‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 31 sur 93 · HISTOIRE POSTHUME DE DEHÉNAL'LT XLI · texte numérisé non relu

HISTOIRE POSTHUME DE DEHÉNAL'LT XLI

Chassés du h;iut du pavé, ils pinrent et gardèrent la ruelle. Rien de grand chez eux ni de haute haleine. Ils ont vécu au jour le jour, en épicuriens de la gloire, heureux des roses et des f'aveui's de chaque matin, gaspillant à des riens mille grâces.

« Quand on parcourt leurs œuvres décousues, inégales, sans composition et sans dessein, on est souvent surpris de trouver un morceau charmant, une idylle, une épigramme heureuse : tous ces gens-là ont fait en leur vie une bonne petite pièce; mais la seconde ne s'y rencontre pas. Ce qui les a perdus, c'est le tous-lcs-jours.

« Si quelqu'un mérita, par son talent, de prétendre à plus et d'oser mieux, c'est certainement Ilesnault; c'est lui qui, de tout ce groupe, parait avoir le mieux compris la position fausse où l'esprit, le goût libertins, allaient se trouver sous Louis XIV, par devant Despréaux le censeur, et en regard du décorum grandissant. Il considéra de bonne heure sa vie, même de poète, comme une partie perdue, et, tournant le dos à l'avenir comme au grand ennemi, il ne s'occupa qu'à piller tout le premier le butin... ».

De 1839 11 nous faut passer à 1801 pour retrouver Dehénault', il est robjet d'une spirituelle notice de Hippolyte Babou dans Tanlhologie des Poètes français publiée par Eugène Crépet (T. m, 1861) :

« On a confondu sous le nom de libertins et d'athées une quantité de beaux esprits duxvu*^ siècle, tels que Hesnault, Pavillon, Chapelle, Saint- Pavin. Avaient-ils réellement donné des preuves d'athéisme? Je ne le crois pas. C'étaient de très aimables sceptiques, mais non pasdes sceptiques sans retour, puisque la plupart ont fini chrétiennement; c'étaient de doux épicuriens qui alliaient, dans leurs petits vers, la morale de Gassendi à la métaphysique de l'auteur du Grand Cyriis (mademoiselle de Scudéry); c'étaient en un mot, des gassendistes voyageant au pays du Tendre, et se moquant un peu de l'idéal héroïque, romanesque, chevaleresque et pastoral, que leurs aînés avaient révéré. Tout en regrettant les berux temps d'Amadis, lun deux ne s'écriait-il pas gaiement :

Toutes les Veuves et les Blonds Ont beau courir les champs et faire des merveilles, On se moque de leurs Lignons Dès qu'on a vidé deux bouteilles?

« Ils en vidaient souvent plus de deux, ces joyeux compagnons, et ce qui le prouve, c'est qu'ils furent presque tous goutteux avant de se convertir. La foi ne leur revint que lorsqu'ils sentirent la coupe mal assurée dans leur main tremblante. On pourrait appliquer justement à chacun d'eux ce que madame Des Houlières a finement dit du poète Lignières, celui qu'on avait surnommé V Athée de Scnlis :

1. Nous négligeons le Catalogue de la Bibliothèque poétique de VioUet-le-Duc.

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