‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 57 sur 93 · Id. : phanatiques · texte numérisé non relu

Id. : phanatiques

PIÈCES r.IRRimNES ET PHILOSOPHIQUES 39

C'est elle qui corrompt les mœurs et les maximes,

Ravale des^ vertus, et relève des crimes,

Selon son intérêt règle ses sentimens ;

Juge des actions par les événemens;

Méprise un vertueux que le sort abandonne,

Révère un scélérat que le bonheur- couronne,

Aux peuples inquiets vante les nouveautez,

Et leur fait un Héros d'un Chef de Révoltez :

Eniin Damou, enfin c'est par son imposture.

Qu'on n'est jamais content des biens de la Nature,

Et que chacun s'en forme à son gré de nouveaux,

Qui produisent souvent les plus grands de ses maux. Avant qu'on eût au monde admis cette chimère.

Du faste et des grandeurs^ l'extravagante mère,

Ces superbes Palais, ces Forts audacieux,

Qui gourmaiident la Terre, et menacent les Cieux.

Ces grands emmeublemens chargés de broderie,

Où l'or est abîmé parmi les pierreries,

Ces Temples, ces Autels si riches, si parez,

Où les Dieux cependant sont si mal adorez,

Enfin ces grands portails, ces magnifiques dûmes.

Et ces Tours d'où les Grecs auroient vu vingt Roiaumes,

De notre vanité monumens éternels,

X'avoient pas aparu, même en songe, aux mortels.

Sous un rustique toit lambrissé de branchages''.

Sur un lit de gazon, ou sur un tas d'herbages,

Le Berger, la Bergère unissant leurs désirs,

S'abandonnoient sans crainte aux amoureux plaisirs.

Leur cabane bâtie et de joncs et d'argile.

Contre les vents à peine étoit un seur azile;

ALtïs contre les soucis c'en étoit un certain,

On y dormait^ en paix du soir jusquau matin^ :

Les hôtes n'y craignoienf' ni vol, ni violence;

Et la nuit s'y passoit dans un profond silence :

Tandis qu'ils sommeilloient tout leur cœur sommeilloit.

Et jamais en sursaut rien ne les éveilloit :

De songes éguayez^ les images flateuses

I\e fesoient qu'enchanter leurs âmes amoureuses,

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