Œuvres diverses
pour ressusciter que j'aye pris mes seurelez, et je me veux un peu de mal de me sentir si facile à me rendre à vos offres. Trouvez bon que j'y résiste quelque temps, et que je ne leur cède pas mesme de bonne grâce. Je me persuade que je vous aymeray mieux, quand je vous auray fait faire pénitence. Il faut que je me vuide de tout le fiel dont vous m'avez remply ou je ne vous répons pas qu'il ne corrompe les douceurs que vous pouvez trouver dans nostre réconciliation. Laissez-moy donc un peu le plaisir de vous faire des reproches et de vous chanter des injures ; dites-moy bien que j'ay raison; que vous n'estes que trop coupable; mais que vous ne me donnerez aucun chagrin de vostre vie, et que vous voulez obtenir vostre grâce à quelque prix que ce soit. Peut-estre que je ne vous croiray pas; mais peut-estre aussi que je seray trop heureux de vous croire; et que mon repos dépendra tout à fait de ma crédulité. Avouez que je vous dis bien des choses obligeantes après une infidélité si longue, et qu'il m'est bien honteux de sçavoir pas mieux vous disputer mon cœur. Que diray-je à mes amis pour excuser ma foiblesse? Voicy, Iris, par où j'av commencé mon excuse.
En suivant mille feux follets,
Iris s'est long-temps ^arée.
Long-temps on a veu ses poulets
Courir de contrée en contrée.
Enfin après dix ans complets, Son inconstance est expirée.
Iris a rompu ses filets.
Et la Coquette est retirée.
Elle veut me rendre sa foy : Hélas! amour conseille-moy !
Iris peut-elle estre fidelle?
Mais quand je t'ay bien consulté,
Tu me répons : « Ah ! qu'elle est belle. »
Aymons-la donc; hazard à l'infidélité.
Si cette excuse me peut justifier envers eux, peut-estre quelle me rendra coupable envers vous, mais en tout cas nous ferons une compensation de crimes. Je ne voy pas qu'il y aille trop du vostre. Cependant songez comment vous me mettrez en repos, et quel garant vous me donnerez de vostre conduite. La majorité d'Iris me fera-t-elle raison de sa minorité, et la lille de vingt-cinq ans me tiendra-t-elle ce que l'enfant de quinze ans ne m'avoit que promis? Hélas! j'apprends que vous estes plus belle que vous ne fustes jamais. Vous m'asseurez vous-mesme que vous n'avez rien perdu de tout ce qui vous avoit servy à me prendre. Mais que je trouve dans cette asseurance de sujets de crainte !
Si vous n'estes pas moins aymable, On ne vous aymera pas moins;
(j2 PIÈCES GALANTES
Et si pour vous toucher on prend les mesnies soins,
Serez- vous plus inexorable?
Que n'avez-vous moins de beauté, Peut-estre en auriez- vous plus de fidélité?
Ma confiance, Iris, cherche à se retrancher contre cette crainte, et si l'amour ne la recevoit dans la place qu'il a j^ardée dans mon cœur, où pourroit-elle tenir contre une ennemie si puissante? Oûy, c'est l'amour seul qui luy preste un azile, et qui luy donne des forces. C'est luy seul qui me dispose à croire que vous ne me redonnez pas voslre cœur pour avoir le plaisir de m'en faire un second larcin, ou plutost de me l'arracher une seconde fois. Enfin c'est luy qui me répond que c'est de bonne foy que vous me rappeliez à la vie. Mais que sçay-je s'il ne me trompe point; si vous n'estes point tentée de rafiner sur la cruauté des Tyrans ordinaires, qui ne peuvent faire souffrir qu'une mort, et si vous ne me voulez point faire revivre, pour me faire mourir deux fois :
J'entends de la mort des amans,
Qui (si l'on en croi^ vos Romans)
Est cent fois plus cruelle
Que la mort naturelle.
Consultez vos Héros et leurs beaux sentimens,
Ils craignent un bourreau bien moins qu'une infidelle.
Je m'apperçois. Iris, qu'ils ne se trompent guères; car :
On craint en vain la mort qui n'épargne personne, Elle n'est pas un mal, et guérit de tous maux,
Et quand nous tombons sous sa faux
Que de soucis elle moissonne.
Craignons, craignons la mort aux seuls Amans fatale. Hélas ! il s'en faut bien que l'autre ne l'égale; C'est la mort éternelle à quiconque ayme bien; Et c'est la mort qui ne guérit de rien.
Prenez vos mesures là-dessus, et songez à me répondre de vous. Pour moy je ne vous répons de rien. Vous estes belle, jeune, engageante, spirituelle; enfin vous avez vos seuretez par devei's vous, et si vous les voulez toutes entières, vous n'avez qu'à estre fidelle^