ÉLÉGIE
Je suis vieux, belle Iris, c'est un mal incurable,
De jour en jour il croist, d'heure en heure il accable,
La mort seule en guérit, mais si de jour en jour
Il me rend plus mal propre à grossir vostre cour,
Je tire enfin ce fruit de ma décrépitude.
Que je vous voy sans trouble et sans inquiétude.
Sans batement de cœur, et que ma liberté
Près de tous vos attraits est toute en seureté.
Tel est l'heureux secours que reçoit des années
Une âme dont vos loix régloient les destinées.
Non que je sois encor bien désaccoutumé
Des douceurs que prodigue un cœur vrayment charmé;
A ce tribut llatteur la bienséance oblige,
Le Mérite l'impose, et la Beauté l'exige.
Nul âge n'en dispense, et fût-on aux abois,
II faut en fuir la veuë, ou luy payer ses droits ;
Mais ne me rangez point, alors que j'en soupire,
Parmy les Soûpirans dont il vous plaist de rire.
Ecoutez mes soupirs sans les compter à rien.
Je suis de ces Mourans qui se portent fort bien.
i. Furetiriana, 1696.
Je vis auprès de vous dans une paix profonde. El doute, quand j'en sors, si vous estes au monde. Pardonnez-nioy ce mot qui sent le révolté. Avec le cœur peut-eslre il est mal concerté; "\'os regards ont pour moy toujours le mesme charme, M'olfrent mesmes périls, me donnent mesme alarme, Et je n'espèrerois aucune guérison, Si l'âge estoit chez vous mon seul contrepoison. Mais grâces au bonheur de ma triste avanture, A peine ay-je le loisir d'y sentir ma blessure. Grâces à vingt Amans dont chez vous on se rit, Dès que vostre œil m'y blesse, un autre œil m'y guérit. Soull'rez que je m'en Hâte, et qu'à mon tour je cède Au chagrinant Rival qui comme eux vous obsède, Qui leur fait presque à tous déserter vostre Cour, Et n'ose vous parler ny d'IIimen ny d'amour. Vous le dites du moins, et voulez qu'on le croye, El mon reste d'amour vous en croit avec joye ; Je l'ay plus, je le A'oy sans en estre jaloux, A vostre tour, m'en crovez-vous ' ?