Œuvres diverses
50 PIÈCES LIUERTiiNES El PHILOSOPHIQUES
Seroul dans quelques jours la pasture des Vers. Gloris n'a plus ce teinl qui la rendoit si vaine. Et Ton ne voit plus rien des merveilles d'Hélène, Qui lit pour sa querelle armer tout l'Univers.
Pauvre Amant, tu fais voir que lu n'es guère sage, Quand pour quelques attraits qui parent un visage, Tu languis jour et nuit de tristesse et d'amour. Songe qu'au moindre vent ces grâces se flétrissent, Et que si des Vergers les Roses refleurissent, Celles de la beauté n'ont jamais de retour.
Malheureux qui dressant un superbe Edifice Employez tant de soin, de peine et d'artifice, Afin de vous oster du nombre des Mortels, Doutez-vous que le temps à la fin n'en dispose. Quand les Divinité/, qui peuvent toute chose. Ne peuvent de ses coups afi'ranchir leurs Autels?
Invincibles Césars, Hercules indomptables. Orgueilleux Couquérans, Puissances redoutables, Que l'ardeur de la Gloire aux alarmes nourrit; En vain vous triomphez des plus superbes Testes, Vous ne sçauriez tirer de toutes vos Conquestes, Qu'un rameau de Laurier qui jamais ne fleurit.
Retirez-vous, désirs de ces Pompes suprêmes,
11 faut vous élever, mais c'est contre vous-mesmes
Et rendre sous nos pieds vostre orgueil abatu.
Ne cherchons qu'en nous seuls des Conquestes nouvelles,
Et croyons qu'il n'est point de Palmes éternelles,
Que celles qu'on reçoit des mains de la Vertu.
Ce superbe Alexandre, esclave de sa gloire, Qui de tout l'Univers ne fit qu'une victoire, Dont son ambition luy ravit le plaisir, Auroit pu se vanter d'avoir eu la puissance De faire tout fléchir sous son obéissance, S'il eust pu commander à son propre désir.
Daphnis, n'aspirons plus aux grandeurs de la Terre, Combatons, s'il se peut, d'une mortelle guerre Toutes les Passions que la Raison défend. Changeons les soins du monde en des soins plus utiles; La Fortune et l'Amour à vaincre sont faciles, L'une n'est qu'une Femme, et l'autre qu'un Enfant*.
l. Ces stances ont paru dans Le Mercure ynlanl, de juin 1G78 (p. Itî3, n. s.) ; elles sont tout à fait dans la manière de Dehénault.
PIÈCES LlBEllïINliS Eï PHILOSOPHIQUES 51
TRADLCTIOX DE LODE XI DU LIVRE D'HORACE QUI COMMENCE PAR « TU NE QUAESIERIS, SCIRE..
Du terme de nos jours ne soyons j)oinL en peine, Cest un secret, Pliilis, qui n'est que pour les Dieux, Mé])risez ces Trompeurs dont la science vaine Se vante follement de lire dans les Cieux.
Attendons en repos Tordre des Destinées ; Prests à leur obéir, en tous lieux, en tout temps; Soit qu'il nous reste encor un grand nombre d'années, Ou qu'enfin nous louchions à nos derniers momens ;
Ne songeons qu'aux plaisirs que donne la Jeunesse : Nos jours durent trop peu pour de si grands desseins, Le temps, cet heureux temps, se dérobe sans cesse, Et fuit biei> loin de nioy pendant que je m'en plains.
Profitez en ce jour des douceurs de la vie : Songez bien qu'il s'en va pour ne plus revenir ; Et qu'après tout, Philis, c'est faire une folie, De perdre le présent à chercher l'avenir*.
i. Mercure gulanl, lévrier 1G8I, p. 7C, anonyme; cette pièce est prubablenieal de Deliénuull.