‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 2)Chapitre 65 sur 93 · Œuvres diverses · texte numérisé non relu

Œuvres diverses

60 PIÈCES GALAXIES

Si vous m'aviez esté cruelle, J'aurois peine à vous voir sensible à d'autres feux; ]\lais mon sort n'est pas mal-heureux, Iris, vous n'estes qu'infidelle.

Qui que ce soit qui vous possède, II a beau se vanter d'estre aymé constamment ;

Il faudra toujours qu'il me cède L'honneur d'avoir esté le premier vosli-e Amant.

Je le serois encor peut-eslre, Si vostre esprit portoit au-delà de vos sens : Mais hélas! le moyen de l'eslre, Et d'estre au nombre des absens.

Pour ne vous perdre point, le plus grand des secrets Est de chasser toujours à veuë.

Il vous faut compter pour perdue Dès qu'on ne vous tient plus de près.

Voilà l'Evangile en vers que je vous envoyé, faites-en vostre profit. Iris. J'espère que les grandes véritez qu'il renferme vous engageront dans des réflexions salutaires, et qu'elles vous donneront un peu de respect pour celui qui vous l'annonce. Il ne vous sied pas bien de me railler^ et vous ne le sçauriez faire sans scandale. Croyez-moy, il ne faut jamais jouer ceux avec qui on sest trop jouée; autrement on met au jeu plus qu'on ne pense, et on court fortune de ne s'en pas retirer sans chagrin. Adieu, je vous permets de communiquer cette lettre à vostre amant, et vous me ferez plaisir de l'inviter à me répondre à droiture. S'il est tenté d'un éclaircissement, une centaine de vos lettres me tireront d'afl'aire avec quelque avantage*.

AUTRE (lettre)

Je suis plus heureux que je ne pensois, Iris; je vous croyois perdue pour jamais, et vous voilà de retour. Je ne sçais si vous avez bien veu du pays; mais il y a longtemps que vous avez pris l'écart. Je vous sçais pourtant bon gré de revenir à moy de si loin et de me rapporter si franchement vostre cœur échappé de tant de hazards, ou las de tant de mauvais gistes. Le monde croira sans doute qu'après avoir bien cherché vous n'avez pu trouver à le loger mieux que chez moy; ainsi vostre retour me fera quelque honneur. Je compte encore pour beaucoup la confiance que vous prenez en mon amour, ou du moins en mon honnesteté, et je pense que si j'en puis prendre autant en la vostre, il ne me sera pas trop libre de ne vous aymer pas. Il me semble déjà que ma tendresse n'attend pas

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