‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 37 sur 93 · XLVIII UNE LEGENDE : DEHENAULT AVEC MOLIERE · texte numérisé non relu

XLVIII UNE LEGENDE : DEHENAULT AVEC MOLIERE

Le premier biographe de Molière qui ait parlé des relations de Gassendi avec Chapelle, etc., c'est Grimarest, dans sa Vie de Molière. Paris, il 05:

« Ce fut au collège qu'il lit connoissance avec deux Hommes illustres de nostre temps, M. de Chapelle et M, Bernier.

« Chapelle étoit fils de M. Luillier, sans pouvoir être son héritier de droit, mais il aurait pu lui laisser les grands biens qu'il possédoil, si par la suite il ne l'avoit reconnu incapable de les gouverner. Il se contenta de lui laisser seulement 8.000 livres de rente entre les mains de personnes qui les lui payoient régulièrement.

« M. Luillier n'épargna rien pour donner une belle éducation à Chapelle, jusqu'à lui choisir pour précepteur le célèbre .M. de Gassendi, qui aïant remarqué dans Molière toute la docilité et toute la pénétration nécessaires pour prendre les connoissances de la Philosophie, se fit un plaisir de la lui enseigner en même temps qu'à Messieurs de Chapelle et Bernier.

« Cyrano de Bergerac, que son père avoit envoyé à Paris sur sa propre conduite, pour achever ses études, qu'il avoit assez mal commencées en Gascogne, se glissa dans la société des Disciples de Gassendi, aïant remarqué l'avantage considérable qu'il en tireroit. Il y futadmis cependant avec répugnance; l'esprit turbulent de Cyrano ne convenoit point avec de jeunes gens, qui avoient déjà toute la justesse d'espritque l'on peut souhaiter dansdes personnes toutes formées. Maislemoyen desedébarrasserd'un jeune homme aussi insinuant, aussi vif, aussi gascon que Cyrano ? Il fut donc reçu aux études et aux conversations que Gassendi conduisoit avec les personnes que je viens de nommer. Et comme ce même Cyi'ano étoit très avide de sçavoir, et qu'il avoit une mémoire fort heureuse, il profitoit de tout; et il se lit un fond de bonnes choses, dont il tira avantage dans la suite. Molière aussi ne s'est-il pas fait un scrupule de placer dans ses ouvrages plusieurs pensées que Cyrano avoit employées auparavant dans les siens. 11 m'est permis, disoit ^lolicre, de reprendre mon bien où je le trouve ^ »

Vient ensuite Nicéron qui a probablement interprété le texte de Grimarest :

« Ayant entendu parler du célèbre Philosophe Gassendi, qui étoit lors Précepteur du fameux Chapelle, etquise faisoit un plaisir de donner des leçons non seulement à son Disciple, mais encore à Âlolière, à Bernier et à quelqu'autres jeunes gens, auxquels il avoit reconnu d'heureuses disposition pour la philosophie, Cyrano, Jeune homme vif et turbulent, voulut aussi-tôt entrer en société avec les Disciples de Gassendi, et il fallut bon gré mal gré l'y admettre, après qu'il eut intimidé par ses menaces le Maître et les Disciples â qui d'ailleurs il fit connoître par le brillant et les saillies de son esprit, qu'il n'étoit pas indigne de cette faveur.

« Comme il étoit avide de sçavoir, et qu'il avoitune mémoire fort heu-

■i. I.n vie (le M. de Molière (par Grimarest). Paris, Jacques Le Febvre, 170îi.

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