissent peu à peu l'âme dans cette habitude.
Premier moyen. — Par une faveur extraordinaire, Dieu parfois donne à l'âme cette habitude d'une manière infuse, sans quïl y ait eu travail de notre part. Mais cette infusion subite et instantanée est un fait très rare, même dans l'histoire de la vie des Saints.
On voit, il est vrai, assez souvent, surtout à la suite d'une conversion éclatante, l'âme entrer dans une ferveur d'amour très grande, être vivement inclinée vers les choses surnaturelles, avoir en horreur les jouissances de la terre et se porter avec ardeur vers Dieu. Ceci montre les moyens puissants que la divine bonté emploie pour faire parvenir cette âme à la sainteté, mais cela n'est pas encore la sainteté. Cette effervescence passionnée de l'amour de Dieu est excellente, mais tout n'y est pas le fruit de la sève de sainteté qu'elle a reçu de Jésus. Si cette âme pouvait analyser les principes divers de son activité (ce qu'il ne serait pas opportun de faire), elle y trouverait de quoi faire une bonne part à la nature, même à la nature défectueuse, et aussi à la nature mauvaise.
Dieu, dans sa miséricorde infinie, prend cette âme
selon la faiblesse de sa nature, et par le côté où elle est plus facilement attirée à lui. Elle est toute répandue dans les sens et habituée à recevoir ses impressions par les sens, à juger, à aimer et à agir par les sens; elle ne vit que par les sens. La voyant dans cet état, et voulant l'attirer à une vie de sainteté, la grâce divine opère nécessairement sur ses sens intérieurs, lui fait percevoir Dieu par le secours de l'imagination, l'impressionne et lui donne une impulsion sensible vers Dieu ; et cette impulsion, agissant sur les sens, émeut les passions dans le degré de force et d'intensité de l'impression. Autant la jouissance est grande, autant le mouvement passionné, qui tend vers cette jouissance, est violent. On peut déjà voir par là que le degré d'intensité dans cet amour tient en grande partie à la jouissance produite dans les sens par la perception de Dieu
L'àme éprouve, il est vrai, un ardent entraînement vers Dieu, elle est détachée des jouissances dans les créatures, mais cet entraînement vers Dieu et ce détachement ont pour cause principale le bonheur qu'elle trouve en Dieu; ce n'est pas là la pureté de l'amour. Elle reste toujours attachée à elle-même et éprouve le besoin des jouissances pour se maintenir dans l'amour de Dieu.
De plus, quand les passions sont dans l'effervescence par suite d'une impression forte, la raison n'a point ou a peu d'action sur elles ; il résulte de là que cet entraînement d'amour, qui est mélangé de l'influence de l'amour naturel de soi-même, emporte l'âme, souvent sans qu'elle s'en aperçoive,
dans les défauts qui, depuis la corruption du péché, sont inhérents à cet amour naturel pour soi.
Cependant, cette impression dans les sens et l'entraînement qui la suit étant Y effet de la grâce, renferment un amour véritable ; ils sont bons, désirables, et peuvent être considérés comme les moyens ordinaires dont la divine Providence se sert pour amener les âmes à une sainteté parfaite.
Mais il ne faut pas qu'on se considère, dans cet état, comme étant déjà parvenu à la sainteté, et, quand ces impressions sensibles cessent, on ne doit pas non plus se croire déchu de la sainteté. C'est alors, au contraire, que cette sainteté pure s'établit solidement dans l'âme. Il faut donc que l'âme se maintienne dans son attachement à Dieu, dans son habitude surnaturelle de la vie de Dieu en elle, et, en restant fidèle et persévérante à vivre en Dieu et non dans les créatures, elle arrivera à une véritable sainteté.
Pendant le temps qu'elle a été sous l'impression de la jouissance sensible de Dieu, toutes les passions naturelles paraissaient éteintes, parce que les jouissances saintes devaient nécessairement les effacer et tourner toute l'activité de l'âme vers Dieu. Mais leur principe ayant été conservé — puisque l'amour naturel de soi-même n'avait pas été sérieusement combattu, — elles sont en réalité restées vivantes, quoique dans l'inaction. C'est pourquoi, aussitôt que les impressions sensibles cessent, les penchants vicieux et les défauts reparaissent. Il ne faut pas s'en effrayer, mais les combattre avec fidélité.
Dans ce combat, l'âme a l'avantage, si elle est
fidèle : car, d'un côté, ses vices et ses défauts sont ailàiblis par l'inaction dans laquelle ils ont été, et surtout parce que les tendances surnaturelles de l'âme, qui se sont établies pendant ce temps de ferveur sensible, ont coupé une grande partie des racines qui les alimentaient et diminué la sève de la vie de la nature qui les vivifiait en les remplaçant par une augmentation de la sève de la grâce. D'un autre côté, l'âme a acquis des lumières en plus grande abondance, avec des forces de résistance qu'elle n'avait pas auparavant; elle est étayee par des grâces plus abondantes et par les vertus diverses qu'elle a eu le temps d'acquérir dans un certain i.\e<j;vc.
J'ajoute une observation pour rectifier ce qu'il y a de trop général dans ce que je viens de dire sur cet étal sensible.
Pendant un temps plus ou moins long après la conversion à Dieu, les impressions surnaturelles se font sur les sens et produisent une impulsion active dans les passions; mais il arrive très souvent qu'après ce temps, les sensations deviennent plus douces ; elles se spiritualisent peu à peu ; le mouvement passionné de l'âme diminue, et lame acquiert une certaine fixité en Dieu. Alors, au furet à mesure que l'âme s'avance dans cette voie, les impressions affectent davantage la sensibilité intellectuelle, l'action de lame vers Dieu prend la même forme, son amour devient plus pur et acquiert plus d'intensité, les vertus sont plus parfaites, les vices et défauts ne reparaissent plus, ou ne paraissent que légèrement. L'action de la grâce pénètre peu à peu dans
tous les mouvements de l'âme et arrive, à la longue, à la vivifier purement et saintement dans les habitudes ordinaires de la vie.
La sainteté ainsi acquise tient en partie à l'infusion; cependant, la grâce a été pas à pas secondée par la correspondance de l'âme.
Deuxième moyen. — Le second moyen, que Dieu nous donne ordinairement pour arriver à la sainteté habituelle, consiste dans un courant de grâces particulières plus ou moins élevées, par lesquelles il prévient, attire, éclaire et touche l'âme, alimente et fortifie l'activité de la volonté, pour produire des actes tendant vers lui, et animés par l'esprit de sainteté qu'il a mis en nous. De cette manière, il entretient notre âme dans une fidélité habituelle par la répétition des actes ainsi animés de sa grâce, il diminue dans nos actes et dans les habitudes de notre vie l'influence de la vie naturelle, et il détruit peu à peu l'insinuation de la nature mauvaise.
i° D'abord, Dieu entretient notre âme dans la fidélité habituelle. En effet, comme il agit sur nous pour nous rendre fidèles dans l'accomplissement de chaque acte en particulier, la répétition fréquente de cette fidélité à ses grâces nous donne une grande facilité à lui rester fidèles ; peu à peu, ce qui fait obstacle à notre fidélité disparaît, et la vertu de cette fidélité s'acquiert.
2° Dieu diminue ensuite dans nos actes et dans nos habitudes l'influence de la vie naturelle. Car chaque triomphe des grâces particulières a pour résultat de donner à la grâce sanctifiante l'influence dans l'acte,
selon le degré plus ou moins complet de ce triomphe, et plus l'inlluence de la grâce sanctifiante vivifie l'acte, plus celle de la vie naturelle disparait. La répétition fréquente de ces actes, où notre àme a été fidèle aux grâces divines, nous donne l'habitude de faire nos actes sous l'influence vivifiante de la grâce sanctifiante: et par suite, la grâce sanctifiante acquiert une prédominance plus ou moins considérable dans les habitudes de notre vie, selon le degré de notre fidélité habituelle. Plus la grâce sanctifiante acquiert ainsi la prédominance en nous, plus l'influence de notre vie naturelle disparaît de nos habitudes.
De là un avantage immense pour notre âme. N'ayant plus, dans les habitudes ordinaires de la vie, l'influence du sentiment de la nature, elle y devient de plus en plus indifférente. La faculté de sensibilité naturelle reste, elle est même plus forte et plus perfectionnée, mais l'impression qu'elle reçoit des objets naturels devient surnaturelle, par la raison que les objets font sur nous une impression semblable à la disposition de vie qui nous anime. Or. la disposition de vie qui nous anime alors étant sainte, l'impression faite sur nos facultés est donc sainte. Et cela arrive non seulement pour les objets qui, de leur nature, peuvent produire une impression sainte, telle que l'impression provenant des maux du prochain; mais même pour les objets dont les impressions, de leur nature, ne renferment rien de saint, telles, par exemple, que celles de la musique. Une âme vivant sous l'influence de la grâce éprouvera autant ou même plus de jouissance qu'une
autre, mais cette jouissance ne restera pas jouissance naturelle; elle élèvera Fume à Dieu, et lui fera produire des actes saints. Il en est de même de tout objet qui impressionne l'âme honnêtement.
Si l'impression d'un objet naturel reste purement naturelle, cette Ame y est indifférente; et lorsqu'elle se sent atteinte par cette impression, elle a généralement beaucoup de facilité à la repousser.
Quand je dis que généralement Fâme arrivée à ce degré de sainteté est indifférente aux impressions naturelles, je parle seulement des impressions morales, de celles faites sur les sens intérieurs. Il n'en est pas de même de celles qui sont faites sur les sens extérieurs, dans leur contact avec les créatures. Sans un don particulier de Dieu, qui a été rare, même en ses plus grands Saints, notre corps reste toujours assujetti au sentiment de jouissance ou de douleur, de goût ou de répulsion, selon que l'impression est favorable ou défavorable. Cette sensation physique agit même sur l'organisation et devient une impression organique ; arrivée à la sensibilité morale, elle s'affaiblit, parce que l'âme, n'étant pas sous l'influence de la vie de la nature, est fermée à ses impressions et se trouve forte pour les repousser et les effacer, si elles ont laissé des traces.
3° Enfin, Dieu détruit peu à peu les insinuations de la nature mauvaise. Le mal a sa racine dans notre nature. Gomme la nature nous reste toujours, cette racine perverse nous reste aussi. Mais plus notre âme se soustrait à l'influence de la vie de la nature pour vivre sous celle de la grâce sanctifiante,
moins ce fomes peceati peut exhaler sa mauvaise odeur. La racine de perversion ne meurt pas, mais, ne pouvant végéter que dans le champ de la nature, sa sève corrompue ne monte qu'autant que nous sommes sous une impression de la nature, et son fruit ne se produit que lorsque notre àme est deminée, par cette impression et la suit. De là. quand une âme vit dans l'habitude de la sainteté, elle éprouve moins d'impressions de péché.
C'est ainsi que Dieu détruit en nous peu à peu, non la nature mauvaise, mais ses insinuations, en retirant peu à peu notre âme des habitudes de la vie naturelle, pour nous vivifier de sa vie divine.
Cependant, comme nous restons toujours soumis aux impressions physiques et organiques, il arrive souvent que des âmes, vivant habituellement sous l'influence de la grâce de Dieu, éprouvent encore fréquemment le stimulant de la nature mauvaise.
Animée ainsi par la grâce sanctifiante, notre vie tend à se rendre semblable à la vie de Notre-Seigncur Jésus-Christ ; nous acquérons une grande facilité à la pratique de toutes les vertus; nous perdons les vices et les défauts; nous enlevons l'aliment qui fait toute la force des tentations ; nous détruisons, dans une certaine mesure, les tentations elles-mêmes, non dans ce sens que nous ne sommes plus capables d'en avoir, ni même que nous n'en ayons plus, mais elles deviennent rares et ne se réveillent, généralement, que lorsque nous cessons d'être sous l'influence habituelle de la grâce qui nous vivifie, ou que nous sommes exposés à ces tentations par les sens ; et
alors, elles ne pénètrent généralement pas bien avant, et nous les dominons facilement.
Cependant, il est un genre de tentations dont le$ traces se montrent encore plus ou moins fréquemment, plus ou moins efficacement, même dans ceux qui sont parvenus à cette vie toute sainte : ce sont les tentations de l'orgueil.
Mais la grâce intérieure, ayant pénétré toute l'activité de l'âme et étant devenue le principe de la vie, lui donne une forte tendance d'humilité, en opposition directe avec celle de l'orgueil. Cette dernière s'affaiblit de plus en plus, au fur et à mesure :juc l'empire de la grâce augmente. De plus, l'instrument de l'orgueil, qui est l'imagination, et son aliment, qui est la sensibilité, étant une fois amortis ians leur action, ces facultés perdent ce qu'elles ont d'énergie à mettre à la disposition de l'orgueil, et les impressions qui s'y font dans ce sens sont rares, ordinairement faibles, faciles à combattre et a vaincre.
Conclusion des trois chapitres qui précèdent.
En résumé, nous sommes saints quand la grâce sanctifiante vivifie notre âme dans ses actions et ians ses habitudes.
La grâce sanctifiante se mesure par son développement, son extension et sa domination dans l'en- >emble de nos habitudes et le détail de nos actes. Elle se manifeste par les dispositions habituelle^ nent surnaturelles et la facilité d'en émettre fré-
quemment des actes, lorsque la circonstance s'en, présente. Elle exige de notre part le soin de nous tenir purs de péchés, victorieux de nos vices et de nos défauts, détachés de toute créature et de nous-mêmes, et enfin déshabitués de cette vie naturelle et humaine, pour ne plus vivre que pour Dieu et sous son inspiration. Elle nous communique la pratique de toutes les vertus, nous garantit contre le péché, les vices et les défauts, nous donne de la ferveur et de l'énergie pour tout ce qui est saint et agréable à Dieu, de ^indifférence pour tout ce qui lui est indifférent, et de l'opposition pour tout ce qui lui est désagréable.
Dieu opère en nous cette sainteté par les grâces particulières qu'il nous accorde, pour que nous accomplissions nos actes sous l'influence de la grâce sanctifiante. Il exige de notre part la fidélité à ses grâces: mais il ne se contente pas d'une fidélité passagère, il demande une fidélité habituelle, et, selon la mesure de cette fidélité, il nous communique, par l'extension de sa grâce sanctifiante, sa vie de sainteté.
Telle est l'idée que nous devons nous former de la sainteté à laquelle tous nous devons parvenir, à un degré plus ou moins élevé, si nous sommes fidèles à Dieu. Si nous restons des hommes de la terre, pensant, sentant, vivant et agissant en hommes de la terre, c'est-à-dire en hommes naturels, dominés par leur nature et assujettis à leurs faiblesses, à leurs défauts, et parfois à leurs passions, nous sommes indignes de Dieu, indignes de l'immense miséricorde avec laquelle il nous a appelés à la suite de
son Fils, et en opposition directe avec sa volonté positive.
Nous voyons encore, par ce qui vient d'être dit, que la sainteté ne consiste nullement dans les choses extraordinaires : visions, extases, miracles, révélations, etc. Toutes ces choses peuvent être souvent des marques, des preuves de la sainteté d'un homme ; ce sont des faveurs que Dieu accorde quelquefois à la sainteté ; mais la sainteté ne réside que là où je viens de vous la montrer. C'est sur ce point que doivent se concentrer tous nos désirs, toute notre activité et toutes les tendances de notre âme.
Ne nous occupons pas de ces faveurs extraordinaires et gardons-nous bien de les désirer, pour quelque motif que ce soit. Aucun motif au monde ne doit nous enhardir à les demander à Dieu. Quand Dieu veut les accorder, il sait bien inspirer le mouvement qui les produit; ce n'est pas à nous à les désirer; nous serions trop exposés par ce désir, le plus souvent orgueilleux, à perdre la véritable sainteté et à nous porter vers une perfection imaginaire et de mauvais aloi, qui ne servirait qu'à nourrir notre amour-propre, nos défauts et nos passions.