Id. : bienfaisants
Le Taureau mugissant, el les bêlants troupeaux
Finissoient sans allarme un si charmant repos,
Les rapeloient aux champs au lever de l'Aurore,
Et les rendoient aux soins de Pomone et de Flore :
Au fond d'un bois touffu par leurs vœux consacré,
Dieu sans cérémonie étoit d'eux adoré,
Et content d'un autel jonché de fleurs et d'herbes,
N'étoil point rehulé^ d'adorateurs superbes.
Nul n'avoit entrepris de lui donner des noms,
Ni de l'entretenir dhymnes et de chansons,
Nul n'étoit entêté du dessein de lui plaire,
Ni troublé de la peur d'exciter^ sa colère.
Il ne se chargeoil point des^ défauts des mortels;
Et suposant toujours ses ordres éternels
Ils le considéroient comme un souverain Maître
Qui n'avoit avec eux rien de commun que lètre.
Que pouvoit-il manquer à leur félicité.
Avec tant d'innocence et de simplicité?
Vous qui demandés plus que ne veut la Nature,
Inquiets de la vie el présente et future,
Vous avez beau chercher dequoi vous faire heureux,
Vous ne sauriez jamais le devenir comme eux.
Toutes vos passions ne sont plus naturelles :
Toujours quelque intérest en corrompt les plus belles.
L'amour même chez vous n'est plus qu'ambition,
Et vous n'avez aussi que le sort d'Ixion.
Vous ne sauriez aimer à moins d'une Déesse ;
Et vous ne possédez qu'une vaine maîtresse.
Ces orgueilleux objets dont vous êtes épris,
D'un amour délicat connoissent peu le prix,
Pour les solides biens n'ont qu'une foible estime.
Et du plus digne amant ne font qu'une victime.
\}n brutal opulent, un Prince sans vertu.
Triomphent à vos yeux sans avoir combattu;
Et ravissant bientôt par la magnificence
Ce cœur qui contre vous fît tant de résistance.
L'ingrate entre leurs bras rit de votre courroux,
Ou rougit de l'amour qu'elle a conçu pour vous.
C'est, dit-elle, un péché de ses tendres années.
Ou plutôt un péché qu'ont fait les destinées.
Mais faites-moi raison. Quelle fidélité
Voiez-vous qu'elle doive à votre vanité ?
Voulez-vous une Amante et sincère et fidelle?
Soiez fidelle amant et sincère comme elle.