XLII HISTOIRE POSTHUME DE DEIIÉNAULT
On le croit indévot, mais quoi que Ton en die, Je crois que dans le fond Tircis n'est pas impie ; Quoiqu'il raille souvent des articles de foi, Je crois qu'il est autant catholique que moi. Pour suivre aveuglement les conseils d'Epicure, Pour croire quelquefois un peu trop la Nature.... On s'égare aisément du chemin de la grâce, Tircis y reviendra; ce n'est que par grimace Qu'il dit qu'on ne peut pas aller contre le sort : ' Il changera d'humeur à Iheure de la mort.
« Parmi ces Tircis épicuriens, il en est un qui semble moins léger que les autres, plus philosophe et plus tourmenté d'une certaine inquiétude poétique dont les beaux esprits, ses émules, n'ont pas le moindre soupçon. Un critique pénétrant (Sainte-Beuve) l'a fort bien démêlé, au premier coup d'œil, dans la cabale de madame Des Houlières. Ce demi-original, ce demi-philosophe, ce demi-poète, à qui un sonnet ampoulé donna un moment de gloire, valait beaucoup mieux que le faiBeux sonnet de L'Avorton. Il avait l'humeur indépendante, puisqu'il écrivit contre Colbert après la disgrâce de Fouquet; il avait assez de connaissances et d'études solides, puisqu'il essaya de traduire Lucrèce. Qui sait même si cette traduction, brûlée sur l'ordre d'un confesseur, n'accusait pas un véritable talent poétique? Il lui manqua, pour sortir des ran^s et pour se faire compter, deux petites choses fort nécessaires en ce monde, les circonstances, la volonté. Si les circonstances avaient placé Jean Hesnault à côté de Voiture, peut-être le fils du boulanger aurait-il partagé le succès du iils du marchand de vin parmi les beaux esprits de la société polie et aristocratique de l'hôtel de Rambouillet. Se sentant dépaysé, il n'eut aucune ambition, il se laissa mollement aller à laline paresse, au dégoût souriant, à la dédaigneuse indulgence des vrais épicuriens; il prêcha le plaisir, nargua l'immortalité ; il badina comme un étourdi avec la Muse, au lieu de la poursuivre avec la patiente ardeur des esi)rits rétléchis et passionnés.... »
Simple remarque : Hippolyle Babou regrette que Dehénault ait manqué de volonté et d'espril de suite. S'il avait possédé ces deux qualités ou ces deux dons, il n'eut pas été un libertin!
Puis un érudit un peu fantaisiste, M. Auguste Balullc, que ses démêlés avec quelques moliéristes ont rendu célèbre, publie un important article dans la Nouvelle Revue du r"" janvier 1S89 : Jean Hesnault et le véritahle Alcesle de Molière. Nous nous garderons bien d'accepter cette assimilation, elle n"est appuyée d'ailleurs d'aucune preuve, ni même de précisions équivalant à un commencement de preuve.
Incidemment il est parlé de Debénault dans un travail remarquable sur les libertins de M. René Grousset'. un jeune